PRÉSIDENTIELLE HAÏTIENNE

Deux favoris reviennent sur leur appel à invalider le scrutin

Revirement opportun : deux des candidats à l'élection présidentielle haïtienne, Michel Martelly et Mirlande Manigat, ont décidé de revenir sur leur demande d’annulation du scrutin pour fraudes. Et pour cause, ils sont favoris.

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Un scrutin contesté, des soupçons de trucage et des candidats qui font volte-face : la confusion règne toujours ce mardi à Haïti, deux jours après les élections présidentielles et législatives de dimanche. Après avoir dénoncé des fraudes massives orchestrées au profit du candidat du pouvoir Jude Célestin (parti INITE), deux des favoris du scrutin présidentiel sont revenus sur leurs critiques. L’ancienne première dame, Mirlande Manigat, et le chanteur populaire Michel Martelly se sont désolidarisés des dix autres candidats avec lesquels ils demandaient jusqu'ici l'annulation du premier tour.

Un revirement opportun des deux favoris

"Nous avons assisté à un véritable exercice de style de la part de ces deux têtes d’affiches (…). Il s’agit d’un revirement total et il faut dire assez opportuniste des favoris à la présidence", note Amélie Baron, correspondant de RFI à Port-au-Prince. Pour expliquer sa décision, Mirlande Manigat, en lice sous la bannière du Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP), a affirmé qu’elle disposait de "bonnes chances de gagner". Idem pour Michel "Sweet Micky" Martelly, chanteur particulièrement populaire à Haïti, qui se présente sous les couleurs du parti Repons Peyizan, très virulent la veille, et soudainement confiant. "Maintenant que je sais que je mène...", a-t-il lancé, lundi, au cours d'une conférence de presse.

En revanche, les dix autres candidats ont maintenu leur appel en faveur d'une annulation des élections. "Nous ne transigerons pas sur la question des fraudes commises dans ces élections, nous n'accepterons pas une situation de fait accompli", a déclaré l'un d'entre eux, Jacques-Edouard Alexis, candidat du parti Mobilisation pour le progrès en Haïti, au cours d'une conférence de presse.

La population haïtienne est dans l'expectative

Face à toutes ces annonces, la population reste dans l’expectative, dans l'attente des résultats du premier tour qui devraivent être annoncés à partir du 5 décembre. "La population ne sait plus quoi penser. Hier, leurs favoris criaient au scandale et, aujourd’hui, ils reprennent comme si de rien n’était le processus électoral", explique Amélie Baron. Un scenario confus qui "ne va pas vraiment arranger la vision que les Haïtiens se font de leurs politiciens", poursuit-elle.

Le scrutin, marqué par de nombreux incidents et des violences, a toutefois été prudemment cautionné hier par la mission d'observateurs étrangers. Elle a estimé que les "irrégularités" signalées n'étaient pas suffisantes pour invalider les élections. Lundi, le Conseil électoral provisoire (CEP) avait validé le scrutin dans la majorité du pays. Cet organisme a décidé d'annuler les suffrages dans seulement 3,5% des bureaux de vote du pays, théâtres d’incidents majeurs. Un éventuel deuxième tour pourrait avoir lieu le 16 janvier.

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