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Nationalisations : le syndrome Chavez

En 2010, le président vénézuélien Hugo Chavez a nationalisé plus de 250 entreprises sous prétexte qu’elles ne respectaient pas son modèle économique. Le journal de l’Intelligence Economique d’Ali Laïdi a enquêté sur cette politique de nationalisation qui menace les entreprises vénézuéliennes et internationales.

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Energie, banque, agro-alimentaire ou grande distribution … aucun secteur n’échappe à la politique de nationalisation qu’Hugo Chavez mène depuis plusieurs années. En mars 2009, Chavez nationalise une usine du groupe Empresas Polar, un géant de l’alimentaire vénézuélien. En mai, il met la main sur le gazier américain Williams, deux ans seulement après avoir nationalisé les raffineries de la région de l’Orenoque. En février 2010, c’est au tour du géant français de la distribution Casino d’être victime du « syndrome » Chavez. Caracas reproche à sa chaîne de magasins Exito d’augmenter trop brutalement ses prix et menace de s’en prendre à toutes les enseignes du groupe Casino.

Cette « route vers le socialisme » comme entend l’imposer Hugo Chavez laisse peu de marges de manœuvre aux entrepreneurs privés et en particulier étrangers.
Les multinationales sont pourtant nombreuses à convoiter le marché vénézuélien. « Les Chinois sont très présent et sont devenus le deuxième partenaire et fournisseur du Venezuela » analyse ainsi Stéphane Witkowski, conseiller au commerce extérieur de la France. La France, elle, se place au quatrième rang des investisseurs.

« Pour s’implanter au Venezuela il est nécessaire de montrer une volonté d’investissement social », estime quant à lui Pascal Drouhaud, spécialiste des relations internationales à l’Institut Choiseul. Autrement dit les entreprises doivent prendre le relais de l’Etat dans de nombreux domaines : de la construction de logement sociaux à l’encadrement de la population, en passant par la formation de cadres pour l’économie du futur et le transfert de technologies.

Pour Jacques Sapir, directeur d’Etudes à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, la situation vénézuélienne est pourtant loin d’être un cas isolé : « La responsabilité sociale des entreprises, tout comme la formation et le transfert de technologie, est importante dans de nombreux pays en transition. C’est notamment le cas de la Russie ou de l’Ukraine ».

« C’est un système qui tend à se développer parce qu’aujourd'hui les gouvernements se méfient de l'accumulation d'une dette publique trop importante », poursuit l’économiste. Imposer un cahier des charges aux entreprises, « c'est une manière de prélever un impôt sans le dire, une manière de limiter le budget public ».

Et cette politique qui pousse les entreprises à s’investir dans le domaine social semble porter ses fruits : le taux de pauvreté au Venezuela aurait chuté de moitié dans les dernières années, estime l’ONU.

Pour les experts interviewés dans le « Journal de l’intelligence économique », il est donc possible de faire des affaires au Venezuela. « Après tout, le secteur public au Venezuela représente aujourd'hui 30% : ça veut dire qu'il y a quand même 70% qui est fait par le secteur privé », estime Jacques Sapir.

Pour Pascal Drouhaud : « il y a des possibilités de faire des affaires au Venezuela, à partir du moment où l’entreprise respecte le système. Après tout elle n'est pas là pour transformer le système politique dans le pays où elle travaille ».

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