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Carlos Ghosn, l'indéboulonnable patron de Renault

Désavoué par la fausse affaire d'espionnage qui a ébranlé Renault, le PDG du groupe automobile français a peu de chances de se faire débarquer. Le système qui l'a mis en place pourrait en revanche subir quelques ajustements...

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La mine contrite, Carlos Ghosn, le PDG de Renault, a admis, lors du journal télévisé de TF1, lundi soir, qu’il s’était trompé. En clair, il n’y a jamais eu d’affaire d’espionnage au sein du groupe mais plutôt une escroquerie. Les trois cadres, licenciés après avoir été injustement accusés de jouer les mouchards, vont être dédommagés et pourront retrouver leur poste. Parole de patron le mieux rémunéré du CAC 40.

Le mea culpa n'a pas pour autant mis un terme au feuilleton industrialo-judiciaire. Ce mardi, la classe politique française a bien fait comprendre au numéro un de Renault que l'affaire est loin d'être classée. Le ministre de l’Industrie, Éric Besson, veut que les responsables soient identifiés, tandis que le porte-parole du gouvernement, François Baroin, demande que la holding "tire les leçons d’une affaire embarrassante".

Quelles sont les scénarios possibles pour le groupe automobile ? L’historien Jean-Louis Loubet, auteur de "Renault, histoire d’une entreprise", et Pierre Alanche, ancien salarié du groupe et auteur de "Renault, côté cour", décryptent pour France24.com les conséquences de ce scandale.

Limoger Carlos Ghosn ? Impensable. La secrétaire nationale du Parti socialiste (PS), Martine Aubry, a beau avoir demandé, mardi, au PDG de Renault d’"assumer les conséquences de son erreur d’appréciation", une démission de Carlos Ghosn n’est pas à l’ordre du jour. "Aucun des membres du conseil d’administration de lundi n’a évoqué la possibilité d’un départ" du patron du groupe, rappelle Jean-Louis Loubet.

Mieux, Carlos Ghosn est, pour l’instant, intouchable. Il préside les conseils d’administration de Renault et de Nissan, occupe le poste de directeur général des deux constructeurs et tient les rênes de RNBV, une petite société de droit néerlandais qui permet notamment de coordonner l’action des deux entités de l’alliance Renault-Nissan. Le mettre à la porte de Renault ne changerait pas grand-chose. L'homme tire toutes les ficelles de ce géant mondialisé. "Carlos Ghosn est devenu incontrôlable, juge Pierre Alanche. On est obligé de le conserver, il est le ciment de l’alliance Renault-Nissan."

Sacrifier son numéro deux ? Improbable. Peu avant l’intervention de Carlos Ghosn, le numéro deux de Renault, Patrick Pelata, s'était dit prêt à assumer personnellement les conséquences de l'affaire. Lundi, il a d’ailleurs présenté sa démission à son patron... qui l’a refusée. "Patrick Pelata a le soutien de tous les syndicats de l’entreprise", juge Pierre Alanche, lui-même ancien représentant CFDT chez Renault.

Si Carlos Ghosn représente l’ouverture à la mondialisation du groupe, Patrick Pelata est devenu le symbole du Renault historique. Ce dirigeant, qui a gravi tous les échelons du groupe depuis 1984, est "l’un des derniers représentants de la fibre sociale à laquelle reste attachée une partie des salariés", explique Jean-Louis Loubet. Difficile de sacrifier un tel symbole au moment où le groupe traverse l’une des pires crises de son histoire.

L’État impuissant. "Qu’est-ce que vous voulez faire avec 15 % des voix au conseil d’administration ?" regrette Jean-Louis Loubet. D’autant plus que l’État est uniquement actionnaire minoritaire de Renault, l’une des nombreuses entités d’un groupe mondialisé. Les prises de position d’Éric Besson et de François Baroin ne seraient donc que des belles paroles ? Pierre Alanche rappelle que le représentant de l’État au conseil d’administration de Renault n’a pas demandé lundi un changement de direction.

"Depuis la privatisation de Renault [en 1996], l’État se contente de vérifier que les comptes sont en règle et n’intervient absolument pas sur les décisions stratégiques du groupe", raconte Pierre Alanche pour qui cette affaire "révèle au grand jour qu’il y a des tensions entre l’État et Carlos Ghosn".

Refonder Renault ? "Le licenciement injustifié de trois salariés a dû être un choc énorme pour le personnel de Renault qui a pu estimer que le contrat de confiance avec la direction était rompu", juge Jean-Louis Loubet. L’urgence serait donc de revoir ce que Pierre Alanche appelle les "mécanismes de gouvernance" de Renault. "Jusqu’à présent, Carlos Ghosn régnait en despote éclairé et il faut rendre le groupe moins dépendant d’un seul homme", juge Pierre Alanche.

Selon cet ancien salarié du groupe, un véritable "système Carlos Ghosn" s’est mis en place. "Les différentes directions du groupe veulent toutes gagner la reconnaissance de Carlos Ghosn et il y a une véritable course entre elles pour être bien vu du grand chef", raconte Pierre Alanche. C’est pour cette raison, estime-t-il, que l’escroquerie a pu passer inaperçu. Il craint, maintenant, que ces dysfonctionnements aient pu affecter des décisions autrement plus stratégiques comme le positionnement sur le marché des voitures électriques.

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