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Aux yeux des manifestants, le président Ali Abdallah Saleh ne reviendra pas

Dès qu'ils ont appris que le président Saleh était en Arabie saoudite, les manifestants sont descendus dans les rues pour célèbrer la chute du régime. Pourtant, l'entourage du chef de l'État répète qu'il n'a pas quitté le pouvoir.

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Officiellement, le président yéménite Ali Abdallah Saleh s’est rendu en Arabie saoudite pour y être soigné après une attaque contre le palais présidentiel vendredi. Mais dans les rues de Sanaa, les contestataires célèbrent à grands cris ce qu’ils considèrent comme "la chute du régime".

La population yéménite laisse éclater sa joie après le départ de Saleh

Dans les rues de Sanaa, la capitale, et de Taëz, foyer de la contestation, les "jeunes de la révolution" se sont spontanément retrouvés, après quatre mois de manifestations violemment réprimées par le pouvoir. "Liberté, liberté, Ali s’est enfui", "C’est fini, le régime est tombé", scandaient dimanche matin des centaines de manifestants dans les rues des deux villes.

"À l’Université de Sanaa où se retrouvent les manifestants depuis le début de la révolte, c’est l’euphorie", témoigne Benjamin Wiacek, rédacteur en chef adjoint de La Voix du Yémen, site d’information en français consacré au pays. "Tous les gens sont descendus dans la rue. Une foule immense danse, chante, célèbre le départ du président. Pour eux, c’est une grande victoire. À leurs yeux, le président Saleh ne reviendra pas au Yémen", rapporte-t-il.

Pour l’heure, le président yéménite est opéré dans un hôpital de Riyad après avoir été atteint au thorax par un éclat d’obus lors du bombardement du palais présidentiel vendredi. Son entourage assure que son état "n’inspire pas d’inquiétude". Le vice-président, Abdel Rabbo Mansour Hadi, assure l’intérim, selon les termes de la Constitution.

La violence persiste dans les rues de Sanaa et Taëz

La tension reste vive dans le pays. Dimanche en fin de matinée, des tanks ont attaqué des manifestants rassemblés dans la capitale, alors que des tirs et explosions retentissaient dans les rues de la ville. À Taëz, au moins cinq personnes ont été tuées au cours d’échanges de tirs. Selon l’AFP citant des témoins, il s'agit de quatre membres de la garde républicaine, un corps d’élite de l’armée yéménite fidèle au régime, et d'un homme armé non identifié.

Un cessez-le feu a pourtant été annoncé samedi après une médiation chapeautée par l’Arabie saoudite. Pourtant, "des explosions et des coups de feu ont retenti toute la nuit, mais de façon beaucoup moins intense que la semaine dernière", affirme Benjamin Wiacek. Et le journaliste de poursuivre : "Les grosses artères de la ville étaient toujours bloquées par des check-points militaires. On rapporte aussi que des comités se créent pour assurer la sécurité des quartiers. La tension, palpable dans la rue, tranche singulièrement avec la joie affichée par les manifestants".

Incertitude quant au retour de Saleh

Si les contestataires célèbrent la chute de Saleh, une grande confusion règne en réalité quant aux intentions du chef de l’État. Un responsable saoudien a assuré samedi que le président yéménite n’avait pas quitté le pouvoir et avait l’intention de revenir au Yémen dès sa guérison.

Ses fils et ses neveux, qui occupent des fonctions importantes au sein du gouvernement, sont toujours présents au Yémen, selon une source gouvernementale yéménite citée par l’AFP. Le fils aîné de Saleh, Ahmed, commande les troupes d'élite de la garde républicaine et trois de ses neveux contrôlent les agences de renseignements et de sécurité du pays. Selon Benjamin Wiacek, une rencontre notamment prévue entre le président par intérim, Ahmed Saled, et les principaux généraux de l’armée.

Une transition en cours ?

Mais nombre d’analystes doutent du retour de Saleh au Yémen. Pour le politologue Khatter Abou Diab, joint au téléphone par FRANCE 24, Saleh cherche une porte de sortie en Arabie saoudite. Depuis le mois d’avril, face à la détermination des manifestants, l’Arabie saoudite et ses voisins du Golfe ont présenté trois scénarios de sortie de crise au président Ali Abdallah Saleh prévoyant son départ. Il les a tous rejetés.

"Le bombardement du palais présidentiel vendredi dernier a changé la donne, assure le politologue. Le général Ali Mohsen el Ahmar, opposant redoutable pour Saleh au sein de l’armée, se trouve probablement derrière ce bombardement. À mon sens, c’est le fruit d’une action conjointe avec des militaires proches du clan présidentiel."

D’autre part, selon Benjamin Wiacek, "d’autres éléments laissent entendre qu’une transition pourrait être en cours". "Le vice-président s’entretient actuellement avec l’ambassadeur américain – Washington l’a appelé plus tôt dans la matinée", rapporte le journaliste.

Dimanche en début d’après-midi, les opposants se sont dits déterminés à empêcher un éventuel retour d’Ali Abdallah Saleh. Pour Mohamed Qahtan, porte-parole de l’opposition parlementaire yéménite, l’hospitalisation du président "marque le début de la fin de ce régime tyrannique et corrompu".
 

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