GUINÉE

L’instauration de l’état d’urgence a permis un précaire retour au calme

Après deux jours de violences, l’état d’urgence décrété mercredi en Guinée a permis d’apaiser la situation. Mais dans le pays, la tension entre les différentes ethnies reste palpable depuis l’annonce de la victoire d’Alpha Condé à la présidentielle.

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L’instauration de l’état d’urgence, mercredi, en Guinée, a débouché sur un certain retour au calme dans le pays. La présence renforcée des forces de sécurité a permis d’éviter les accrochages entre partisans du vainqueur du second tour de la présidentielle, Alpha Condé, et son rival malheureux, Cellou Dalein Diallo.

Au lendemain de l’annonce des résultats provisoires, lundi, des violences politico-ethniques, qui ont fait 7 à 12 morts et plus de 200 blessés selon les sources, s’étaient déclenchées dans le pays.

"Nous demandons à chacun de maîtriser ses enfants"

Dans les principaux foyers de tension cependant, notamment aux abords de Conakry et en Moyenne-Guinée, la tension reste palpable. À Coloma par exemple, un quartier situé en banlieue de la capitale où s’est rendue une équipe de FRANCE 24, les Peuls, ethnie dont est issu Cellou Dalein Diallo, et les Soussous, qui se sont majoritairement ralliés à Alpha Condé, ont toujours du mal à cohabiter.

Au micro de FRANCE 24, un habitant soussou explique : "Nous, on ne les attaque pas. Ce sont eux qui viennent nous provoquer. Mais quand ils vont venir, on va leur répondre." Cinquante mètres plus loin, côté peul, le discours est le même : "Ce sont eux qui ont tiré. Ils m’ont fait sortir et m’ont fait asseoir à genoux. Un militaire a pris un morceau de bois et m’a cogné la tête", raconte un homme.

Dans ce climat délétère, les autorités locales peinent à se faire entendre. Elles multiplient toutefois les appels au calme. "Chacun doit rester chez lui, éviter la bagarre, ne pas lancer de cailloux. Nous demandons à chacun de maîtriser ses enfants", lance ainsi Mamadou Tenaba, chef de quartier à Coloma.

"Union nationale"

Dans un entretien accordé à FRANCE 24 jeudi, Alpha Condé a, de son côté, tendu la main à son adversaire : "Nous devons nous asseoir et discuter pour voir ensemble comment nous allons gérer ce pays […].Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de parler de la réconciliation nationale, d’appeler la Guinée à se donner la main afin que nous unissions nos forces."

Même s’il refuse de parler de rupture entre les communautés peule et malinké, Alpha Condé sait que son principal défi consistera à convaincre les partisans de son adversaire qu’il est un président légitime. Ce dernier a également défendu l’idée d’une "union nationale", affirmant vouloir désormais "parler de la réconciliation nationale, appeler la Guinée à se donner la main".

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Regardez l'entretien accordé à FRANCE 24 par Alpha Condé

La communauté internationale tente également d’éteindre l’incendie. Jeudi, le président sénégalais Abdoulaye Wade s'est entretenu avec Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo et le Premier ministre de la transition, Jean-Marie Doré, les invitant à trouver une "issue rapide" à la crise. Celui-ci a également demandé à Cellou Dalein Diallo de "lancer un appel à ses partisans pour leur demander de cesser toute manifestation sur les voies publiques, ce que ce dernier a accepté", explique un communiqué de la présidence sénégalaise.

À New York, le Conseil de sécurité des Nations unies a par ailleurs adopté un texte invitant les dirigeants politiques à calmer leurs partisans.

Quant aux États-Unis, ils ont estimé que "de tels incidents [n'avaient] pas leur place dans la société démocratique que la Guinée aspire à devenir".

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