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PRÉSIDENTIELLE IVOIRIENNE

La Côte d’Ivoire retient son souffle avant le second tour

Quelque 5,7 millions d'électeurs sont appelés à désigner leur dirigeant, dimanche, lors du second tour de la présidentielle. Ils devront choisir entre le chef de l'État sortant, Laurent Gbagbo, et l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara.

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, envoyé spécial à Abidjan

Dans les rues du quartier abidjanais de Koumassi, ce samedi, nombreux sont les passants à s’arrêter devant les panneaux en bois où sont épinglées les unes des nombreux quotidiens nationaux. À la veille du second tour de l’élection présidentielle, pas un titre de la presse ivoirienne ne fait l’impasse sur le scrutin historique de dimanche qui opposera le président sortant, Laurent Gbagbo, à l’ancien Premier ministre Alassane Dramane Ouattara (ADO). Une première pour ce pays qui n'a encore jamais connu une élection présidentielle à deux tours depuis son indépendance, en 1960.

"Ivoiriens, à vous de choisir", clame ainsi le quotidien "Fraternité Matin". "La grande finale", titre de son côté "L’Inter", comme pour mieux souligner l’aspect inédit de ce scrutin qui a mobilisé, le 31 octobre, plus de 80 % des électeurs inscrits. Du jamais vu, de mémoire d’Ivoiriens... "Tous aux urnes", enjoint "L’Intelligent d’Abidjan" aux 5,7 millions de votants. Plus partisan, "Le Nouveau Courrier" barre sa une d’un laconique "Pourquoi il faut écarter ADO", tandis que "Le Démocrate" croit savoir que "Le peuple ne veut plus de Laurent Gbagbo". En clair, "La tension monte, monte…", comme le signale "Le Flambeau".

Le "vivre-ensemble"

À Koumassi, le temps ne s’est pas pour autant arrêté. Non loin d’un kiosque à journaux, un groupe de jeunes Abidjanais se retrouve, comme tous les jours, autour de la même table. C’est la pause déjeuner. Au menu : du riz à la sauce d’arachides, mais aussi l’élection présidentielle de dimanche. Le "Jour J", comme il est convenu de l'appeler ici...

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"Nous irons voter demain à partir de 7 heures, comme au premier tour", promet Youssouf, un maçon âgé d’une trentaine d’années. Autour de lui, ses compagnons, chauffeurs, électriciens ou étudiants au chômage, opinent du chef. Ce qu’ils attendent du prochain chef de l’État ? "Une politique en faveur de la jeunesse, de l’emploi et de la paix…"

"On ne peut rien faire sans la paix", confirme Salif qui, comme ses camarades, se félicite du calme et de la sérénité qui règne dans le quartier où toutes les sensibilités politiques sont représentées. "On croise parfois des militants de l’autre camp, indique Youssouf. On cause, on échange sans animosité. Ici, à Koumassi, nous prônons le ‘vivre-ensemble’."

Même son de cloche chez Amadou, lui aussi chauffeur : "Ici, normalement, il n’y a pas de problèmes, explique-t-il. C’est l’élection qui provoque les tensions". Un peu à l’image de cette campagne pour le second tour durant laquelle les deux candidats se sont livré une véritable guerre des mots.

L’heure des calculs

Mais après une semaine de grands discours et de petites phrases, les deux finalistes de la présidentielle ont dû couper leur micro. La campagne électorale s'est officiellement achevée hier soir à minuit (heure locale), sans qu’aucun analyste ne soit en mesure de pronostiquer qui, de Laurent Gbagbo ou d’Alassane Ouattara, sera appelé à diriger le pays.

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Quelques heures après avoir tenu meeting à Abidjan, la capitale économique du pays qui concentre à elle seule plus d’un tiers de l’électorat, les deux candidats ont réuni les cadres de leur parti pour faire le bilan de leur campagne. Pour l’un comme pour l’autre, l’enjeu principal en a été la conquête de l’électorat de l’ex-président Henri Konan Bédié (1995-1999), le candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) arrivé en troisième position lors du premier tour,  avec plus de 25 % des voix.

De fait, l’équation est assez simple : crédité de plus de 38 % des suffrages exprimés, le chef de l’État sortant, qui concourt sous la bannière de La Majorité présidentielle (LMP), doit s’adjuger la moitié des voix de son prédécesseur à la présidence pour espérer sortir vainqueur du scrutin. ADO, qui a réalisé un score de 32,03 % le 31 octobre, doit quant à lui rassembler les deux tiers de l’électorat de Bédié pour espérer l'emporter. Si ce dernier a appelé à voter Ouattara au second tour, rien n’indique cependant que ses électeurs voteront comme un seul homme pour celui qui porte désormais les couleurs du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

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Couvre-feu dès samedi

Malgré les violentes joutes verbales auxquelles ils se sont adonnés cette dernière semaine, les deux rivaux jouent désormais l’apaisement. À l’occasion d’un "face-à-face" inédit diffusé jeudi soir sur l’antenne de la Radio télévision ivoirienne (RTI), Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ont répété qu’ils respecteront le verdict des urnes. Courtois et mesurés, l'un et l'autre ont fait valoir leurs derniers arguments en toute quiétude avant de se donner l’accolade devant les caméras. L’image fera date.

Nombre d’observateurs craignent toutefois que l’annonce des résultats ne donne lieu à des violences. Samedi en effet, au moins trois personnes ont trouvé la mort dans des affrontements entre militants et forces de l’ordre dans le quartier abidjanais d’Abobo. Deux jours plus tôt déjà, un jeune sympathisant de Laurent Gbagbo avait été battu à mort pour avoir arraché une affiche de campagne d’ADO dans la région de Bayota, à 300 km à l'ouest d'Abidjan.

Carte des résultats du premier tour de la présidentielle ivoirienne (RFI)

Pour assurer "le maintien de l'ordre", les autorités ont donc décidé d'instaurer un couvre-feu qui entre en vigueur dès ce samedi soir, entre 22 heures et 6 heures (heure locale). Il s'imposera également à tout le pays demain dimanche, aux mêmes horaires, puis de lundi à mercredi entre 19 heures et 6 heures. Samedi, le chef d’état-major des armées, Philippe Mangou, a par ailleurs une énième fois appelé ses concitoyens au calme.

Laurent Gbagbo avait annoncé la mise en place du couvre-feu jeudi, à l’occasion du débat télévisé. Une décision "injustifiée et sans fondements" aux yeux de son adversaire, dont les partisans ont appelé à ne pas respecter le décret présidentiel. De son côté, le Premier ministre, Guillaume Soro, a également émis, vendredi, des réserves sur le bien-fondé d’une telle décision. Tout en appelant ses concitoyens au calme.

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