LIBYE

La mainmise du clan Kadhafi sur l'économie libyenne

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Un câble diplomatique publié par WikiLeaks détaille l'omniprésence de la famille du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, dans les secteurs-clés de l'économie du pays. Sans pour autant être en mesure d'évaluer sa fortune.

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La famille Kadhafi et le clan Trabelsi, même combat ? C’est l’impression qui se dégage d’un câble diplomatique américain publié par le site WikiLeaks et déterré, mardi, par le "Financial Times". Ce document écrit par un diplomate américain en mai 2006 détaille par le menu la mainmise de l'entourage du leader libyen Mouammar Kadhafi sur l’économie de son pays. À la lumière des événements récents, le télégramme prend une dimension nouvelle. Le comportement du clan au pouvoir n’est en effet pas sans rappeler la manière dont l’ex-président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali et la famille de sa femme avaient fait main basse sur les richesses de leur pays.

Dans ce câble diplomatique américain, on apprend que les neuf enfants et la femme du "guide" libyen contrôlent la plupart des secteurs économiques qui comptent le pays. Le pétrole, selon ce document, constitue la principale manne financière pour la famille Kadhafi. Ce n’est pas un hasard si l'un de ses fils, Seïf al-Islam, longtemps présenté comme le dauphin de Mouammar Kadhafi, s’est ainsi arrogé une partie de ce secteur stratégique via le groupe public One-Nine Petroleum.

C’est lui aussi qui maîtrise un autre secteur stratégique : la presse à travers One-Nine Group. Aucune publication ne peut exister sans l’accord de cet organisme intimement lié au premier cercle du pouvoir en Libye.

Autre domaine sensible : les télécommunications. "Mouammar Kadhafi se souvient parfaitement du rôle joué par les téléphones portables pendant la révolte de Benghazi en 2006", écrit le diplomate américain. C’est donc Mohamed Kadhafi, un autre fils du leader libyen, qui contrôle ce secteur.

Le développement économique du pays passe aussi par l’immobilier. Dans ce domaine, c’est Saadi qui s’est le mieux illustré. Cet ancien footballeur à la carrière éclair en Italie (15 minutes de jeu pour Pérouse dans les années 1990) avait lancé, en 2006, la construction d’une ville entière située dans une zone à forte valeur touristique.

Pour quelques milliards de dollars de plus...

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Mouammar Kadhafi, une façon particulière de gouverner

Depuis la levée en 2003 d’une partie des sanctions économiques des Nations unies, le petit commerce, notamment l’habillement, a fait preuve d'une certaine vigueur. De nombreuses nouvelles boutiques ont vu le jour dans le pays et, toujours selon le câble diplomatique, ce sont la deuxième épouse de Mouammar Kadhafi, Safia, et leur fille Aïcha qui en contrôlent une grande partie.

Ce tableau remonte certes à 2006, mais les experts estiment que la situation n’a pas évolué depuis lors. "Il n’existe pas en Libye de législation qui met des limites au cumul de richesses et aucune loi n’encadre d’éventuels conflits d’intérêts", explique Arwa Hassan, coordinatrice de programme pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Transparency International, une ONG qui lutte contre la corruption.

Si cette mainmise sur l’économie doit permettre au clan Kadhafi de tirer de confortables ressources de l’exercice du pouvoir, il est très difficile d’évaluer la fortune de la famille. "Elle doit s'élever à au moins à quelques milliards de dollars", a estimé, mercredi, Tim Niblock, un universitaire britannique spécialiste du Moyen-Orient, dans le quotidien anglais "The Guardian",  C’est d’autant plus difficile de connaître l’étendue de la richesse des proches du pouvoir que le régime libyen est l’un des plus fermés au monde. Et obtenir des informations fiables est quasiment impossible. "La société civile et le tissu associatif n’ont absolument jamais pu se développer en Libye", confirme Arwa Hassan.

Une situation très verrouillé qui conduit cette militante à réfuter en partie le parallèle avec la famille Trabelsi et la situation en Tunisie. "Au moins, il existait en Tunisie un milieu d’affaires et un secteur privé qui pouvaient donner une impression de 'liberté' économique".

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