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Culture

Art Spiegelman remporte le Grand Prix d'Angoulême

Texte par Dépêche

Dernière modification : 31/01/2011

L'artiste américain Art Spiegelman est le lauréat du Grand Prix du festival d'Angoulême de la bande dessinée. Auteur du mythique album "Maus", il raconte la Seconde Guerre mondiale à travers des personnages de souris juives et des chats nazis.

AFP  - L'Américain Art Spiegelman, père du mythique "Maus" qui lui valut en 1992 le seul prix Pulitzer attribué à une BD et racontait la Shoah au travers des souvenirs de son père, a remporté dimanche le Grand Prix du 38e Festival international de la bande dessinée d'Angoulême.

C'est le seul artiste américain à jamais avoir été récompensé par le Grand Prix avec Robert Crumb en 1999.

Très applaudi, le Grand Prix a été révélé lors de la cérémonie de clôture, en présence du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand qui avait remis un peu plus tôt au scénariste belge Jean Van Hamme les insignes de commandeur des Arts et Lettres.

"Merci beaucoup pour cet honneur incroyable", a réagi Art Spiegelman, joint par téléphone aux Etats-Unis depuis la scène du théâtre d'Angoulême.

"Angoulême est vraiment la capitale de la culture et de la bande dessinée dans le monde moderne. J'ai tellement appris de la bande dessinée française", a-t-il continué, ajoutant, non sans humour: "Etant donné mes pauvres talents en tant que dessinateur, je me sens un peu comme le président Obama quand il a reçu le Prix Nobel de la Paix".

Le jury, présidé par l'inoxydable Baru, Grand Prix 2010, a aussi rendu hommage à la jeune génération en décernant son prix du meilleur album à l'Italien de 35 ans Manuele Fior pour "Cinq mille kilomètres par seconde", une histoire d'amour entre trentenaires pris dans le tourbillon des moyens de communications modernes ultra-rapides.

Figure phare de la bande dessinée underground américaine des années 70-80, Art Spiegelman, né en 1948 à Stockholm, a bouleversé le paysage de la BD en publiant en 1986 "Maus" (souris en allemand), chronique douloureuse de la Shoah, traduite en une vingtaine de langues, qui retrace la vie de sa famille pendant l'Holocauste racontée par son père, juif polonais.

Hitler et les Allemands y sont représentés en chats, les victimes de l'Holocauste en souris. Ce recours au zoomorphisme reprenait en écho les affiches de propagande nazie sur lesquelles, par exemple, les Polonais étaient figurés comme des porcs et les juifs en souris ou en rats. Et la reprise de cette iconographie pour décrire les ravages du nazisme avait choqué beaucoup de survivants de l'Holocauste.

C'était en tout cas la première fois qu'une bande dessinée attirait autant sur elle l'attention des critiques. "Maus" fera l'objet d'une grande exposition au musée d'art moderne de New York, et obtiendra en 1992 un prix Pulitzer spécial.

Le sexagénaire vit toujours à New York avec sa femme, la Française Françoise Mouly, directrice artistique du prestigieux New Yorker. Spiegelman avait réalisé la couverture du numéro du 24 septembre 2001 de l'hebdomadaire, le premier suivant le 11-Septembre, resté l'un des dessins politiques les plus forts de la décennie.

Virulent critique de la politique de George W. Bush, il a aussi publié en 2002 et 2003 dans de grands journaux et magazines européens des planches innovantes et fortes intitulées "A l'ombre des tours mortes" (In the Shadow of No Towers), dans lesquelles il raconte le traumatisme du 11 septembre pour lui et ses compatriotes.

Réunie en album en 2004, cette oeuvre a été acclamée aussi bien aux Etats-Unis que dans le monde francophone.

L'édition 2011 du Festival, qui a accueilli quelque 200.000 personnes en quatre jours dans une ville en effervescence, a également été marquée par l'originalité des expositions et des spectacles.

Première publication : 30/01/2011

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