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La Turquie rejoint la coalition et dépêche une flotte de six bâtiments sur place

Après des tractations avec l'Otan, le gouvernement turc a donné son feu vert à l'envoi - pour une durée d'un an - d'une force navale composée de six bâtiments en Libye. La flotte aura pour mission de faire respecter l'embargo sur les armes de 1973.

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AFP - Le gouvernement islamo-conservateur turc, qui redoute un scénario à l'irakienne en Libye et s'oppose aux bombardements de la coalition, entre finalement dans l'opération en envoyant une force navale, mais après bien des hésitations, notamment pour ménager son électorat.

Après avoir répété qu'il était radicalement opposé à toute ingérence étrangère en Libye, le Parti gouvernemental de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) a finalement déposé jeudi au Parlement une demande pour l'envoi de six bâtiments de guerre au large de la Libye, pour une mission d'un an.

La motion, qui autorise le déploiement d'unités militaires turques dans le cadre de "contributions multidimensionnelles aux efforts internationaux visant à rétablir la stabilité et la sécurité en Libye", a été votée par le Parlement avec le soutien des députés d'opposition lors d'une séance à huis clos.

Cette force composée de cinq navires et un sous-marin est censée faire respecter, avec une flottille de 16 navires de l'Otan, l'embargo sur les armes imposé aux forces de Mouammar Kadhafi en vertu de la résolution 1973 de l'ONU.

Les Turcs ont mené de longues et difficiles tractations avec leurs alliés de l'Alliance atlantique, mécontentant plusieurs d'entre eux, dont la France.

Ils ont réclamé une stratégie militaire nette en Libye, alors que les avions de la coalition internationale, menée par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, larguaient des bombes sur les forces fidèles au colonel Kadhafi.

La lenteur du gouvernement turc à se prononcer d'une seul voix - ses responsables ayant parfois exprimé des avis contradictoires -, alors qu'il était au premier rang pour exiger la transition en Tunisie et en Egypte, a soulevé des critiques, notamment dans l'opposition.

"L'entrée de la Turquie dans le jeu militaire était inévitable, alors pourquoi ces hésitations et cette perte de temps?", s'interroge l'analyste politique Semih Idiz.

Il explique ces lenteurs par les sympathies islamistes du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui a clamé que la Turquie "ne sera pas celle qui pointera une arme contre le peuple libyen" musulman, accusant à mi-voix les Occidentaux de vouloir occuper la Libye pour son pétrole.

Au pouvoir depuis 2002, M. Erdogan défend ardemment la cause de l'émancipation musulmane, notamment en Palestine.

Il brigue un troisième mandat aux élections législatives de juin prochain, et son attitude concernant la Libye a aussi des raisons électoralistes, selon les experts.

"Il se doit d'être prudent", explique M. Idiz, car "le Turc moyen perçoit l'intervention en Libye comme une nouvelle attaque des Occidentaux contre un pays musulman, à l'instar de l'Afghanistan ou de l'Irak".

Avant de se résoudre à envoyer des navires de guerre - mais en restant opposée aux frappes -, la Turquie a tenté de faire valoir une diplomatie discrète auprès de Mouammar Kadhafi, lui proposant notamment de nommer un "président" qui aurait bénéficié d'un large soutien populaire. Le colonel Kadhafi n'a en effet que le titre de Guide de la révolution.

"La politique d'Ankara, qui a mal géré la crise, était contradictoire: elle a pesté contre toute intervention étrangère, et maintenant elle envoie une armada en Libye", note l'universitaire Cengiz Aktar, pour qui Ankara a dû "finalement accepter les règles du jeu" de ses alliés de l'Otan.

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