MADAGASCAR

Le chef d'état-major instaure le dialogue avec les officiers putschistes

Le général André Ndriarijoana est allé à la rencontre des mutins retranchés à l'aéroport international d'Antananarivo. Mercredi, ils avaient affirmé avoir "suspendu toutes les institutions" du régime du président Andry Rajoelina.

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REUTERS - Le chef d'état-major de l'armée malgache a entamé vendredi des négociations avec les officiers qui ont annoncé la dissolution de toutes les institutions et leur remplacement par un conseil militaire.

Le général André Ndriarijoana s'est rendu pendant deux heures dans la caserne voisine de l'aéroport international d'Antananarivo-Itivo où ils sont retranchés depuis mercredi. Il n'a fait aucune déclaration après sa sortie.

Interrogé par Reuters, le ministre des Forces armées, Lucien Rakotoarimasy, a assuré que les discussions se poursuivaient et l'un des officiers putschistes a confirmé l'information. Les forces de l'ordre ont par la suite fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule qui se massait aux abords de la caserne.

Le président Andry Rajoelina, qui a renversé Marc Ravalomanana en mars 2009, conserve le soutien de l'état-major. L'armée a ainsi promis d'écraser la mutinerie, mais aucune initiative en ce sens n'a été prise.

L'appareil militaire, profondément divisé par le renversement de Marc Ravalomanana et son départ en exil, ne résisterait pas à une épreuve de force, selon plusieurs observateurs.

Certains jugent en outre que les putschistes ont surestimé l'appui dont il disposait dans ses rangs, mais le président déchu ou l'un de ses prédécesseurs hostiles à Andry Rajoelina pourraient encore souffler sur les braises.

"Ça peut encore finir dans le sang, mais l'affrontement sera quoi qu'il en soit limité", juge Philippe de Pontet, directeur pour l'Afrique du cercle de réflexion Eurasia Group.

"Éviter une confrontation"

"Si d'anciens dirigeants renversés - et généralement proches des milieux d'affaires - comme le président Marc Ravalomanana et son prédécesseur Didier Ratsiraka parviennent à susciter un soulèvement plus important, il y a un risque accru d'instabilité à court terme, mais nous évaluons ce risque à 25%", ajoute-t-il.

Albert Zafy, autre ex-chef de l'Etat, a d'ores et déjà pris fait et cause pour les putschistes.

Le ministre des Forces armées a demandé dans la matinée aux civils vivant à proximité du camp militaire où sont retranchés les mutins de quitter la zone. Les écoles du secteur, situé dans les faubourgs de la capitale, ont été évacuées, mais l'heure reste visiblement à la négociation.

"Il faut éviter une confrontation afin que nos frères d'armes ne s'entretuent pas. Les négociations se poursuivent", a toutefois assuré le ministre, insistant sur le fait que le
gouvernement voulait éviter à tout prix une effusion de sang.

Le jour même de la mutinerie, les Malgaches se prononçaient par référendum sur une réforme constitutionnelle destinée à abaisser à 35 ans l'âge minimum pour accéder à la présidence, à prolonger le mandat Rajoelina jusqu'aux élections programmées le 4 mai et à en briguer un nouveau.

L'ancien maire d'Antananarivo, qui est âgé de 36 ans, avait pris le pouvoir à la faveur de vastes manifestations contre son prédécesseur. Il est à son tour victime d'un revers de popularité du fait de ses promesses non tenues.

"Rajoelina va probablement survivre à cette tempête à condition que l'armée et ses fidèles restent derrière lui. Les heures qui viennent seront décisives", estime Lydie Bokar,
responsable de l'évaluation des risques politiques chez StrategieCo.

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