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La révolte des "indignés" n'explique pas la déroute socialiste

Symbole du ras-le-bol de la jeunesse espagnole, victime de la crise, le mouvement du 15 mai, dont la mobilisation n'a cessé de prendre de l'ampleur, a eu une influence limitée sur les élections municipales de dimanche. Explications

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Au lendemain d’une cuisante défaite du Parti socialiste espagnol, le mouvement du "15 M" - ou mouvement du 15 mai - qui mobilise des centaines de milliers de jeunes à travers le pays depuis une semaine, a appelé à la poursuite de la mobilisation en faveur d'une "vraie démocratie". Depuis dimanche dernier, plusieurs milliers de personnes ont envahi la place Puerta del Sol, à Madrid, épicentre de la contestation, ainsi qu'une soixantaine de villes espagnoles. Pourtant, cette fronde soudaine, invitée surprise des élections régionales et municipales, a faiblement contribué à la débâcle du Parti socialiste espagnol, au pouvoir.

Une défaite prévisible

Avec 27,81 % des voix, le Parti de gauche (PSOE) - arrivé très loin derrière les conservateurs du Parti populaire (37,58 %) - fait face à son plus mauvais score depuis les municipales de 1978. Une défaite "historique" mais prévisible selon Fabio Liberti, spécialiste des questions européennes à l’Institut des relations internationales et stratégique (IRIS). "La perte de croissance, le chômage à 20 %, la corruption... Toutes ces données ont permis de sanctionner le gouvernement. De récents sondages d'opinion prédisaient déjà une défaite cuisante des socialistes au pouvoir, bien avant la naissance de ce mouvement de contestation", analyse-t-il.

Une défaite historique pour les socialistes

Depuis 2007, les Espagnols subissent de plein fouet les conséquences de la crise économique. "Il n’est donc pas étonnant que le gouvernement paie aujourd’hui le prix fort de la rigueur et de ses mesures d’austérité", assure de son côté Pierre Verluise, spécialiste politique à l’IRIS. "Il fallait bien que l’exaspération gagne la population un jour ou l’autre. 45 % des moins de 25 ans n’ont pas de travail", précise-t-il. "Dans le cas présent, la contestation madrilène a peut-être été un effet catalyseur mais elle ne peut expliquer, à elle seule, l’échec socialiste". Difficile donc d'imputer la défaite du camp Zapatero à la seule mobilisation du 15-M.

Punir le système et non Zapatero

Bien que devenus le symbole du ras-le-bol de la jeunesse espagnole, les "indignés" n’ont pas vraiment influencé le scrutin de dimanche. Selon Adeline Percept, la correspondante de FRANCE 24 à Madrid, la raison en est simple : la contestation est principalement sociale. "Les indignés laissent aujourd’hui exploser leur frustration. Ils sont là pour crier leur écœurement de la société actuelle mais n’expriment pas de revendications politiques claires", assure-t-elle. Le mouvement ne s’est pas construit contre les socialistes mais contre la paupérisation de la société. "Ils n’ont pas cherché à punir Zapatero mais le système [...] Et puis, l’immense majorité de ces contestataires espagnols est acquise à l’idéologie de gauche voire d'extrême-gauche. Jamais ils n’auraient appelé à voter pour la droite. Qu’auraient-ils à y gagner ?"

Autre preuve de l’influence réduite de la contestation sur le scrutin de dimanche : la confusion autour des consignes de vote. "Le mouvement n’a émis aucune recommandation claire pour ces élections municipales et régionales", explique-t-elle. "De plus, le taux d’abstention (environ 33 %) n'a pas été plus élevé qu’en 2007, lors des élections régionales, la participation a même été en hausse".

Le mouvement du 15 mai, un mouvement apolitique ?

Le jeune mouvement de révolte est davantage occupé à tenter de trouver une cohérence à son action qui connaît un succès aussi spontané qu'inattendu. "Ils ont pris comme point de départ la crise économique mais parlent aussi de ‘réinventer le système’, de ‘réveiller les consciences’, leur liste de requêtes est encore un peu confuse", analyse Adeline Percept.

Une confusion liée à l’immaturité politique du mouvement selon Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l’Espagne à l’IRIS. "Les indignés n’ont pas encore eu le temps de se construire une idéologie politique", explique-t-il. "Pour le moment, ils ont su mettre en lumière le divorce existant entre la classe politique et le peuple. Mais c’est tout. Leur influence politique est encore très limitée, il leur faut maintenant se construire une crédibilité", conclut l’expert.

 

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