PRÉSIDENTIELLE GUINÉENNE

Les dessous de la victoire d'Alpha Condé

Arrivé en deuxième position avec seulement 18 % des voix au premier tour - contre 43 % à Cellou Dalein Diallo -, le candidat du RPG a réussi à retourner la situation en sa faveur au second tour pour l’emporter avec 52,5 % des suffrages exprimés.

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Si les bookmakers avaient pu s’emparer de la politique comme ils l’ont fait du sport de haut niveau, les parieurs ayant misé sur la victoire d’Alpha Condé au second tour de la présidentielle guinéenne auraient décroché le gros lot.

L'annonce officielle de la victoire d'Alpha Condé à la présidentielle s'est accompagnée de violences dans les fiefs du perdant, Cellou Dalein Diallo.

Les autorités n'ont fourni aucun bilan officiel de ces troubles qui, selon différentes sources de l'AFP, ont fait au moins 4 morts.

Dans la commune de Ratoma à Conakry, des affrontements ont opposé lundi des partisans de M. Diallo aux forces de l'ordre, faisant selon la police au moins un mort et une trentaine de blessés parmi les manifestants.

Cellou Dalein Diallo avait lancé dans la nuit de lundi à mardi "un appel pressant" à ses électeurs pour qu'ils "évitent les violences de toute nature", en attendant que ses "réclamations" pour "fraudes" soient examinées par la Cour suprême.

Mais mardi, il a accusé les forces de l'ordre de "brutalité sauvage" à l'encontre de ses partisans et des membres de son ethnie peule.

De son côté, le parti du candidat Alpha Condé a assuré que dans "toutes les zones qui sont favorables à M. Diallo, on attaquait ceux qui sont de l'alliance pro-Condé".
 

Sorti vainqueur du scrutin avec 52,52 % des voix - selon des résultats provisoires annoncés lundi par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), que la Cour suprême doit encore valider -, le candidat du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) est en effet parvenu à retourner une situation qui, au lendemain du premier tour, semblait pour le moins désespérée. Arrivé deuxième le 27 juin dernier, Alpha Condé n’avait alors réussi à rassembler qu’un peu plus de 18 % des suffrages - contre 43 % pour Cellou Dalein Diallo, arrivé en tête. Un score certes suffisant pour lui ouvrir les portes du second round, mais qui semblait ne pas peser bien lourd face à celui enregistré par son concurrent. Pour certains, la messe était dite depuis que Sidya Touré, leader de l’Union des forces républicaines (UFR) arrivé en troisième position avec 13 % des voix, s’était rallié au candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG).

"La victoire d’Alpha Condé n’est pourtant pas aussi surprenante que cela, relativise un diplomate en poste à Conakry. Les chiffres du premier tour n’avaient aucune signification, on ne pouvait en tirer aucune conclusion. Entre les deux tours, le nombre d’électeurs est passé de 1,7 à 2,8 millions et 1 500 bureaux de vote supplémentaires ont été ouverts dans des régions plutôt favorables à Alpha Condé. En Guinée, on a donc davantage considéré le second tour comme une nouvelle élection."

Ethnicisation du scrutin

"Le report des voix obtenues par Sidya Touré n’a pas eu lieu", confirme Aziz Diop, secrétaire exécutif du Conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSC). "Les Forestiers et les Soussous se sont mobilisés derrière Alpha Condé, car ils ne voulaient pas que les Peuls [l'ethnie à laquelle appartient Cellou Dalein Diallo ; Alpha Condé est, lui, issu de l'ethnie malinké, NDLR], qui détiennent déjà l’essentiel du pouvoir économique, s’arrogent également le pouvoir politique. Accusés d’avoir organisé une opération ville morte à Conakry pour faire pression sur la Céni, ils ont provoqué une réaction de rejet envers leur communauté qu’un mot d’ordre a fini par résumer : ‘Tout sauf les Peuls’", explique Aziz Diop.

L’ethnicisation du scrutin, principal facteur de la défaite de Cellou Dalein Diallo ? La thèse recueille un certain succès. Davantage en tout cas que la théorie selon laquelle le candidat de l'UFDG aurait payé le fait d’avoir été aux affaires sous Lansana Conté. Dans les années 1990 et au début des années 2000, celui-ci a en effet été nommé plusieurs fois ministre, avant d'occuper le poste de Premier ministre, de décembre 2004 à avril 2006.

Une erreur de stratégie ? 

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"L’argument des Peuls, qui ont répété à l’envi ces derniers mois que leur tour de gouverner était arrivé, a choqué", décrypte ainsi Moustapha Diop, enseignant-chercheur associé au Centre d’études des mondes africains (Cémaf), à Paris, dans une allusion au fait que la Guinée n'a encore jamais été dirigée par un Peul depuis l'Indépendance, en 1958 (Sékou Touré était malinké, Lansana Conté soussou et Moussa Dadis Camara forestier). "La stratégie de victimisation mise en place par les partisans de l’UFDG a été une erreur fatale qui a fini par se retourner contre eux", reprend celui-ci.

"Elle a même pu renforcer la mauvaise image dont jouissent les Peuls en Guinée", avance de son côté un observateur de la vie politique guinéenne. "Cellou Dalein Diallo, qui avait fait le plein de voix au sein de sa communauté au premier tour, n’a pas réussi à élargir sa base au second tour et s’est retrouvé enfermé dans son électorat. Alors que celui-ci s’est épuisé dans des campagnes contre la Céni, pendant ce temps Alpha Condé, qui avait fait une mauvaise campagne avant le premier tour, a tout repris à zéro." Avec le succès que l’on sait. 

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