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Ahmadinejad affaibli par une lutte de pouvoir au sein du camp conservateur

Les luttes politiques au sommet du pouvoir vont crescendo en Iran, où le président Mahmoud Ahmadinejad est sorti affaibli d’un bras de fer engagé avec le Guide suprême de la théocratie, Ali Khamenei.

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Où est donc passé Mahmoud Ahmadinejad pendant les dix derniers jours d’avril ? Entre le 22 avril et le 1er mai, le président iranien n'a fait aucune apparition publique, ni dans les médias, ni aux instances du gouvernement.

À l'origine de cette absence, l’humiliation subie par le président, publiquement désavoué par le Guide suprême de la République islamique. Quelques jours plus tôt, le président avait tenté de révoquer le ministre du Renseignement Heydar Moslehi, réputé proche d’Ali Khamenei, et s'était vu contredit par le Guide lui-même. Le ministre Moslehi avait, lui, tenté de déstabiliser le président en limogeant le directeur de cabinet et principal conseiller d’Ahmadinejad, Esfandiar Rahim Mashaie.

La présidentielle de 2013 en ligne de mire

Humilié par ce désaveu public, Ahmadinejad réplique par une politique de la chaise vide. Il fait alors l’objet d’attaques de la part des médias locaux, qui l’accusent de remettre en cause l’autorité du Guide suprême, chef spirituel et plus haute autorité du pays. Un appel est signé par 216 des 290 députés du Parlement pour enjoindre le président à obéir au Guide suprême. Ahmadinejad revient le 1er mai, à l’occasion d’un Conseil des ministres, et se montre conciliant : sa relation avec Khamenei est "celle d'un père et son fils" explique-t-il.

Selon Karim Pakzad, chercheur associé à l'IRIS et spécialiste de l’Iran, "le comportement d’Ahmadinejad et la campagne de dénigrement qu’il a essuyée en retour démontrent que les divergences se sont considérablement approfondies au sein du camp conservateur en vue des prochaines échéances électorales dont la présidentielle de 2013". En effet, les réformateurs ayant été bâillonnés depuis la réélection contestée d’Ahmadinejad, "la bataille présidentielle opposera vraisemblablement des candidats issus du camp conservateurs", poursuit le chercheur.

En tentant de déstabiliser Mashaie, le directeur de cabinet et principal conseiller d’Ahmadinejad, le camp des ultraconservateurs cherche à barrer la route au groupe du président. "Ne pouvant pas se présenter pour un troisième mandat, Ahmadinejad prépare sa succession en tentant de positionner sa tête pensante Mashaie, un personnage honni par les conservateurs proches du Guide. Cette volonté est perçue comme une défiance et envenime la crise", explique Karim Pakzad.

"Magiciens"

Ali Khamenei avait pourtant confirmé et légitimé la réélection d’Ahmadinejad alors que le pays connaissait une vague de contestation sans précédent après les élections de juin 2009. "Ahmadinejad mise sur le fait que le Guide est allé trop loin en le soutenant contre vents et marées, et que par conséquent il ne prendra pas le risque de l’écarter au point de se contredire" analyse Karim Pakzad.

Les marques de soutien à Ahmadinejad sont de moins en moins nombreuses. En pleine crise, l’ayatollah Ali Khamenei prononçait un discours qui menaçait, de manière voilée, le président : "Je n’autoriserai pas, aussi longtemps que je suis en vie, un iota de déviation de ce mouvement massif de la nation". L’allusion au camp d’Ahmadinejad était claire, puisque celui-ci est taxé de "faction déviationniste" par les ultra-conservateurs.

Selon le quotidien britannique The Guardian, plusieurs proches de Mahmoud Ahmadinejad et d’Esfandiar Rahim Mashaie, auraient été arrêtés ces derniers jours. Ils sont accusés d’hérésie – on parle de séances de magie et d’invocation des "djinns" (esprits).

En 1981, l’ancien président Abolhassan Banisadr avait été démis par le parlement après avoir osé s’opposer au pouvoir du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeiny. "Pour le moment, Khamenei a démontré qu’il garde l’initiative en faisant plier Ahmadinejad. Mais en cas de besoin, il peut demander au Parlement de le démettre". En se soumettant "tel un fils" le 1er mai dernier, Ahmadinejad a montré qu’il ne souhaitait pas – encore ? – franchir la ligne rouge d’une opposition frontale avec le personnage le plus puissant d’Iran.

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