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SOCIÉTÉ

"La France a encore des progrès à faire pour lever le tabou du viol"

4 mn

À l'occasion de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, jeudi, des associations lancent une campagne de sensibilisation contre le silence pesant sur le viol. Un crime dont 75 000 femmes sont victimes chaque année en France.

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"Viol, la honte doit changer de camp." Tel est le slogan de campagne choisi cette année par le Collectif féministe contre le viol, Mix-Cité et Osez le féminisme pour briser le silence de la société contre le viol et vaincre les idées reçues. 

Dans le monde entier, une femme sur cinq est victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie. En France, elles seraient 75 000 à en être victime chaque année. Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol, estime que le pays a encore du retard dans le dépistage de ce fléau. Selon elle, 90 % des femmes violées en France ne portent pas plainte. 

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France24.com : La dernière étude sur les viols en Europe remonte à 2006. On y constate que la Suède recense le plus grand nombre de cas avec 46,5 viols pour 1000 habitants. La France se classe en 16e position (sur 26 pays), avec moins de 10 cas pour 1000 habitants. Comment interprétez-vous ces chiffres ?

Emmanuelle Piet : Cela veut tout simplement dire que la Suède est, en fait, le meilleur élève en matière de dépistage. Il faut que la France et les autres pays européens fassent des progrès dans ce domaine. En France, 90 % des femmes violées ne portent pas plainte. Selon les données de la police, 12 000 femmes portent plainte pour de tels faits chaque année. Mais selon les enquêtes, qui se basent sur des témoignages, 75 000 femmes sont victimes de viol chaque année. Pour s'approcher de la réalité, il faudrait en compter le double ! Les victimes hésitent en effet à porter plainte à cause du sentiment de culpabilité qui continue de peser sur elles.
Un sondage qui date de 2009 a d’ailleurs estimé à près de deux millions le nombre de personnes en France victimes d’incestes ou de violences sexuelles au sein de leur propre famille.

Des disparités existent d’un pays à l'autre concernant la définition légale du viol. Que dit la loi française ?

E. P.: En France, le viol est un crime depuis 1980. C'est une agression sexuelle impliquant tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit (sodomie, fellation, etc.). Les attouchements relèvent, en revanche, de la loi sur les agressions sexuelles. La notion est différente au Canada et aux États-Unis, où l'on ne fait pas la distinction entre les actes sexuels avec ou sans pénétration.

La loi française est-elle optimale ?

E. P.: La loi contre le viol en France est l'une des meilleures, mais il reste un problème quant à son application. Je pense au phénomène de "correctionnalisation", qui permet de requalifier un viol, habituellement jugé devant les assises, en délit, ce qui veut dire que le procès se tient devant un tribunal correctionnel. Cela implique que le procès est bouclé en deux heures et que les peines prononcées sont de plus courte durée. Nous nous battons actuellement pour que la requalification ne se fasse pas sans l’accord des victimes, et qu’elles soient bien informées au moment où elles font leur choix !

Dans le domaine de la lutte contre les violences faîtes aux femmes, la France va s’inspirer du modèle espagnol qui consiste à placer les conjoints violents sous contrôle grâce à un système de GPS qui le garde à distance. Est-ce une solution efficace ?

E. P.: Ces bracelets électroniques ne servent à rien puisque, en France, 95 % des violeurs ne sont pas condamnés ! Il ne faut pas oublier que, dans la majorité des cas (83 %), le violeur est connu de la victime. Il faut se sortir de la tête que le violeur n’est qu’un être monstrueux. Ce sont nos pères, nos grands-pères, nos maris. Mais la société n’est pas encore prête à l’admettre !

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