POLITIQUE FRANÇAISE

Pénurie de patrons chez les trotskistes

Le Nouveau parti anticapitaliste se prépare à introniser, ce week-end, un candidat méconnu pour le représenter dans la course à l'Élysée. Pour Lutte ouvrière, ce sera la première campagne sans l’emblématique Arlette Laguiller.

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Les temps changent chez les trotskistes. Pour la première fois depuis 1974, Lutte ouvrière (LO) ne sera pas représentée à l’élection présidentielle par Arlette Laguiller. Celle qui fut la première femme candidate à la présidentielle française a en effet pris sa retraite de la politique. Nathalie Arthaud, qui lui succède, a beau avoir des faux-airs de son aînée, il reste à cette enseignante dans un lycée de Seine-Saint-Denis, âgée de 41 ans, à se faire un nom.

Nathalie Arthaud, dans les pas d'Arlette Laguiller. (Photo : AFP)
Nathalie Arthaud, dans les pas d'Arlette Laguiller. (Photo : AFP)

Combler un le déficit de notoriété... Au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), c’est le même combat. Ce week-end, le parti trotskiste va désigner son candidat pour 2012 lors de sa conférence nationale à Nanterre. Celui-ci aura la lourde tâche de reprendre le flambeau d’Olivier Besancenot, le charismatique facteur de Neuilly qui a annoncé en mai dernier qu’il ne ferait pas campagne une troisième fois. Dans une lettre adressée aux militants, il avait expliqué qu’il ne voulait pas "avoir le sentiment de faire partie du personnel politique traditionnel aux yeux du large public", tout en assurant qu’il continuerait ses activités de militant. "Ce ne sera pas facile de remplacer Olivier", admet Alain Krivine, ancien candidat de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, l’ancêtre du NPA), dans une interview au Journal du Dimanche.

Philippe Poutou est bien placé pour devenir le candidat du NPA. (Photo : AFP)
Philippe Poutou est bien placé pour devenir le candidat du NPA. (Photo : AFP)

Pour le moment, celui qui tient la corde pour être le candidat de la formation trotskiste répond au doux nom de Philippe Poutou. Excellent orateur, ce girondin de 44 ans au look décontracté présente un profil similaire à celui de son prédécesseur. Comme à LO, la tête de gondole s’inscrit dans la continuité.

Mais Philippe Poutou, qui est actuellement secrétaire CGT de Ford Aquitaine Industrie (FAI), est surtout connu au niveau local, dans le Sud-Ouest de la France. Son fait d’armes ? Avoir permis, il y a quelques semaines, la sauvegarde des emplois de l’usine Ford de Blanquefort (Gironde). "Grâce à son charisme, il a su grimper rapidement les échelons (de la CGT et du NPA) pour lesquelles il se rend disponible 7 jours sur 7", souligne un de ses camarades de la CGT, dans une interview accordée à l’AFP.

Malgré toutes les qualités que lui prêtent ses camarades, Philippe Poutou n’aura pas la tâche facile, s’il est intronisé candidat. Son parti, en perte de vitesse, a perdu plus du tiers de ses adhérents depuis que la LCR est devenue le NPA, en février 2009. Et, avant de tenter de faire mieux que le candidat Besancenot, qui avait rassemblé sur son nom 4,08 % des voix en 2007, il devra recueillir les fameuses 500 signatures de maires.

"Ouvriérisme"

Tout cela dans un contexte de concurrence exacerbée, à la gauche de la gauche, par le bouillonnant Jean-Luc Mélenchon. L’ex-socialiste a été désigné candidat du Front de Gauche, qui rassemble le Parti communiste allié au Parti de Gauche et à d’autres micro-formations politiques d’extrême-gauche. Mais pour les trotskistes, hors de question de rejoindre le bloc anticapitaliste. Pour 2012, "il n'y a pas de candidature issue du mouvement social qui émerge", explique la porte-parole du NPA, Christine Poupin, dans une interview à Mediapart. En d’autres termes, Jean-Luc Mélenchon, qui a été ministre du gouvernement socialiste de Lionel Jospin de 2000 à 2002, ne peut pas être leur représentant légitime. Trop proche du sérail politique.

"Il y a chez les trotskistes ce que j’appelle de 'l’ouvriérisme'", explique à FRANCE 24 Claude Cabanes, journaliste et écrivain communiste (lire l’interview complète en cliquant ici). "Ils pensent qu’en présentant un candidat d’origine ouvrière, ils vont rassembler tous la classe ouvrière. Mais c’est une vision 'livresque'. De toute façon, le système de l’élection présidentielle, qui selon moi détruit la démocratie en s’attachant uniquement à la personnalité des candidats, ne convient absolument pas à ces formations politiques", souligne encore cette figure du journal fondée par Jean Jaurès, "L’Humanité".

D’ailleurs, les sondages ne prédisent pas de miracles pour les candidats NPA et LO, crédités mi-juin de scores oscillants entre 0,5 et 1 % des voix au premier tour de l'élection présidentielle. Mais qu'importe... "Je ne serai peut-être pas élue présidente de la République, mais je ne serai pas la seule", avait déclaré, avec ironie, Nathalie Arthaud, faisant valoir que remporter "2, 5, 10 ou 40% [des suffrages], le résultat est [finalement] le même".

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