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La fratrie Larijani, ou l'irrésistible ascension des Kennedy iraniens

Dans l’ombre des tensions entre le président Ahmadinejad et le Guide Khamenei, le clan Larijani place ses pions. Cette fratrie de cinq membres, surnommée les Kennedy iraniens, monte en puissance à l’approche des échéances électorales de 2012 et 2013.

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En Iran, on les surnomme les Kennedy. En l’espace d’une décennie, les frères Larijani ont grimpé les échelons du pouvoir à une allure vertigineuse, et dirigent aujourd’hui les plus puissantes institutions du pays. Un parcours qui n’est pas sans rappeler celui de l’empire financier des Rafsandjani, qui occupaient parmi les plus importants postes économiques de la République islamique jusqu’à ces derniers mois.

La fratrie Larijani, elle, opère dans les milieux politiques. Elle constitue désormais le principal contrepoids à la politique fondamentaliste du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, notamment par la voix d’Ali Larijani, 53 ans, porte-parole du Parlement iranien (Majlis) et plus influent des cinq frères.

En 2005, Ali Larijani, candidat au premier tour de l’élection présidentielle, avait récolté moins de 6 % des voix. Une maigre part des suffrages au vu du score obtenu par Mahmoud Ahmadinejad (19,43 %), alors soutenu par le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Mais six ans plus tard, le vent a tourné. Et Ali Larijani est l’un des grands bénéficiaires du durcissement des relations entre la présidence actuelle et l’establishment religieux.

L’émergence d’un rival

Si sa visibilité s’est considérablement accrue à partir de 2005, Ali Larijani n’est pas un nouveau venu en politique.

Après avoir dirigé l’état-major des Gardiens de la révolution (l’armée idéologique du régime) dans les années 1980, il occupe brièvement le ministère de la Culture et de l’Orientation islamique (de 1992 à 1994) sous la présidence d’Hachemi Rafsandjani, avant d’être nommé par Khamenei à la direction de la télévision d’État pendant dix ans (de 1994 à 2004).

Face à la fronde grandissante d’Ahmadinejad, Khamenei a été contraint de diversifier ses options. Le choix d’adouber Ali Larijani s’est fait presque naturellement. Déjà parce que le porte-parole du Parlement est le fils de l’ayatollah Haj Mirza Hashem Amoli, ancien haut dignitaire du régime et très proche compagnon politique du Guide suprême. Mais surtout, au-delà des relations amicales entretenues entre Khamenei et Amoli, Ali Larijani s’est constitué un curriculum vitae de parfait serviteur du régime.

Dès août 2005 et sa nomination au secrétariat du Conseil suprême de la sécurité nationale, il a tranché avec la politique pragmatique de son successeur, Hassan Rohani, et a instauré les bases du bras de fer que se livrent aujourd’hui Téhéran et l’Occident.

Depuis, chaque fois qu’Ahmadinejad a affiché son désaccord avec les dignitaires religieux, Ali Larijani a été l’un des premiers à remettre en cause sa légitimité et à appuyer la moindre prise de position du Guide.

Ali, le présidentiable

Ce soutien indéfectible en faveur de Khamenei lui a, au fil des années, donné de plus en plus de latitude. Après sa démission du Conseil suprême de la sécurité nationale en 2007, en raison de divergences de plus en plus prononcées avec Ahmadinejad, il devient l’une des pièces maîtresses du clan ultraconservateur.

Soutenu par les figures du courant, il accède au Majlis en 2008, en qualité de représentant de la ville religieuse de Qom. Dans la foulée, il est désigné porte-parole de l’Assemblé, un poste très exposé mais qui lui offre la vitrine médiatique nécessaire à la réalisation de ses ambitions.

Pour Thierry Coville, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) et enseignant à Negocia, il est devenu un personnage incontournable : "Ali Larijani a un profil de conservateur proche du Guide qui rassemble. Il a le vent en poupe et le fait que Khamenei soutienne le Parlement dans l’affaire de l’intérim d’Ahmadinejad au ministère du Pétrole est une nouvelle victoire pour lui."

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2013, Ali Larijani dispose de nombreux atouts. Le soutien de l’establishment religieux iranien en est un. Mais l’influence politique de ses frères pourrait également peser dans la balance.

"Le pays des réseaux"

L’activité politique de la famille Larijani est aussi dense que diversifiée, ce qui constitue un véritable avantage dans la course aux échéances électorales à venir. "L’Iran, c’est le pays des réseaux et ceux qui sont tissés par des liens familiaux sont très importants", explique Thierry Coville.

Mohammad Javad Larijani, 60 ans, a lui aussi enchaîné les postes à responsabilité. Ce mathématicien, diplômé de l’Université de Berkeley (États-Unis), a été membre du Parlement entre 2000 et 2008. Il a également occupé le poste de vice-ministre des Affaires étrangères pendant plusieurs années à l’époque du règne de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny.

L’un de ses autres frères, Sadegh Larijani, 51 ans, est à la tête du système judiciaire iranien depuis 2009. Une nomination qu'il doit à Khamenei. Auparavant, en dépit des critiques portant sur son jeune âge et son inexpérience, il a siégé parmi les 12 membres du Conseil des Gardiens, l’équivalent iranien du Conseil constitutionnel français.

La chancellerie de l’Université des sciences médicales de Téhéran est également dans le giron des Larijani. À sa tête, Bagher Larijani, ancien ministre de la Santé, peut lui aussi justifier d’un passé de haut fonctionnaire. Et le dernier membre de la fratrie, Fazel Larijani, fut l’un des trois directeurs du Centre d’études iraniennes de Toronto avant de devenir diplomate attaché à l’ambassade d’Iran à Ottawa (Canada).

Tout concourt donc à faire d’Ali Larijani l’un des favoris dans la prochaine course à la présidence. "Si les choses ne bougent pas trop, il sera dans une position idéale au moment de l’élection présidentielle de 2013", conclut Thierry Coville. Et il aura eu l’occasion de mesurer sa popularité plus d’un an auparavant, lors du scrutin législatif de mars 2012.

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