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Afrique

Paris dément avoir laissé périr 61 migrants africains au large de la Libye

Vidéo par FRANCE 24

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 10/05/2011

Le quotidien britannique "The Guardian" accuse le porte-avions français "Charles-de-Gaulle" de n’avoir pas porté secours à une embarcation de migrants africains partie de Libye. Seuls 11 de ses 72 occupants ont été retrouvés vivants...

L'ONG Human Rights Watch appelle les pays dont des ressortissants se trouvaient sur le bateau à faire pression sur l'UE et sur l'Otan

"Nous n’avions plus d’essence, plus d’eau, plus de nourriture. Nous n’avions plus rien." Abu Kurke, 24 ans, est un miraculé. Monté à bord d'un bateau de fortune avec 71 autres migrants libyens à destination de l’île italienne de Lampedusa, il fait partie des onze survivants du naufrage du navire sur une plage libyenne, le 10 avril dernier. Aujourd'hui, celui-ci accuse la coalition internationale de non-assistance à personnes en danger. Selon ses propos recueillis par le quotidien britannique "The Guardian" qui a publié dimanche soir une enquête sur le drame, son embarcation aurait croisé un bâtiment militaire identifié comme étant le Charles-de-Gaulle qui aurait ignoré les appels de détresse de ses occupants.

"Nous avons mené des investigations pour déterminer avec certitude l’identité du navire de l’Otan [...]. Il s’agit probablement du porte-avions français 'Charles-de-Gaulle' qui opérait en Méditerranée à ces dates [entre le 25 et le 30 mars, NDLR]", écrit "The Guardian".

"Le 'Charles-de-Gaulle' ne s'est jamais trouvé dans la zone"

Une version des faits démentie par Thierry Burkhard, le porte-parole de l’état-major français des armées, interrogé par FRANCE 24. "Le Charles-de-Gaulle n'est jamais entré en contact avec cette embarcation, parce qu’il ne s’est jamais trouvé dans [sa] zone", précise-t-il avant d’ajouter : "Si les marins apercevaient un bateau en difficulté, ils leur porteraient bien évidemment assistance".

Du côté de l’Otan, le son de cloche est le même. Selon Carmen Romero, son porte-parole, aucun navire opérant sous la bannière de l'Alliance atlantique n’a été en contact avec l’embarcation : "Un seul porte-avions était sous commandement de l'Otan à cette date, le navire italien 'Garibaldi', et il se trouvait à plus de 100 milles nautiques au large [...]. Par conséquent, toute déclaration affirmant qu'un porte-avions de l'Otan a repéré puis ignoré le navire en détresse est fausse".

Il faut savoir que bien qu'il participe aux opérations de l'Otan en Libye, le "Charles-de-Gaulle" reste sous commandement français, non sous celui de l'Alliance. Seuls ses avions passent sous son commandement quand ils partent en mission.

"Soit on priait, soit on mourrait"

D’après l’enquête du "Guardian", l’embarcation, qui transportait 72 immigrants clandestins, dont des femmes et de jeunes enfants, a quitté Tripoli le 25 mars. Rapidement en difficulté et confrontés à une fuite de carburant, les migrants qui se trouvaient à bord ont d’abord contacté Zerai, un prêtre membre d’une association de défense des droits des réfugiés à Rome, via un téléphone satellite.

Celui-ci aurait à son tour alerté les gardes-côtes italiens. Un hélicoptère militaire, dont le pays d’origine n’a pas été identifié, aurait alors survolé le navire, promettant à ses occupants qu'un bateau viendrait bientôt à la rescousse. "Les pilotes en uniforme militaire ont lâché des bouteilles d’eau et des paquets de biscuits", raconte "The Guardian". Mais aucune aide maritime n’est venue et, à ce jour, aucun pays ne reconnaît avoir envoyé l’un de ses hélicoptères dans la zone.

Après plusieurs heures d’attente, l'embarcation clandestine serait finalement repartie. Son capitaine aurait assuré à ses passagers qu’il lui restait assez de fuel pour atteindre Lampedusa... Quelques heures plus tard, le bateau se perdait avant de tomber en panne puis de dériver. "Le temps était mauvais", reprend Kurke, "les derniers jours, on ne savait plus qui on était. Soit on priait, soit on mourrait".

"Au bout de dix jours presque tout le monde était mort"

Le 29 ou le 30 mars, l’embarcation approche un navire de si près qu’il semble impossible qu’elle n’ait pas été vue. Selon les survivants, deux avions auraient alors décollé du porte-avions et survolé leur embarcation à basse altitude pendant que les migrants, debout, soulevaient deux bébés affamés... en vain.

À court de vivres et de batterie, les migrants décèdent les uns après les autres. Au bout de dix jours, "presque tout le monde à bord était mort", poursuit Kurke. "Nous avions gardé une bouteille d’eau pour les deux bébés, afin de les hydrater après la mort de leurs parents. Mais ils n’ont pas survécu, ils étaient si petits…"

Après avoir dérivé pendant 16 jours, le bateau s’est finalement échoué près de Misrata, à l’est de Tripoli. Mais le calvaire de ses onze survivants n'est pas encore terminé. Arrêtés par les hommes de Mouammar Kadhafi, ils sont placés en détention. Deux d'entre eux décèdent encore derrière les barreaux. Quatre jours plus tard, ils ne sont donc plus que neuf à retrouver la liberté...

Première publication : 09/05/2011

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