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Polémique autour du projet avorté d'aménagement d'un concours pendant la pâque juive

Mediapart affirme que l'Elysée a discrètement suggéré aux responsables des concours des grandes écoles Mines-Pont et Centrale-Supelec un aménagement des épreuves prévues pendant la Pâque juive pour des étudiants de cette confession.

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C’est une affaire qui tombe au plus mal. Quelques jours après la tenue de la convention controversée de l’UMP sur la laïcité, nos confrères de Mediapart ont publié mardi un article sur un projet d’aménagement spécifique de deux concours pour une poignée d’élèves de classes préparatoires afin qu'ils puissent respecter la Pâque juive du 18 au soir au 26 avril prochains.

Du 20 au 22 avril prochains, 14 512 candidats, pour la grande majorité sortant de classes préparatoires, vont tenter le concours Mines Ponts. Quelques jours plus tard, du 26 au 29 avril, 12 894 jeunes têtes bien faites vont se retrouver dans le hall du Parc Floral de Paris pour le concours Centrale-Supélec, un concours commun de sélection pour l’Ecole Centrale notamment.

Les organisateurs de ces concours ont sérieusement envisagé qu’une petite dizaine de ces candidats soient placés au secret, dans un bâtiment séparé, les 20 et 26 avril. Ces jeunes juifs pratiquants, âgés de 19 à 21 ans, auraient ensuite composé de 22 heures à 2 heures du matin pour respecter la tradition juive de ne pas écrire pendant les fêtes de Pessah, la Pâque juive.

Des dates “oubliées” par la circulaire annuelle d’autorisation d’absence ?

La République autorise déjà l’absence de ses fonctionnaires ou candidats aux concours publiques en fonction des principales fêtes religieuses. Chaque année, une circulaire précise les jours d’autorisation d’absences supplémentaires à ceux déjà prévus dans le calendrier des fêtes légales calqué sur les fêtes catholiques et protestantes. En 2011, cette liste recense treize fêtes orthodoxes, arméniennes, musulmanes, juives et bouddhistes. Parmi elles, trois fêtes juives, mais pas la Pâque juive n'y figure pas. La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pecresse, a évoqué “un oubli”. Contacté par FRANCE 24, François Baroin, porte-parole du gouvernement et co-signataire de cette circulaire en tant que ministre du Budget et de la fonction publique, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Selon l’enquête de Médiapart qui se base sur le témoignage de hauts fonctionnaires scandalisés, l’Elysée serait directement intervenu dans cettre procédure d'exception. Un élément embarrassant pour Nicolas Sarkozy, au plus bas dans les sondages à un an de l'élection présidentielle.

Un conseiller anonyme du président de la République a vigoureusement démenti toute intervention dans l'édition du quotidien "Le Parisien" du mercredi 13 avril. Pour prouver le contraire, Mediapart a publié le lendemain une lettre du directeur de l’Ecole Centrale de Paris à Bernard Belloc, conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions relatives à l’enseignement supérieur.

"Si une solution de confinement était retenue, cela à coup sûr se saurait", écrit le directeur de l'école Centrale à un conseiller de Nicolas Sarkozy.

Dans cette missive datée du 8 février 2011intitulée “Interférence entre les dates de concours 2011 et les célébrations de la Pâque juive”, Hervé Biausser explique, dans un langage courtois mais ferme, que ce projet de confinement est une très mauvaise idée techniquement, juridiquement - vu le risque de recours annulant le concours - et médiatiquement  : "Si une solution de confinement était retenue, cela à coup sûr se saurait. [...] Les conséquences médiatiques seraient alors très lourdes”, écrit-il.

Le site de l'hebdomadaire Le Point avance le nom du rabbin Haïm Korsia qui “aurait utilisé son entregent” pour faire l'intermédiaire entre la requête des étudiants et les plus hautes sphères politiques. Contacté par FRANCE 24, Haïm Korsia indique qu’il “ne communique plus sur ce sujet . Le grand rabbin de France a mis fin à toute question, vous pouvez reprendre in extenso son communiqué.”

Dans ce communiqué, le Conseil représentatif des institutions juives de France affirme ne pas être intervenu dans cette “affaire qui ne met pas en cause les principes de laïcité républicaine” et considère la polémique comme “une tempête dans un verre d'eau”.

Un projet d'aménagement avorté

Sur le fond, les institutions juives de France nient avoir sollicité une intervention du chef de l’Etat mais défendent le principe d’une dérogation religieuse pour les jours de concours. Arielle Schwab, la présidente de l’Union des étudiants juifs de France, regrette ainsi que “cette polémique expose la communauté juive à des clichés éculés qui voudraient que les juifs soient tous des privilégiés, qui ont l’oreille du pouvoir et qui négocient de passer un concours la nuit, dans le plus grand secret.”

La jeune femme considère que ce confinement religieux "n’était pas une mauvaise solution”, et arguent que les étudiants d'outre-mer sont également mis au secret de la métropole pendant quelques heures lors des concours nationaux. “Ce genre d’aménagement existe depuis plus d’un siècle et l’instauration de la laïcité" conclut-elle. "La laïcité, c’est justement cela, que ces étudiants qui sont ultra-minoritaires aient quand même le droit de citer.”

Du côté des organisateurs, il semblerait que la polémique ait eu raison de ce projet. Un employé du secrétariat général du concours Centrale Supélec, affirme qu’ “absolument aucune dérogation" ne sera tolérée. Même son de cloche pour Richard Mélis, secrétaire général du concours commun Mines et Ponts. Il reconnaît que le confinement de quelques étudiants juifs “a effectivement été à l’étude il y a plusieurs mois. Mais au final, aucune dérogation. Aucune.” Interrogé sur l’intervention de l’Elysée, l’homme conclut dans un rire nerveux : “Je n’ai pas de contacts à ce niveau.”

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