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SPORT

Jean de Herdt, le Français qui fit trembler le Japon

Texte par Emmanuel VERSACE

Dernière modification : 22/08/2011

À la veille du coup d’envoi des championnats du monde de judo à Paris, FRANCE 24 revient sur le parcours d'un judoka Français, Jean de Herdt, qui changea au lendemain de la Seconde Guerre mondiale la face du judo hexagonal.

Jean de Herdt dans les années 1940 (Crédits : BUGEI SODACHI KENKYUKAI)

Sa prouesse n’a pas marqué les mémoires. Pourtant, Jean de Herdt, premier champion français de l'Histoire, figure bel et bien au Panthéon du judo français. Dix ans avant la victoire du Néerlandais Anton Geesink aux Mondiaux de 1961 à Paris, le judoka français réussit l’exploit de tenir tête à un champion nippon lors d’un combat amical d’anthologie. Au grand désespoir de la toute puissante fédération japonaise.

D’origine alsacienne, Jean de Herdt est né Paris en 1923. À l’âge de 14 ans, il s’initie à l’art martial connu à l’époque sous le nom de jujitsu, et obtient, à 17 ans, la deuxième ceinture noire française de l’histoire - juste après celle décernée à Maurice Cottereau en 1939. Premier Français à obtenir les grades de deuxième et troisième dan, Jean de Herdt se fait connaître en devenant le seul Français à avoir l’honneur de servir de partenaire de démonstration à l’inventeur du judo, Jigoro Kano, venu en 1938 à Paris faire la promotion de son art.

Maître Daïgo Toshiro en 1951. (Creative commons)

"Il s'attendait à me donner une leçon... Il a été déçu"

Fraîchement auréolé de sa victoire aux premiers championnats d’Europe de 1951, Jean de Herdt, déjà sextuple champion de France, se voit proposer par la Fédération japonaise un combat avec leur champion Toshiro Daïgo. "Il s'attendait à me donner une leçon... Il a été déçu", raconte, dans un entretien à La République du Centre, en 2009, le maître judoka français. Dans un stade du Vel-d’Hiv' plein à craquer, le Français résiste pendant 22 minutes aux assauts de son adversaire. Le combat se terminera sur un match nul historique.

Ce résultat, face à judoka un non Japonais, qui plus est moins bien gradé - Herdt est alors ceinture noire troisième dan alors que Daïgo est sixième dan - constitue un double déshonneur pour le camp japonais, qui fera payer au Français cet affront. "Ce combat contre Daïgo m'a coûté cher pour la suite de ma carrière, explique-t-il encore à La République du Centre. Les Japonais ne voulaient pas me voir combattre sur la scène internationale, et l'ont fait savoir à la Fédération française de judo".

Une fédération internationale très japonaise

Jean de Herdt (à droite), lors des 50 ans de l'Ecole bougivalaise de judo, au côté de son ancien élève Henri Paternoster. (Crédits : Vincercc78)

Il faut savoir que le Japon, à l'époque, a la main basse sur l'organisation de l'ensemble des compétitions intercontinentales, et ce malgré la création, en 1951, d'une fédération internationale - fortement influencée, du reste, par les Japonais. Et Jean de Herdt de poursuivre : "Les décideurs n'ont jamais eu le courage de se dresser contre leur volonté. Je n'ai donc jamais pu représenter la France en compétition mondiale ou olympique, ni en tant que sportif, ni en tant qu'entraîneur."

Interdit de compétition internationale, Jean de Herdt a continué de briller en Europe avec trois titres continentaux. Au terme de sa carrière sportive, il a pris part à la mise sur pied de la fédération belge de judo et à la restructuration de la fédération néerlandaise, où il a pu rencontrer un élève surdoué : un certain Anton Geesink.

Première publication : 22/08/2011

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