OTAN

Le rapatriement graduel des troupes d'Afghanistan au menu du sommet de l'Otan

Réunis ces vendredi et samedi en sommet à Lisbonne, au Portugal, les 28 pays membres de l'Otan entendent définir l'agenda du rapatriement progressif des troupes sous commandement de l'Alliance transatlantique en Afghanistan.

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REUTERS - Alors que le conflit afghan s'enlise, les dirigeants des 28 pays membres de l'Otan se retrouvent vendredi et samedi à Lisbonne pour un sommet au cours duquel ils devraient esquisser des plans de rapatriement progressif de leurs troupes d'Afghanistan.

Le dispositif français en Afghanistan

Ce sommet sera aussi l'occasion d'une redéfinition du "concept stratégique" de l'Alliance face aux nouveaux défis que constituent le terrorisme, les cyberattaques et la menace potentielle des missiles balistiques des "Etats voyous" comme l'Iran ou la Corée du Nord.

Il devrait instaurer une nouvelle organisation fondée sur la refonte de la structure militaire de commandement, ainsi que des réductions des effectifs, des quartiers généraux et des agences de l'Otan, des mesures d'économies dont il ne faut cependant pas qu'elles remettent en cause la capacité d'action de l'Alliance.

En Afghanistan, l'objectif est de commencer l'an prochain à remettre aux forces du gouvernement de Kaboul la responsabilité du maintien de la sécurité dans le pays, puis de faire en sorte que les Afghans soient en mesure de prendre le relais des troupes étrangères d'ici la fin 2014.

Les effectifs de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf), sous commandement de l'Otan, et du contingent spécifiquement américain s'élèvent actuellement à environ 150.000 hommes, venus d'une quarantaine de pays.

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Focus : Les civils en première ligne du conflit

"Tout le monde veut s'en aller"

Leur réduction progressive passe par la mise sur pied d'une armée et d'une police afghanes capables de tenir tête aux insurgés taliban, que neuf ans de guerre n'ont pas réussi à soumettre et qui ont même intensifié leurs opérations à travers le pays.

Rares sont les analystes qui se hasardent à prévoir une issue que les Occidentaux pourraient qualifier de succès, malgré les milliards de dollars dépensés et les sacrifices consentis sur le terrain.

Le gouvernement de Kaboul, gangréné par la corruption et les rivalités internes, ne semble guère en mesure de ramener la stabilité et les efforts pour constituer une armée nationale crédible se heurtent à un fort taux de désertion. Les "bavures" dans les opérations militaires, qui ont coûté la vie à de nombreux civils, ont contribué à attiser la colère de la population contre les forces étrangères.

En Occident, l'opinion publique est favorable à un retrait et la crise économique, qui entraîne des économies budgétaires draconiennes, vient renforcer les arguments en faveur du départ des contingents étrangers.

"Tout le monde veut s'en aller", admet un responsable militaire de l'Otan.

Mais les dirigeants de l'Alliance ne veulent pas agir dans la précipitation. Il n'est pour le moment pas question de mettre totalement fin aux opérations de combat, même après 2014, et on souligne que le retrait se fera graduellement et sous certaines conditions.

"Ce sera le retour des Taliban"

"On ne peut pas partir comme ça, nous devons être sûr que tout ne s'effondrera pas après notre départ", explique le responsable de l'Alliance.

Le président Barack Obama, qui procédera le mois prochain à un réexamen de la stratégie américaine dans la région, a annoncé que le retrait des forces américaines débuterait en juillet 2011, une décision qui a incité plusieurs alliés de Washington à
revoir leur rôle à la baisse.

Les Pays-Bas ont rapatrié en août dernier leur contingent de 2.000 hommes mais envisagent d'envoyer des instructeurs pour former l'armée et la police afghanes. Le Canada, qui a perdu 150 soldats en opérations, prévoit de faire de même l'an prochain.

L'Allemagne et la France envisagent également de réduire leurs contingents en 2011 et la Grande-Bretagne veut mettre fin à ses missions de combat d'ici 2015.

Le général américain David Petraeus, qui commande l'Isaf et les forces américaines en Afghanistan, a intensifié les opérations militaires depuis un an, visant notamment les chefs taliban par des raids de drones, des avions sans pilote, tout en disant son espoir d'un règlement négocié avec les insurgés qui accepteraient de déposer les armes.

Pour Haroon Mir, du Centre afghan de recherche et d'études politiques, l'annonce des prochains retraits de contingents étrangers a gonflé le moral des combattants islamistes.

"Malheureusement, l'Afghanistan n'est pas encore prêt. Si les Américains et d'autres membres de l'Otan commencent à se retirer, ce sera certainement le retour des taliban", dit-il.

"L'armée afghane n'est pas capable de prendre le relais dans un avenir proche. La question est de savoir si le retrait (étranger) sera repoussé ou suffisamment progressif pour empêcher une détérioration de la situation, ou si des considérations de politique intérieure (en Occident) imposeront ce retrait, au risque d'une défaite militaire", dit l'analyste Brian Jenkins, de Rand Corporation.

Paul Pillar, ancien agent de la CIA aujourd'hui enseignant à l'université de Georgetown, pense que l'opération militaire lancée en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ne contribue plus aujourd'hui avec efficacité à la lutte contre le terrorisme international. Il préconise un retrait et une "paix honorable", comme dans le cas du Viêtnam dans les années 1970 - un désengagement américain suivi deux ans plus tard par la chute de la République du Sud-Viêtnam.

Selon Sameena Ahmed, de l'International Crisis Group, le processus de retrait "risque de conduire à l'opposé de ce qu'on recherchait au départ - encore plus d'instabilité, la menace de guerre civile et la possibilité de voir le territoire afghan servir de base à des groupes extrémistes plus encore qu'auparavant".

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