POLITIQUE FRANÇAISE

"Le style de Ségolène Royal, c'est de surprendre ses adversaires"

Ségolène Royal a fait trembler le PS en se déclarant, lundi, candidate aux primaires du parti. Pour Frédéric Sawicki, professeur de science politique et spécialiste du socialisme en France, cette annonce n'a pourtant rien de surprenant.

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En annonçant, lundi, sa candidature aux primaires socialistes, Ségolène Royal a pris de court les éléphants du PS. Frédéric Sawicki, professeur de science politique à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste du socialisme en France, ne voit pourtant rien de surprenant à cette annonce qui intervient à 17 mois de la présidentielle de 2012 et avec six mois d’avance sur le calendrier du PS.

France24.com : Comment analysez-vous la candidature de Ségolène Royal aux primaires du Parti socialiste ?

Frédéric Sawicki : En terme de stratégie, rien n’est vraiment étonnant. Dès le lendemain du second tour de la présidentielle de 2007, elle avait appelé ses supporters à une victoire dans le futur. Quant à la date de l’annonce de sa candidature, elle intervient en même temps que d'autres poids lourds du parti socialiste. Il fallait pour Ségolène Royal éviter de disparaître des médias et de l’opinion. Elle s’était retrouvée enrôlée, un peu malgré elle, dans un accord avec Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry. Elle ne voulait donc pas être le "dindon de la farce".

France24.com : En prenant de court ses adversaires, sa démarche risque-t-elle de provoquer une guerre des chefs au sein du PS ?

Frédéric Sawicki : Je pense que l’on est dans une spirale que les socialistes, à l'origine des primaires, n’avaient pas vraiment anticipé. Au départ, les grands éléphants, en se tenant la main, pensaient pouvoir contrôler les choses. Or, ils ont mésestimé le fait que les "seconds couteaux" ou "petits candidats" pouvaient se déclarer et changer la donne. Ils se retrouvent donc dans une situation embarrassante. Des candidats putatifs en profitent pour exister et se démarquer les uns des autres et en même temps, ils tentent de se placer dans une future équipe gouvernementale en cas de victoire de la gauche en 2012. À tout cela, il faut également ajouter le contexte politique de pression forte de la part du président de la République, Nicolas Sarkozy.

France24.com : Cette décision oblige-t-elle Dominique Strauss-Kahn, favori des sondages, ou Martine Aubry à se dévoiler rapidement ?

Frédéric Sawicki : Ils vont sans doute devoir candidater avant la date initialement prévue : le mois de juin. Je vois mal quatre candidats déclarés [François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal et Emmanuel Valls, NDLR], et les autres en embuscade à compter les points. À un moment, DSK et Martine Aubry vont être contraints de révéler leur stratégie. Ils avaient lié leur sort par un pacte, ils vont maintenant devoir dire l’un et l’autre ce qu’ils veulent. Le style de Ségolène Royal, c’est de surprendre ses adversaires. En annonçant mardi matin que DSK ferait "le meilleur chef de gouvernement que la France pourrait avoir", elle le met au pied du mur.

France24.com : Quelles sont les chances de Ségolène Royal de s’imposer ?

Frédéric Sawicki : Ségolène Royal est isolée au Parti socialiste. Des soutiens de la présidentielle de 2007 l’ont lâchée pour DSK ou François Hollande. Elle ne part donc pas nécessairement en position de force. Elle espère jouer, comme en 2007, sur l’opinion. Son positionnement en marge du parti, à l'époque, lui avait réussi ; personne ne peut dire que cela ne se reproduira pas de nouveau en 2012. La question est de savoir qui va voter pour ces primaires. Ségolène Royal dispose d’un vrai capital sympathie au sein des adhérents du PS sur lequel elle peut compter. Elle devrait commencer bientôt des déplacements en province et sans doute relancer les comités Désirs d’avenir. On verra alors quelles sont ses chances.

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