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Ahmed Néjib Chebbi, l'homme qui cherche à rassembler l'opposition

Néjib Chebbi est devenu une des figures incontournables de l’opposition à Ben Ali. Formé aux combats politiques au côté de l'extrême-gauche, puis proche du pouvoir dans les années 1980, il pourrait prendre la tête du gouvernement tunisien.

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Un gouvernement d'union nationale en Tunisie ? Les deux principaux dirigeants de l'opposition - Mustapha Ben Jaafar, chef du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL), et Néjib Chebbi, chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP) - ont déclaré ce samedi être prêts à collaborer avec Mohammed Ghannouchi, Premier ministre sortant chargé par Fouad Mebazale, le président du Parlement devenu président par intérim, de former un gouvernement de coalition.

Les négociations politiques pour former un gouvernement de transition ont commencé il y a plusieurs dizaines heures à Tunis. Vendredi matin, déjà, avant même le départ du président Ben Ali, le ministre des Affaires étrangères, Kamel Morjane, avait envisagé cette solution : "Avec le comportement de gens comme M. Néjib Chebbi, je crois que c'est faisable, c'est même tout à fait normal".

"La Tunisie n'a pas été préparée à la relève politique"

Cela fait des années qu'Ahmed Néjib Chebbi attend son heure, et qu'il réclame "une relève politique". "La Tunisie n'y a pas été préparée. C'est pourquoi un gouvernement d'union nationale peut permettre l'émergence de cette relève politique, qui libère les énergies, revivifie les institutions et amène à l'élection d'un Parlement, a-t-il déclaré vendredi sur France 24. A part cette relève, je ne vois pas à quoi peut aboutir ce mouvement. Il peut aboutir à un coup d'État qui nous ferait perdre du temps ou alors à un chaos qui n'est bon pour personne."

Le Parti démocratique progressiste qu'il a fondé est dirigé depuis 2006 par une femme, Maya Jribi. Le parti jouit d'une reconnaissance légale en Tunisie, mais n'a pas de représentation au Parlement. Cela avait d'ailleurs posé problème à Néjib Chebbi lors des deux dernières élections présidentielles de 2004 et 2009, puisqu'il faut le soutien de trente élus, députés ou maires, pour valider une candidature. Les dernières élections législatives de 2009 ont été boycottées par le chef historique du PDP, qui avait dénoncé une "mascarade" aux résultats "connus d'avance".

Avocat de formation, Ahmed Néjib Chebbi est un défenseur de la société civile et se fait le porte-parole des médias muselés, à commencer par le journal dont il est le directeur de la publication, le quotidien El-Mawkif. Lorsque Taoufik Ben Brik est jugé et emprisonné à Tunis, fin 2009, c'est lui qui est au barreau. Chebbi dénonce alors devant la presse internationale un procès politique : "La seule explication [à cette affaire] se trouve dans la série d'articles publiés récemment par le journaliste dans la presse française". C'est lui aussi qui part au front pour défendre Zouhair Maklouf, journaliste de El-Mawkif, condamné en décembre dernier pour un reportage sur l'état de l'environnement dans une zone industrielle à Nabeul (Nord-Est).

Une opposition morcelée

Militant d'extrême-gauche durant ses premières années d'engagement en faveur du nationalisme arabe en 1968, Néjib Chebbi est condamné pour sa participation aux contestations étudiantes par la cour de sûreté de l'État, fuit en Algérie, avant d'être gracié en 1981. Il a ensuite cheminé politiquement et fonde le Rassemblement socialiste progressiste (RSP) en 1983. Il signe cinq ans plus tard le "Pacte national", charte censée définir les règles du jeu démocratique, et devient ainsi un opposant "légal". Cette position, jugée comme un pacte passé avec le gouvernement de Ben Ali, est mal perçue par une partie de l'opposition tunisienne.

Les années 1990 voient la formation politique de Néjib Chebbi échouer à plusieurs reprises aux élections législatives. Il s'attache à réformer son parti et à prendre ses distances avec le pouvoir en place. Au début des années 2000, le RSP devient Parti démocratique progressiste (PDP) et se veut un "parti-pivot" dans le paysage pro-démocratique en Tunisie. Néjib Chebbi part au front contre l'amendement de l'article 39 de la Constitution, qui autorise le président Ben Ali à briguer un quatrième mandat en 2004. L'année suivante, il est l'un des artisans du "comité du 18 octobre" qui réunit plusieurs personnalités de l'opposition, dont des anciens dirigeants du parti islamiste Ennahda. En 2008 puis en 2010, l'opposant suit une grève de la faim très médiatisée pour dénoncer les tracasseries administratives dont son parti et son organe de presse sont la cible.

Figure incontestable de l'opposition aujourd'hui, Ahmed Néjib Chebbi s'est fait le porte-voix, ces dernières semaines, de la gravité des événements en Tunisie, notamment sur l'ampleur du nombre de morts, alors que les autorités tunisiennes cherchaient à minimiser les troubles. Il ne parvient pas pour autant à rassembler toutes les velléités de changement politique derrière son nom.

Son analyse ? "Jusqu'à présent, l'opposition est désunie. Parce qu'elle est coupée de l'opinion publique. Mais la libération des énergies va obliger cette opposition à s'aligner sur des positions communes pour présenter une alternative crédible, prédit-il sur France 24, vendredi matin. Les querelles de chefs ont dominé jusqu'à présent. Mais maintenant, ces chefs sont soumis au verdict de l'opinion publique. S'ils ne s'unissent pas sur ce que veut cette opinion publique, ils seront dépassés". A 64 ans, Néjib Chebbi cherche à être perçu comme celui qui a su comprendre les événements depuis fin décembre.
 

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