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Les consultations politiques se poursuivent au lendemain d'une nuit de pillages

Les Tunisiens s'organisent pour tenter de protéger eux-mêmes leurs quartiers face aux pillages, qui se sont poursuivis pendant la nuit en dépit du couvre-feu. Le Premier ministre rencontre différentes parties en vue de former un cabinet d'union.

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Deux jours après la fuite du président déchu Zine El-Abidine Ben Ali, la situation sécuritaire demeure tendue à Tunis et dans le reste du pays. Alors que les consultations se poursuivent entre responsables politiques en vue de la formation d'un gouvernement d'union nationale, la nuit a de nouveau été marquée par des pillages.

"Dès le début du couvre-feu, samedi, à 17h00 heure locale, nous avons entendu les premiers tirs de sommation de l'armée qui quadrille la capitale tunisienne, raconte Cyril Vanier, envoyé spécial de FRANCE 24 à Tunis. L'armée a tiré en l'air pendant des heures pour ordonner aux gens de rentrer chez eux. Aucun écart au couvre-feu ne devait être toléré." 

Mandat d'arrêt contre l'ancien chef de la sécurité

Malgré cette surveillance accrue de la part de l'armée, les habitants de la capitale mais aussi du reste du pays ont fait état de nombreux pillages et destructions. "Des groupes encagoulés ont attaqué de très nombreux quartiers, précise Cyril Vanier. Il est difficile de savoir de qui il s'agit." Face à cette menace, les gens ont décidé de se protéger eux-mêmes. Des jeunes sont sortis avec des bâtons."

Ce dimanche, l'ancien chef de la sécurité de Zine El-Abidine Ben Ali, le général Ali Sériati, a été arrêté dans le sud du pays, alors qu'il tentait de fuir en Libye, après que le tribunal de Tunis a lancé un mandat d'arrêt contre lui et ses collaborateurs. Selon une source officielle, une information judiciaire a été ouverte pour "complot contre la sécurité intérieure de l'État, incitation à commettre des crimes et à s'armer et provocation au désordre". Cet homme-clé de l'appareil sécuritaire du président déchu serait derrière les milices qui provoquent depuis plusieurs jours des incidents dans le pays.

Des heurts malgré le couvre-feu

"Tout le monde est presque sûr que ces fauteurs de troubles sont essentiellement d'anciens cadres de la sécurité proches de Zine El-Abidine Ben Ali, affirme sur FRANCE 24 Hamma Hammami, président du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), interdit dans le pays. Ils sèment la terreur pour que les Tunisiens cessent leur lutte pour un changement démocratique. Ils circulent dans des voitures de locations et sont armés."

Selon une source officielle, citée par l'agence TAP, le couvre-feu en vigueur dans le pays a toutefois été allégé d'une heure, à compter de ce dimanche, "en raison d'une amélioration de la sécurité". Il sera désormais levé à 5 heures, heure locale, au lieu de 6 heures.

Alors que la Révolution de jasmin a fait des dizaines de victimes depuis son déclenchement le 17 décembre, un photographe français de l'agence EPA, Lucas Mebrouk Dolega, est "dans un état critique". Il avait été touché vendredi par un tir de grenade lacrymogène au cours d'une manifestation à Tunis. Pendant quelques heures, il était donné pour mort par l'AFP.

Le Syndicat national des agences de voyage (SNAV) a de son côté confirmé que la "quasi-totalité" des touristes français bloqués en Tunisie seraient de retour lundi, l'espace aérien tunisien ayant été réouvert samedi.

"Tous les Tunisiens sans exception"

Sur le plan politique, la formation d'un gouvernement d'union nationale pourrait être annoncée ce dimanche. Le Premier ministre, Mohammed Ghannouchi, devait réunir ce dimanche matin les représentants des partis dits légaux et de la société civile, afin de désigner les personnalités qui seront chargées de conduire la transition et d'organiser des élections présidentielle et législatives, dans un délai de 60 jours.

"Tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive" seront associés au processus politique, a promis samedi Fouad Mebazaa. Président du Parlement, celui-ci a été désigné samedi président par intérim par le Conseil constitutionnel en vertu de l'article 57 de la Constitution, et a prêté serment

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Le Parti communiste et le parti islamiste tunisien Ennhadha, officiellement interdits dans le pays, n'ont pourtant pas été convoqués ce dimanche au palais du gouvernement. "Nous ne reconnaîtrons pas le gouvernement d'union nationale, a prévenu Hamma Hammami sur FRANCE 24. Ce sera la continuité du régime de Ben Ali sans Ben Ali, avec simplement un décor démocratique plus large."

Depuis Londres, où il vit en exil, Rached Ghannouchi, le chef du parti Ennhadha s'était lui déclaré favorable à la formation d'un cabinet d'union samedi, indiquant qu'il préparait son retour au pays dans les prochains jours.

"Zine El-Abidine Ben Ali a laissé un État en gravats, a expliqué sur FRANCE 24 Majid Bouden, président de l'association des avocats en droit international. Il n'y a pas d'institution, pas d'État de droit, pas de parti politique structuré... Il faut préparer la transition." 

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Imed Trabelsi, neveu de Ben Ali, a été "poignardé"

Le président déchu Zine El-Abidine Ben Ali, qui a quitté précipitamment la Tunisie vendredi soir, est lui toujours réfugié à Jeddah, en Arabie saoudite. Imed Trabelsi, l'un des neveux de sa femme Leïla, est décédé vendredi. Un membre du personnel de l'hôpital militaire de Tunis a simplement précisé qu'il avait été poignardé. Cet homme d'affaires aux méthodes décriées avait fait fortune dans l'immobilier et la grande distribution. La main-mise du clan de Leïla Trabelsi, seconde épouse de l'ancien président, sur des pans entiers de l'économie du pays a été largement dénoncée au cours des manifestations qui ont conduit à la fuite de Zine El-Abidine Ben Ali.

D'autres proches du président déchu, dont sa fille Nesrine, se trouvaient encore en France samedi mais n'avaient "pas vocation à rester" selon le porte-parole du gouvernement, François Baroin, qui s'exprimait sur les ondes de la radio France Info.

Si la majorité des dirigeants arabes ont réagi avec prudence au départ du président tunisien, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi lui a en revanche apporté un soutien appuyé samedi. "Zine El-Abidine Ben Ali est toujours le président légal de la Tunisie", a-t-il déclaré.

 

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