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"La situation à Fukushima pourrait être d'une gravité extrême"

La fumée noire qui s'est échappée, mercredi, du réacteur n°3 de la centrale accidentée de Fukushima-Daiichi n'augure rien de bon, selon Dominique Leglu, docteur en physique nucléaire et directrice de la rédaction de "Sciences et avenir".

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Pendant un peu plus d’une heure, mercredi, une fumée noire s’est échappée du bâtiment abritant le réacteur n°3 de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Deux jours plus tôt, de la fumée provenant du même réacteur avait déjà été détectée durant quelques heures. L'Agence de sûreté nucléaire japonaise n'avait alors pu déterminer si cette fumée provenait du réacteur lui-même ou du bâtiment l'abritant. Jusqu’alors, seules des fumées blanches avaient été rejetées autour des réacteurs à la suite d'une explosion d’hydrogène qui avait soufflé les toits des bâtiments.

Un précédent qui ne cesse d'inquiéter les scientifiques. Selon Dominique Leglu, docteur en physique nucléaire et directrice de la rédaction de la revue "Sciences et avenir", la couleur de ces émanations est d’autant plus préoccupante que le réacteur n°3 contient du combustible MOX, un mélange hautement toxique d'oxydes de plutonium et d'uranium issu de produits de recyclage.

 

FRANCE 24 : Le pire est-il survenu au réacteur n°3 ?

Dominique Leglu : Je ne peux répondre formellement à cette question du fait du mutisme de l’Agence de sûreté nucléaire japonaise. Tout ce dont nous disposons est un communiqué de l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire [IRSN] affirmant que "l’enceinte de confinement du réacteur n°3 ne semble plus étanche". Une information dramatique, car sans étanchéité, les éléments radioactifs du réacteur peuvent s’échapper dans l’air.

 

F24 : Pouvez-vous rappeler le fonctionnement d’un réacteur nucléaire ?

D.L. : Pour faire simple : un combustible nucléaire a besoin d’être constamment immergé. Au contact de l’air, le cœur de ce combustible entre en fusion, c’est-à-dire qu’il brûle ardemment en relâchant des produits radioactifs (césium, plutonium, americium...). À Fukushima, les systèmes de refroidissement habituels ont arrêté de fonctionner, faute d’électricité. Les autorités ont alors dû injecter de l’eau de mer pour refroidir le cœur. Elles ont également ouvert les vannes des réacteurs afin d'évacuer la vapeur chargée de produits radioactifs volatils et ainsi diminuer la pression dans les cuves. D’où les explosions d’hydrogène à fumée blanche.

 

F24 : La fumée noire s'échappant du réacteur n°3 laisse-t-elle craindre une catastrophe nucléaire ?

D. L. : Elle pourrait être la conséquence de l’interaction des émanations du cœur fondu, c’est-à-dire du combustible nucléaire [environ 2 800 degrés] qui n’est plus refroidi, et de l’enceinte de confinement en acier. Si tel est le cas, la situation serait dramatique, car leur contact formerait ce qu’on appelle le corium, une sorte de magma extrêmement toxique et radioactif.

Du fait des très hautes températures et du manque d'étanchéité, cet agrégat pourrait se répandre sous la cuve, où se trouve du béton. À ce stade, on assisterait alors à un amorçage de réaction nucléaire, c’est-à-dire une reprise de la réaction en chaîne, que l’on baptise "reprise de la criticité". Un peu comme un feu qui dort et provoque parfois de petites explosions en se ranimant.

Si l’hypothèse se confirme, la fumée noire contiendrait alors un mélange d’oxydes d'uranium et de plutonium dont les rejets sont particulièrement nocifs. D’un point de vue qualitatif, la situation serait alors similaire à celle de Tchernobyl.

 

F24 : Quelles sont les risques pour la santé et l’environnement ?

D.L : Les éléments comme l’uranium, le plutonium ou l’americium sont des métaux lourds d’une importante toxicité chimique - notamment le plutonium -, mais aussi d’une des plus grandes dangerosités en termes de radioactivité. On pourrait dire qu’ils sont, pour une même quantité, cent fois plus dangereux que le césium, dont on dit qu'il a contaminé le lait, les épinards et les brocolis dans la région de Fukushima, ainsi que l’eau de Tokyo.

L’uranium, s’il est inhalé ou ingéré sous forme de fines particules, se fixe à l’intérieur du corps. Le plutonium va dans les poumons puis se fixe de préférence dans le squelette ou le foie… Ce qui peut provoquer des dommages considérables, en particulier des cancers. Sans parler des risques pour l’environnement puisque ces éléments peuvent persister très longuement dans la nature.

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