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Les mercenaires de Kadhafi, mystérieux exécuteurs des basses œuvres du régime libyen

Selon de nombreux témoignages, des combattants venus d'Afrique subsaharienne et d'Europe de l'Est sont rétribués par le régime libyen pour mater l'insurrection. Focus sur le rôle de ces soudards à la solde du colonel Kadhafi.

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Depuis le début du soulèvement en Libye, le 17 février, nombre de témoignages font état de la présence de combattants étrangers sur le territoire de la "Jamahiriya". Armés et entraînés, ces mercenaires sèment la peur auprès des opposants au dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi. Tristement baptisés "escadrons de la mort" par la population locale, ces hommes ont pour mission d’abattre un maximum d’insurgés.

Qui sont ces "soldats" qui ont décidé de défendre bec et ongle le régime de Tripoli ? Difficile d’en dresser le portrait-type, vu "le caractère insidieux de leur existence", indique à France24.com Jean-Philippe Daniel, spécialiste du mercenariat à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) évalue leur nombre à 6 000. Ils seraient 30 000, d’après les chiffres de l’hebdomadaire "Courrier international".

Des mercenaires du Maghreb, d'Afrique et d'Europe de l'Est

Selon l’hypothèse la plus probable, la plupart de ces mercenaires ont été formés par d’anciens combattants issus des différentes rébellions africaines financées par le colonel Kadhafi depuis son arrivée au pouvoir en 1969. Ils viendraient du Tchad, du Niger, de Mauritanie, d’Algérie, de Centrafrique mais aussi d’Europe de l’Est. "Je ne pense pas que leur recrutement se soit fait au hasard et au cas par cas, c’est tout simplement impossible, explique Jean-Philippe Daniel. Je pense que ces mercenaires faisaient déjà partie de groupes étrangers alliés au régime Kadhafi depuis une trentaine d’années et qu’ils sont venus vendre leurs services à ce dernier dès le début de l’insurrection."

Ces derniers jours, de nombreuses vidéos postées sur Internet – et souvent très choquantes – montrent ces hommes tirant à balles réelles sur la population. Des scènes qui se déroulent le plus souvent dans l’Est libyen et à Benghazi, fief de l’opposition libyenne. Cyril Vanier, envoyé spécial de FRANCE 24, rapporte les récits de civils ayant fui ces mercenaires. "De nombreux habitants de Brega qui viennent d’arriver à Benghazi affirment avoir vu là-bas des mercenaires aux côtés des pro-Kadhafi. D’après l’accent, ils pensent qu’il s’agissait de Tchadiens, raconte-t-il. Quarante d’entre eux ont été arrêtés par les insurgés."

Objet de toutes les rumeurs

Seule preuve officielle de leur existence, un témoignage du ministre libyen démissionnaire de la Justice, Moustapha Abdel Jalil, qui a affirmé, le 24 février, n’être pas surpris par leur intervention. "Je savais que le régime disposait des mercenaires bien avant le soulèvement", avait-il alors expliqué au journal suédois "Expressen".

Selon un témoignage recueilli par l’agence de presse Reuters, le régime libyen rétribuerait ces combattants entre 725 à 14 500 euros par jour pour tuer des insurgés. "Absurde", juge Jean-Philippe Daniel. "Je ne crois absolument pas à des salaires qui dépasseraient les 4 000 euros par mois, à moins d’être très qualifié, d’être pilote. On ne paye pas un fantassin aussi cher. Imaginez la fortune colossale que coûteraient ces hommes pour le régime."

Selon Willy Bracciano, envoyé spécial de FRANCE 24 à Tripoli, certains mercenaires atteindraient le territoire libyen grâce à des ponts aériens mis en place entre la Libye et le Niger. "La plupart du temps, les mercenaires arrivent par leurs propres moyens, pas dans un avion au milieu de touristes et de simples civils !", rétorque pour sa part Jean-Philippe Daniel.

Amalgame entre mercenaires et Subsahariens

Nouveaux ennemis numéro un des factions d’opposants, ces mercenaires sont victimes de lynchages lorsqu'ils sont attrapés. Une haine qui se retourne contre de nombreux Subsahariens qui vivaient et travaillaient en Libye.

Venu de Guinée-Bissau pour travailler dans une entreprise de construction chinoise installée à Zouara, à l’ouest de Tripoli, Julio Pereira fait partie de ceux qui tentent aujourd’hui de sortir au plus vite du pays par peur des représailles. "Ils nous prennent tous pour des mercenaires à cause de notre couleur de peau", a-t-il confié à Marie Valla, envoyée spéciale de France24.com au camp de Choucha, à la frontière tunisienne. "Une couleur qui fait de moi un paria… Je n’aurais jamais pensé devoir quitter ce pays sur d’aussi simples allégations."

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