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Crise de l'euro : chacun cherche son coupable

Alors que les marchés commencent déjà à s'attaquer à l'Italie et à l'Espagne, économistes, médias et opinions publiques s'attachent à trouver le responsable de l’emballement financier qui met plus que jamais à mal la cohésion de la zone euro.

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Qui veut la peau de l’euro ? Alors que l’Italie et l’Espagne plient à leur tour sous la pression des marchés, que les Bourses européennes tanguent et que la perspective d’une faillite grecque se précise, même si personne ne veut l’évoquer clairement, chacun cherche à désigner le responsable de cette descente aux enfers.

Les agences de notation sont régulièrement prises pour cibles par les États européens, comme après la dégradation, mardi, de la note irlandaise. La Commission européenne l’a ainsi jugé "incompréhensible" et "contestable". D’autres, tels les Espagnols, mettent en cause la lenteur européenne à réagir alors que les Italiens s’en prennent à Silvio Berlusconi. La spéculation sur les marchés financiers revient aussi souvent sur le devant de la scène. FRANCE 24 passe au gril les principaux suspects.

L’Allemagne. "Winston Churchill disait que les États-Unis prenaient toujours la bonne décision après avoir épuisé toutes les autres, c’est exactement le comportement de l’Allemagne aujourd’hui", déplore Iain Begg, économiste spécialiste de la zone euro à la London School of Economics. Berlin est accusé de ralentir l’Europe dans sa gestion de la crise, donnant l’impression d’un manque de cohésion au sein de la zone euro.

En tant que principal bailleur de fonds des plans de sauvetage européen, l’Allemagne aurait l’impression de payer pour les erreurs des autres. "Angela Merkel n’a pas un comportement de leader européen, elle est otage de son électorat qui voit d’un mauvais œil ces plans de sauvetage", rajoute Iain Begg.

"Le manque de cohésion au niveau européen est un signal négatif envoyé au marché qui se disent que l’Europe n’arrive pas à prendre les décisions à temps", confirme Christophe Blot, économiste spécialiste de la zone euro pour l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Cette valse-hésitation à la tête de l’édifice serait, selon lui, la "toile de fond" de la crise actuelle.

Les agences de notation. À chaque nouvelle dégradation de la note d’un État européen, une levée de boucliers s’opère parmi les dirigeants de l’UE. Moody’s estime que l’Irlande émet dorénavant des actifs "spéculatifs" ? La Commission européenne juge cette prise de position "contestable". Lorsque la même agence de notation avait abaissé, la semaine dernière, la note du Portugal, Berlin avait remis en cause ces agences américaines qui font la pluie et le beau temps sur les marchés européens.

"Elles ont été taxées de laxisme après la crise des 'subprimes', cette fois-ci elles tombent dans l’excès inverse pour se prémunir", juge Iain Begg. Un principe de précaution qui fait des ravages : plus la note d’un État est basse, plus les taux d’intérêt auxquels il peut emprunter sur les marchés augmentent. Pour des pays comme le Portugal ou l’Irlande, qui ont déjà du mal à trouver de l’argent pas trop cher, ces dégradations peuvent être fatales.

La spéculation. "Il est clair que certains acteurs se font de l’argent en pariant sur l’effondrement de la zone euro", note Christophe Blot. Mais la spéculation ne serait qu’un accélérateur de la crise. "Difficile de demander à des requins de ne pas se faire les dents sur des victimes qui saignent déjà", remarque Iain Begg. Pour lui, les marchés sont essentiellement responsables de n’avoir pas réagi avant la crise "alors que tout le monde connaissait la situation du marché immobilier irlandais et des déficits en Grèce ou au Portugal".

Les gouvernements italien et espagnol. Les Italiens estiment que Silvio Berlusconi est responsable de la poussée spéculative contre leur pays. Pas faux, estiment certains économistes. "Le président du Conseil s’en est pris publiquement à Giulio Tremonti, le très populaire ministre des Finances, auprès des marchés financiers qui ont commencé à douter sur la poursuite des réformes en Italie", note Iain Begg. "Il y a un problème de communication envers les marchés en Italie", confirme Christophe Blot. En outre, une affaire de corruption semble actuellement obscurcir l’horizon politique de l’homme "qui aux yeux des marchés a réussi à assainir les finances italiennes".

En Espagne, les marchés commencent à se demander si les réformes engagées pour redresser le secteur immobilier seront suffisants et attendent que le gouvernement espagnol en fasse plus. "Ils craignent un scénario à l’Irlandaise", souligne Iain Begg.
 

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