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Le "dialogue national" syrien entre espoir et illusion

Le "dialogue national" syrien s'est achevé ce lundi sur les promesses de la mise en place d'une transition démocratique. L'opposition qui a boycotté ce rendez-vous considère cette réunion comme une mascarade politique.

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En organisant deux journées de discussions baptisées "dialogue national" - censées poser les jalons d’une transition démocratique du régime -, le gouvernement syrien a-t-il tenté de redorer son blason ? Selon Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes, la question ne se pose même pas. Selon lui, cette réunion – boycottée par l’opposition – ne fut rien d’autre qu’une "diversion bien calculée du régime afin de renvoyer à l’étranger l’image d’un pays de bonne foi, capable de réformes". Et d’ajouter : "Dans les paroles, l’avancée est là, mais dans les actes… Comment croire un régime, qui, dans le même temps, annonce une transition démocratique et continue de réprimer dans le sang les protestataires ?"

Au regard des événements, le régime ne semble pas prêt, en effet, à s’engager dans la voie de la non-violence. Elle a poursuivi lundi son offensive sécuritaire dans la région de Jabal el-Zawiya située dans la province d'Idleb (nord-ouest), selon l'Observatoire syrien pour les droits de l'Homme (OSDH), basé à Londres. "L'armée, appuyée par des chars, a mené des perquisitions dans les villages de Kafarhaya, Sarjan et al-Rami, et procédé à des arrestations à Kfar Noubol", selon l'ONG. Des interpellations ont également eu lieu dans les environs de Hama (210 km au nord de Damas), ainsi que dans la ville côtière de Banias où cinq personnes ont été arrêtées pour "avoir filmé des manifestations", a dénoncé l'OSDH.

"En finir avec le règne d’un seul parti"

L'opposition réclame l'arrêt de la répression

Pourtant, sur le papier, cette table ronde a tout d’une embellie démocratique. Alors qu’il était encore inenvisageable de parler politique dans le pays il y a quelques semaines, certaines voix ont pu s’élever ce lundi contre la mainmise totalitaire du pouvoir, explique Isabelle Dellerba, correspondante de FRANCE 24 dans la région. "Certains tabous sont en train de tomber. Un député indépendantiste a lancé durant la réunion qu’il fallait ‘en finir avec le règne d’un seul parti’, tandis qu’un autre dénonçait ‘les balles qui continuent de siffler dans le pays’", explique-t-elle. "Pouvoir s’exprimer de la sorte est un point inédit et positif de la conférence."

Pour la première fois également, le parti de Bachar al-Assad a évoqué la possibilité d'abroger un article constitutionnel (l’article 8) sur la prééminence du parti Baas qui gouverne le pays d'une main de fer depuis plus de 40 ans. Selon le vice-président Farouk al-Charek, cette réforme devrait donc ouvrir la voie à "une transition démocratique et à un État multipartite où tous seront égaux et participeront à l’édification de l’avenir du pays."

Des annonces qui, même si elles ne sont que de "belles paroles" pour le moment, marquent la fin d’une époque, estime Mohamed Ajlani professeur de Sciences politiques au Centre d’études stratégique et diplomatique (CEDS) "Maintenant, le régime ne pourra plus reculer. C’est la première fois que le pouvoir accepte une telle réunion sous la pression de la rue. Jamais encore il n’avait cédé. Même si l’opposition n’était pas présente, même si les propositions sont insuffisantes, un pas très important a été franchi", concède-t-il.

"Gesticulation politique"

Du côté de l’opposition, ce rendez-vous national – qualifié de "gesticulation politique" – n’a pas convaincu. Loin de là. Les opposants qui exigeaient, comme préalable à toute discussion, la fin de la répression ont dit "ne rien attendre de cette réunion et continuent de crier à l’illégitimité de ce régime qui ne lance que de la poudre aux yeux", rapporte Isabelle Dellerba. Des propos que justifie Antoine Basbous. Selon lui, le simple fait que l’opposition n’ait pas été représentée annihile le sens même de cette réunion. "Parler de ‘dialogue’ lorsque tout le monde est plus ou moins d’accord est problématique", ironise-t-il.

À Deir Ezzor (est), environ 5 000 personnes ont manifesté ce lundi contre cette réunion, a indiqué l’OSDH. D’autres rassemblements ont également eu lieu dans trois quartiers de la capitale Damas. Les manifestants s’en tiennent inlassablement aux mêmes mots d’ordre : la chute du régime, des élections libres, et le refus de toute discussion avec les autorités syriennes tant que "Bachar le boucher" est au pouvoir. Vendredi, des milliers de manifestants avaient déjà défilé dans les rues des principales villes du pays, appelant à rejeter ce dialogue.

Tous les pontes du régime syrien réunis pour lancer un grand dialogue national organisé par le pouvoir

 

 

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