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Les "quartiers fantômes", miroirs de la crise

Un rapport officiel révèle qu'il existe 2 856 quartiers résidentiels fantômes en Irlande. Des projets immobiliers à l’abandon qui sont sans doute la plus belle illustration du retournement dramatique qu'a connu la conjoncture économique irlandaise.

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Ils sont l'illustration la plus frappante de la crise que traverse actuellement l’Irlande : des projets de quartiers résidentiels abandonnés par milliers, comme autant de répliques modernes des villes fantômes du Far West.

Ces vastes zones mises en chantier à la fin des années 1990, aux heures glorieuses du "Tigre celtique",  se sont effondrées avec la crise de l’immobilier qui a frappé l’Irlande de plein fouet. Leurs acquéreurs potentiels n’ont plus suffisamment d’argent pour s’offrir ces pavillons de banlieue. Quant à leurs promoteurs, ils n’ont, eux, plus aucun intérêt à investir des dizaine de milliers d’euros dans des chantiers qui ne trouveront pas d’acheteurs…

"Pour être clair, il n’y a plus de marché immobilier aujourd’hui en Irlande", résume Eideen Hayden, spécialiste de l’immobilier et membre du conseil d’administration de l’ONG irlandaise Threshold qui s’occupe de logement social.

Routes inachevées

Le phénomène a atteint un tel niveau que le gouvernement a publié, au mois d'octobre, un rapport officiel sur ces "ghost estates" ("quartiers fantômes", en français), comme les appellent les Irlandais. Il sont aujourd'hui au nombre de 2856 dans le pays et comprennent 23 000 maisons inhabitées et 78 195 logements inachevés. Ces projets immobiliers ont été lancés aussi bien dans la périphérie des grandes villes comme Dublin ou Cork qu’en rase campagne.

"Dans un grand nombre de ces 'ghost estates', deux ou trois maisons seulement sont habitées. Les autres, une soixantaine environ, sont vides. Les enfants jouent dans les rues au milieu du nulle part", raconte Eideen Hayden. Certains de leurs acquéreurs vivent même dans des lotissements où les routes ne sont ni éclairées ni achevées. "Dans le pire des cas, certains acheteurs découvrent en entrant dans leur logement que celui-ci n’est pas complètement terminé", souligne encore celle-ci

Si personne ne sait ce que les "quartiers fantômes" vont devenir - une commission parlementaire planche actuellement sur la question -, tout le monde, en revanche, connaît leur histoire. "La plus grande erreur des autorités irlandaises a été d’inciter les promoteurs immobiliers à construire plus de logements que ce qui était nécessaire alors que la demande était déjà naturellement forte", tranche Eideen Hayden.

Appétit des promoteurs trop grand

En fait, entre 1997 et 2005, l’ex-"bon élève européen" bénéficiait du taux de natalité le plus élevé de l’Union européenne ainsi que d’une immigration importante. Deux facteurs qui, dans le contexte de forte croissance de l'époque, a poussé les Irlandais à vouloir devenir propriétaire.

Les quartiers périphériques des grandes villes n’en finissent alors plus de s’étendre. L’État instaure en outre des incitations fiscales pour "régénérer" des régions délaissées. Des chantiers immobiliers naissent au milieu de nulle part. Les autorités espèrent que la pierre engendrera la vie. "Dans certains cas, des vraies zones d’activités se sont certes développées", concède Eideen Hayden.

Mais malheureusement, les succès sont trop rares, en regard de l’appétit des promoteurs immobilier. "En 2006, il y a eu plus de mises en chantier de logements en Irlande que dans toute la Grande-Bretagne...", rappelle Eideen Hayden.

Alors quand, en 2007, les maisons commencent à se vendre moins bien qu’auparavant, une petite bise de panique s’empare aussi bien des vendeurs que des acheteurs. Les banques qui ont accordé des prêts à très haut risque commencent, elles aussi, à s'inquiéter. Il n'en faut pas plus pour que la bise se transforme en ouragan lorsque la crise économique mondiale éclate, à la fin de 2008. Le marché immobilier irlandais est alors balayé...

Dans le même temps par ailleurs, le nombre de personnes en attente d'un logement social ne cesse de croître. Depuis 2006, elles sont passées de 60 000 à 200 000... Un constat qui n'est pas le moindre des paradoxes.

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