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"Les dirigeants de Tepco auraient dû prévoir la catastrophe"

La situation va de mal en pis à la centrale de Fukushima, où du plutonium a été détecté dans le sol. L'exploitant du site, Tepco, se veut rassurant, mais selon Harry Bernas, chercheur au CNRS, le pire est à craindre...

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Mauvaises nouvelles en cascade à la centrale nucléaire de Fukushima. Après les défaillances de circuit de refroidissement dans plusieurs réacteurs, les fuites d’iode et de césium, les explosions d’hydrogène, l’irradiation de plusieurs employés, Tokyo Electric Power (Tepco), l’exploitant du site, est désormais "en alerte maximum" pour éviter que les dommages causés sur la centrale ne provoque une catastrophe écologique majeure. Lundi, l’inquiétude s'est accentuée avec la découverte de plutonium dans le sol de la centrale. Selon Harry Bernas, physicien et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Tepco n’a pas su gérer la catastrophe.

 

FRANCE 24 : Tepco a indiqué que le plutonium détecté sur le site "ne présente aucun danger", est-ce votre avis ?

Harry Bernas : Il s'agit d'une déclaration plutôt malhonnête. Même une quantité faible de plutonium peut avoir de graves conséquences sur la santé et l'environnement. Moins d’un microgramme de cette substance peut tuer une personne. En cas de contamination d'ingestion ou d'inhalation, on risque évidemment des cancers. Il faudrait avoir davantage de précisions sur ces taux relevés. Aucun chiffre n’a été dévoilé sur cette quantité soi-disant inoffensive. Ni aucune information sur la provenance de ce matériau radioactif découvert à cinq endroits du site.

 

F24 : La présence de plutonium laisse-t-elle craindre le pire ?

H. B. : Il ne faut pas sauter les étapes. Pour le moment, tout ce dont nous disposons c'est d'une déclaration de Tepco selon laquelle la présence de plutonium a un "lien direct avec l’accident survenu à la centrale". En clair, cela signifie que les enceintes de confinement ne sont plus étanches et laissent donc passer un magma extrêmement radioactif de plutonium, d'uranium et d'américium qui se répand dans le sol. Le plus grave reste peut-être à venir. Que va-t-il se passer si le plutonium se répand sous l’enceinte de confinement ? Il se disperserait alors dans la terre, les nappes phréatiques et la mer. Là, nous atteindrions un seuil réellement critique.

 

F24 : La gestion de Tepco a-t-elle été à la hauteur de la catastrophe ?

H. B. : Lundi, l’exploitant de la centrale a sollicité une aide française de la part d'EDF, d'Areva et du Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Cet appel au secours n’a rien d’étonnant. Tepco semble véritablement désarmé, son personnel est peu formé et le tsunami a sûrement endommagé le peu de matériel technique dont ils disposent. Ils n’avaient pas d’autre choix que de demander une aide étrangère. Il faut cependant nuancer le rôle de "chevalier blanc" accordé à cette aide extérieure. Les efforts énormes menés par les employés de l'exploitant pour refroidir les enceintes sont cruciaux, et ils ont sans doute fait tout ce qui était possible avec les moyens existants.

Tepco est toutefois connu pour ses affaires de malversations et de corruption. Depuis toujours, on sait qu’il y a des problèmes d’inspection. On peut à juste titre douter de leur état de préparation face aux accidents de ce type. Les dirigeants de Tepco auraient dû prévoir une telle catastrophe. Tout ce que j’espère maintenant c’est que les vents continuent de souffler vers le Pacifique. Imaginez s’ils tournaient et soufflaient vers Tokyo… Il faudrait prévoir l’évacuation d’environ 15 millions d’habitants. Un véritable cauchemar.

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