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NIGERIA

Le président Jonathan craint une guerre civile et un autre Biafra

Texte par : Dépêche
4 min

La Commission électorale a annoncé le report de 48 heures des élections des gouverneurs, dans un climat d'émeutes post-électorales. En 1967, la sécession d'une région au sud-est du Nigeria, le Biafra, avait plongé le pays dans une guerre civile.

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AFP - Le président nigérian Jonathan Goodluck a déclaré jeudi que les émeutes actuelles rappellent les évènements qui ont précédé la guerre du Biafra et a renforcé la sécurité dans tout le pays pour empêcher de nouvelles violences post-électorales, dont le bilan s'élèverait à plus de 200 morts.

La Commission électorale nigériane a annoncé jeudi le report de 48 heures des élections des gouverneurs de la fédération et des assemblées régionales, qui devaient se tenir le 26 avril, dans deux des Etats du Nord, Kaduna et Bauchi. Le chef de la Commission électorale, Attahiru Jega, a expliqué espérer que ce délai de deux jours "permettra d'apaiser la colère et d'améliorer encore la sécurité dans ces deux Etats".

Auparavant, le président Jonathan avait annoncé que les élections des gouverneurs se dérouleraient comme prévu et qu'une commission d'enquête judiciaire sur les violences allait être désignée.

1967, le mauvais souvenir du Biafra

Dans un discours télévisé à la nation jeudi, M. Jonathan a déclaré que les émeutes actuelles évoquaient les événements qui ont conduit à la guerre du Biafra de 1967. "Ces actes de désordre sont une triste réminiscence des événements qui ont plongé notre pays dans trente mois d'une regrettable guerre civile", a affirmé le président. En 1967, la sécession et la proclamation d'une République du Biafra (sud-est) avait déclenché une guerre civile, jusqu'en janvier 1970, qui avait fait un à deux millions de morts, selon les estimations.

Des émeutes secouent depuis dimanche soir la moitié nord du pays à dominante musulmane, au lendemain de l'élection présidentielle qui a vu la victoire de Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud. Les autorités n'ont pas donné de bilan des victimes de ces jours de violences, par crainte d'aggraver la situation. De nombreux corps ont été brûlés ou jetés dans des puits, rendant le bilan difficile. L'ONG Civil Rights Congress a fait état de plus de 200 morts. La Croix-Rouge a fait état de plus de 410 blessés et de quelque 60.000 déplacés.

"Ces troubles sont plus que de simples protestations politiques. Ils ont clairement pour objectif de perturber les élections encore à venir. Ce n'est pas acceptable", a lancé le chef de l'Etat, annonçant le maintien, le 26 avril, des élections des gouverneurs et des assemblées des 36 Etats de la Fédération. "Mes chers compatriotes, trop c'est trop ! La démocratie est liée à l'Etat de droit", a poursuivi le président, avertissant que les forces de sécurité réagiraient "résolument" à tout nouveau désordre.

Les déplacés à la recherche de lieux sûrs

Jeudi matin, un calme précaire régnait dans la plupart des régions, en raison des couvre-feux et des patrouilles de militaires. Plus de mille personnes ont été arrêtées dans la seule ville de Kaduna (nord) où un couvre-feu est en vigueur, selon Civil Rights.

La plupart des déplacés ont cherché refuge dans des casernes de la police ou de l'armée, selon la Croix-Rouge. "Beaucoup d'entre nous n'ont plus nulle part où appeler parce que nos maisons ont brûlé, nos entreprises été détruites, donc même si nous le voulions, nous ne saurions où aller", a déclaré Enoch Uzor, un tailleur de 37 ans.

Près de 10.000 personnes étaient rassemblées jeudi dans une caserne de Kano (principale ville du nord), dormant sur le sol ou cherchant à s'installer sous des arbres, et l'eau commence à y manquer, selon la même source.

L'enjeu des élections locales

Certains analystes estiment que les élections des gouverneurs qui gèrent d'énormes budgets grâce aux revenus pétroliers, sont à haut risque, en raison de l'enjeu qu'elles représentent. Le Nord est depuis longtemps économiquement marginalisé par rapport au Sud, riche en pétrole, ce qui alimente les divisions.

Principal candidat de l'opposition à la présidentielle, le général Muhammadu Buhari, un musulman du Nord, est arrivé avec 31% des voix derrière le président sortant, Goodluck Jonathan (57%). Ancien chef d'une junte dans les années 1980, le général Buhari, 69 ans, conteste la victoire de son rival mais a dit vouloir s'en tenir aux recours légaux - une plainte a été déposée auprès de la Commission électorale - et a appelé à la fin des violences. Interrogé mercredi par des journalistes pour savoir s'il aurait gagné l'élection sans irrégularités, il a cependant répondu: "je pense que oui".

 

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