THAÏLANDE

Viktor Bout, "marchand de mort" sur (presque) tous les théâtres de guerre, extradé

Il a fallu deux ans et demi de procédure judiciaire en Thaïlande à la demande des Etats-Unis avant que le trafiquant d'armes présumé Viktor Bout, surnommé le "marchand de mort", ne soit extradé. Portrait.

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Son histoire aurait inspiré le personnage interprété par Nicolas Cage dans le film "Lord of War". Viktor Bout, ancien pilote de l'armée soviétique, a été extradé à bord d’un jet américain mardi de Thaïlande vers les Etats-Unis, au terme de deux ans et demi de procédure judiciaire. Washington, qui accuse ce Russe de 43 ans de "soutien matériel à une organisation terroriste", en l'occurrence les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), réclamait son extradition avec insistance. Il est passible d’une peine de prison à perpétuité. Le trafiquant d'armes présumé avait été arrêté dans un hôtel à Bangkok en mars 2008, au terme d'une opération menée conjointement par les forces thaïlandaises et des agents américains qui s'étaient fait passer pour des acheteurs potentiels agissant au nom des Farc. Piégé, Viktor Bout est alors incarcéré dans une prison de haute sécurité en Thaïlande.

Un "marchand de mort" capable de fournir toutes sortes d'armes

Viktor Bout, né en 1967 au Tadjikistan, a suivi des études à l'Institut militaire des langues étrangères. Ce polyglotte, qui a "occupé à une époque un poste important au KGB, peut-être même celui de sous-directeur" selon l’ONU,  aurait profité de l'effondrement de l'URSS au début des années 1990 pour mettre la main sur une flotte d'avions cargo obsolètes, mais surtout sur le colossal stock de matériel militaire du bloc de l’Est. D'après le "New York Times", il bénéficiait à la fin des années 1990 de la plus grande flotte privée au monde qui servait à convoyer toutes sortes d’armes comme les célèbres fusils mitrailleurs Kalachnikov, des lance-roquettes RPG, des tonnes de munitions, mais aussi des chars d’assaut et des hélicoptères d’attaque, notamment à destination de l’Asie, de l’Amérique du Sud, ou encore de pays africains sous embargo .

Une clientèle officieuse, voire officielle

Explicitement nommé dans plusieurs rapports de l'Organisation des nations unies (ONU), Viktor Anatolievitch Bout, "détenteur d'au moins cinq passeports différents" et connu sous au moins sept pseudonymes, est accusé d'avoir joué un rôle non négligeable dans l’embrasement des conflits en Sierra Leone, au Libéria, en Angola, au Rwanda, en Somalie et en RD Congo. C'est d'ailleurs de là que provient ce surnom de "marchand de mort". Bout est par exemple soupçonné d'avoir organisé, en s'appuyant sur les flottes de ses nombreuses compagnies aériennes, pas moins de 38 livraisons illégales d’armes en Afrique. On peut par exemple mentionner, au compte de ses méfaits présumés et contradictoires, la livraison d'armes aux rebelles de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), mais aussi au gouvernement de Luanda.

En Afghanistan, il aurait reproduit le même schéma en armant, d’une part, les forces du commandant Massoud et, d'autre part, ses ennemis, les Taliban. Selon plusieurs médias, son profil de trafiquant d’armes sans vergogne n'a pas empêché l'administration américaine de faire appel à ses services lors de l'invasion de l'Irak pour livrer des armes aux troupes américaines et à leurs alliés en 2004. Il aurait, selon ses dires, également transporté des soldats français au Rwanda et aidé au déploiement de Casques bleus au Timor-Oriental.

Face à ces accusations multiples et répétées, le Russe a toujours affirmé s'être contenté de développer une activité de transport cargo tout à fait légale. C'est maintenant à la justice américaine d'apprécier le cas Viktor Bout.

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