SOUDAN

George Clooney, "Big Brother" de l'humanitaire au Sud-Soudan

Deux semaines avant le référendum qui devrait aboutir à la sécession du Sud-Soudan, l'acteur américain lance un projet qui permettra aux internautes de suivre l'évolution de la situation sécuritaire dans cette région grâce à des images satellitaires.

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C'est un projet humanitaire d'un tout nouveau genre qui voit le jour ce mercredi. L'acteur américain George Clooney, engagé depuis 2006 pour la défense des droits de l'Homme au Soudan, a imaginé allier technologies de pointe et missions de terrain pour tenter d'empêcher le déclenchement de nouvelles violences au Soudan. Lancé à moins de deux semaines d'un référendum crucial pour l'avenir du pays, le Satellite Sentinel Project permettra au grand public de suivre, sur Internet et grâce à des images satellitaires, l'évolution de la situation sécuritaire à la frontière entre le Nord et le Sud.

Le 9 janvier, les Sud-Soudanais doivent se prononcer, par référendum, sur la partition du plus grand pays d'Afrique. Selon les observateurs, les électeurs devraient voter pour la sécession, ce qui pourrait provoquer de nouveaux affrontements entre le régime de Khartoum et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS).

Le Soudan reste marqué par plus de deux décennies de guerre entre le Nord et le Sud ainsi que par le conflit qui dure depuis 2003 au Darfour, dans l'ouest du pays. Le président Omar el-Béchir est d'ailleurs visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans cette région.

"Nous sommes les paparazzi anti-génocide"

Habitué à être sous le feu des projecteurs, George Clooney souhaite aujourd'hui rediriger un peu de cette lumière sur le Soudan par le biais de son association Not on Our Watch, fondée avec les acteurs Matt Damon, Brad Pitt ou encore Don Cheadle. "Nous sommes des paparazzi anti-génocide, a-t-il expliqué à l'hebdomadaire américain "Time". Nous voulons que les leaders du Nord et du Sud du Soudan reçoivent le même niveau d'attention que je reçois d'ordinaire. Lorsque vous savez que vos actions sont observées, vous avez tendance à agir très différemment que lorsque personne ne parle de vous."

Le principe de ce Satellite Sentinel Project est simple. L'association Not on Our Watch va acheter des images fournies par des satellites privés, qui permettront de suivre quasiment en temps réel l'évolution de la situation à la frontière entre le Nord et le Sud. Aujourd'hui, de nombreuses sociétés commerciales, telles que GeoEye, Digital Globe ou ImageSat International, disposent de satellites qui tournent en orbite à basse altitude autour de la Terre, au rythme d'une rotation toutes les 90 minutes environ.

Si leurs images ne permettent pas de lire une plaque d'immatriculation ou de reconnaître un visage, elles permettent de repérer des mouvements de troupes ou une attaque contre un village ou un hôpital. Not on Our Watch a déjà récolté 750 000 dollars, qui devraient permettre d'acheter des photographies satellitaires pendant plusieurs mois.

Le Programme d'application satellitaire opérationnel des Nations unies (Unosat), qui s'est rallié au projet de George Clooney, collectera ces images et les rendra accessibles au public, dans un délai de 24 à 36 heures, sur le site www.satsentinel.org, qui doit être lancé ce mercredi. Cette branche de l'ONU collaborera pour cela avec Google, unique client privé du satellite d'observation américain GeoEye1, et la société Internet Trellon.

Un exemple d'image prise par le satellite GeoEye1 - le Palais impérial à Tokyo.
Un exemple d'image prise par le satellite GeoEye1 - le Palais impérial à Tokyo.

Une caméra dans Auschwitz

De son côté, l'organisation américaine de lutte contre les génocides Enough Project mènera des missions de terrain pour confirmer ce qui aura été observé depuis le ciel et analyser les données. L'Initiative humanitaire de l'université d'Harvard contribuera également à l'analyse et à l'évaluation des images satellitaires.

"Trop souvent, dans le domaine des droits de l'Homme, nous cherchons simplement à savoir après coup comment des atrocités se sont déroulées, a expliqué Nathaniel Raymond, de l'Initiative humanitaire d'Harvard, au quotidien américain "The Global Post". Là, nous utilisons des informations pour empêcher quelque chose d'avoir lieu. Si un évènement a lieu dans la nuit, les hommes politiques le sauront le matin suivant, et non pas des jours ou des semaines plus tard."

Depuis 2006, George Clooney s'est rendu à plusieurs reprises au Soudan. Il espère que le projet de surveillance satellitaire, mis en place pour le référendum au Sud-Soudan, pourra être utilisé dans d'autres zones à risque de la planète. "C'est comme si, en 1943, on avait mis une caméra dans Auschwitz [et que tout le monde avait eu accès aux images], affirme George Clooney dans le "Time". Les gens auraient pu décider de ne rien faire, mais personne n'aurait pu dire qu'il ne savait pas."

 

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