PRÉSIDENTIELLE IVOIRIENNE

Gbagbo et Ouattara s’engagent à respecter le verdict des urnes

Les deux candidats à la présidentielle ivoirienne ont débattu jeudi soir en direct à la télévision, une première historique. À trois jours du second tour, ils ont voulu calmer le jeu alors que la tension monte dans le pays.

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Pour la première fois en Côte d’Ivoire, deux candidats à l’élection présidentielle ont débattu en direct à la télévision. Le président sortant, Laurent Gbagbo, et son adversaire Alassane Ouattara se sont fait face pendant plus d’une heure jeudi soir, au cours d’un débat courtois qui contraste singulièrement avec la situation tendue dans laquelle est plongé le pays depuis plusieurs semaines. Ayant à cœur de calmer le jeu, les deux hommes ont affirmé qu’ils s’engageaient à reconnaître le verdict du deuxième tour de la présidentielle, qui se tient dimanche.

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EXTRAIT DU DÉBAT

"Je l’ai déjà dit, j’accepterai le résultat de cette élection et je suis sûr que ce deuxième tour va se dérouler dans de bonnes conditions", a lancé Alassane Ouattara, qui a stigmatisé les "extrémistes" tout en leur demandant de "laisser évoluer la Côte d’Ivoire vers le changement". Son rival, Laurent Gbagbo, s’est lui réjoui que ce débat ait permis de "faire tomber les préjugés, de discuter et de montrer que nous sommes civilisés". "Nous l'avons fait et je suis heureux que ça se soit bien passé", s’est-il félicité.

Un enthousiasme tempéré par Vincent Hugeux, grand reporter au magazine l’Express, selon qui "au-delà de cette courtoisie de façade, au-delà de cette civilité affichée, on sent bien que le contentieux reste très aigu".

Couvre-feu dimanche

L’actuel président a néanmoins réservé une surprise à son adversaire en annonçant qu’il instaurerait un couvre-feu, dimanche, après la fermeture des bureaux de vote. Une décision dénoncée par Alassane Ouattara, qui redoute qu’un "couvre-feu dramatise les choses" en donnant aux Ivoiriens "le sentiment qu’il y a un péril".

Cette annonce inattendue est perçue comme "un joli coup tactique" par Vincent Hugeux. "C’est une manière de réaffirmer que c’est lui le patron et de laisser penser qu’en cas de défaite le pays risque de replonger dans la violence", analyse-t-il sur l’antenne de FRANCE 24.

Selon la correspondante de FRANCE24 Tatiana Mossot, à Abidjan, "les Ivoiriens ont apprécié le fait que les deux hommes, adversaires politiques de toujours, aient réussi à se parler face à face", ce qui pour beaucoup constitue déjà "un succès".

Un mort dans l’ouest du pays

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Portraits croisés des deux candidats

Avec, respectivement, 38 % et 32 % de votes obtenus le 31 octobre, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara cherchent maintenant à rallier les électeurs qui s’étaient portés sur Henri Konan Bédié au premier tour. Arrivé troisième, l'ex-président a appelé à voter pour Ouattara, mais nul ne sait dans quelle mesure ses voix vont se reporter sur l’ancien Premier ministre.

Quelques heures plus tôt, dans la journée de jeudi, des heurts entre partisans des deux camps ont fait un mort. Un jeune sympathisant du chef de l’État a été battu à mort pour avoir arraché une affiche de campagne de M. Ouattara dans la région de Bayota, à 300 km à l'ouest d'Abidjan. Les autorités espèrent que ce premier décès de la campagne ne mettra pas le feu aux poudres, le ministère de l'Intérieur ayant aussitôt indiqué que la gendarmerie avait "interpellé les principaux organisateurs".

Y. J. Choi, le porte-parole du secrétaire général de  l'ONU en Côte d'Ivoire, s'est dit conscient des risques de violences, mais en précisant qu’il n’était pas trop inquiet à ce stade.

Vendredi matin, le calme régnait dans la capitale économique ivoirienne.

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Reportage à Abidjan dans le quartier d'Abobo

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