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Les "indignés" parisiens veulent prendre la Bastille

Inspirés par la révolte des "15-M" espagnols, des centaines de jeunes Parisiens se sont rassemblés ce dimanche place de la Bastille pour faire de ce lieu hautement symbolique la "Puerta del Sol française". Reportage.

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À la fin de cet article, retrouvez le diaporama de notre journaliste.

"Il faut que Paris se réveille !" La phrase couvre les trottoirs de la Bastille, fleurit sur les pancartes des manifestants et revient inlassablement à chaque interview. "Révoltez-vous !", "Indignez-vous ! ", "Résistez ! ", à chaque protestataire interrogé, son injonction préférée. Depuis une semaine, les "indignés" parisiens, rassemblés au cœur de la capitale, s’efforcent d’exporter en France le mouvement espagnol de la Puerta del Sol madrilène, à grand coup de slogans et d’assemblées générales quotidiennes. Si, jusqu’à présent, la foule n’a pas encore été au rendez-vous, l’espoir de grossir les rangs ce dimanche, est là.

12 heures. Une centaine de manifestants préparent la "prise de la Bastille". La révolution est prévue à 14 heures. "Avec un peu de chance, un peu de soleil et un peu de volonté, la révolution madrilène des ‘15-M’ gagnera le pays aujourd’hui, espère Gwen, un jeune étudiant en lettres de 22 ans. Attendez un peu, soyez patients, cet après-midi, je crois que beaucoup de jeunes nous rejoindront."

Car, pour l’instant, les "indignés" parisiens sont encore loin des 60 000 manifestants espagnols qui ont envahi, depuis le 15 mai, la place Puerta del Sol, à Madrid. Alors, pour espérer mobiliser autant de monde, on s’active, on range, on peint, on prépare la place pour "que tout soit parfait et que les gens soient séduits par le mouvement", explique Julia, intermittente. Un atelier pour les enfants voit le jour, un stand nourriture et de boissons - non alcoolisées - prend ses quartiers un peu plus loin, un bureau des doléances est dressé. C’est le branle-bas de combats. Les journalistes commencent à affluer. Les protestataires aussi.

13 heures. Les marches de l’Opéra Bastille se remplissent, le soleil tape, les chemises tombent. On estime, au doigt mouillé, le nombre d’"indignés" à un millier. Personne n’est préposé au comptage. D’ailleurs, "personne n’est préposé à rien", explique un manifestant - espagnol cette fois - en riant. Lui est venu tout droit de Madrid pour évaluer la situation de l’autre côté de la frontière. "Nous n’avons pas de leader, pas de mot d’ordre, pas d’attachement à un parti. Les gens ont sans doute du mal à s’identifier, mais ils s’habitueront, il leur faut juste un temps de réflexion avant de venir à nous", explique-t-il.

Pas de partis donc et pas de tentes non plus. Seule une toile "Quechua" trône symboliquement au milieu de la place. Les "indignés" vont-ils camper cette nuit sur les lieux ? s’interrogent la plupart des journalistes. Pas de réponse claire. "La tente là, c’est une piqûre de rappel, lance en souriant Miguel, un père de famille venu soutenir son fils, présent à la Bastille depuis le début du mouvement. A tout moment, nous pouvons camper mais il faut qu’on soit des centaines à le faire en même temps. A dix tentes, c’est foutu, les flics nous délogeront tout de suite", analyse-t-il.

15 heures 30. Les choses commencent à bouger. Les manifestants envahissent par centaines la voie de circulation, bloquant voitures, cars de touristes et taxis. La police n’est pas loin et intervient dans la foulée. Sans violence. Les protestataires sont encerclés par quelques cars de gendarmerie avant d’entamer un sit-in, toujours en pleine voie de circulation. Quelques manifestants s’efforcent de calmer le jeu en brandissant des pancartes "Non à la violence". Un mot d’ordre respecté à la lettre par les "indignés" espagnols. Les matraques ne sortent pas de leurs étuis. Pour l’instant.

16 heures. Les débats commencent. Anonymes, étudiants, syndiqués prennent la parole tour à tour devant les marches de l'Opéra. On parle chômage, précarité, poésie parfois. Le brouhaha ambiant empêche une écoute claire et attentive. Seuls les cris d’encouragement et les applaudissements sont réellement audibles.

16 heures 30. Les journalistes désertent la place peu à peu. Des rumeurs courent. Ce dimanche soir, certains manifestants ont prévu de camper sur place. Camille, jeune chômeuse titulaire d’un master de géographie, fait partie de ceux qui se disent prêts à affronter "les menaces des policiers". "Ce qui me sidère depuis une semaine, c’est que personne ne nous croit capable d’imiter Puerta del Sol. Pour tout le monde, le contexte économique français n’est pas le même, le chômage est moins pesant, la misère moins menaçante. Que des conneries ! La galère c’est la même pour tous, s’indigne-t-elle. S’il faut camper et résister, je camperai et je résisterai." Derrière elle, sa mère, émue. Ce dimanche n’est pas n’importe quel jour. "C’est la fête des mères…, rappelle-t-elle. Et la colère de ma fille est un très beau cadeau. Son indignation me rend fière." Elle sourit puis reprend. "Cela me rappelle Mai-68, on a changé les choses, pourquoi pas eux ?"

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