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Élèves précoces et ados attardés se croisent à Deauville

Présentés dimanche à Deauville, "Another Happy Day" et "Échange standard" illustrent à eux deux ce que le septième art américain est capable de produire : du cinéma d'auteur et de la blague potache moralisatrice.

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Pour sa 37e édition, le festival du cinéma américain de Deauville a décidé de faire le pari de la jeunesse. Sur les 14 longs-métrages en compétition cette année, neuf sont des premiers films. "On est dans une période, depuis quelques années, de crise mondiale, pas seulement économique, également existentielle, et la tendance s'amplifie", expliquait avant l'ouverture des festivités Bruno Barde, le directeur du festival. "Le cinéma américain indépendant donne une réponse à ça en interrogeant la jeunesse." Mais en la laissant aussi passer derrière la caméra. Avec un succès certain.

-"Another Happy Day" de Sam Levinson
-"All She Can" d’Amy Wendel
-"Another Earth" de Mike Cahill
-"Detachment" de Tony Kaye
-"Circumstance" de Maryam Keshavarz
-"Jess + Moss" de Clay Jeter
-"On the Ice" d’Andrew Okpeaha MacLean
-"Return" de Liza Johnson
-"Take Shelter" de Jeff Nichols
-"Terri" d’Azazel Jacobs
-"The Dynamiter" de Matthew Gordon
-"Trust" de David Schwimmer
-"Without" de Mark Jackson
-"Yelling to the Sky" de Victoria Mahoney

A seulement 26 ans, Sam Levinson peut se prévaloir d'avoir su conquérir les faveurs du public deauvillais, qui, cinq minutes durant, a applaudi à tout rompre son premier film "Another Happy Day". Avant la projection, le jeune homme ne semblait pourtant pas si sûr de pouvoir convaincre un public français réputé exigeant. Invité à présenter son film devant près de 1 500 festivaliers, le benjamin de la compétition peine à dissimuler son émotion. "Je voudrais vous remercier... d'être venus... aussi nombreux..., balbutie-t-il des trémolos dans la voix. Excusez-moi de paraître si émotif. C'est la première fois que je viens en France, pays dont j'aime le cinéma."

Ce n'est pourtant pas la première fois que le cinéaste soumet son film à une large audience. En janvier, "Another Happy Day" était programmé au très influent festival du film indépendant de Sundance, aux Etats-Unis. Une première mise à l'épreuve qui, ici à Deauville, fait office de label qualité.

Famille, je vous hais !

Si l'on ne connaissait l'âge de son géniteur, "Another Happy Day" passerait volontiers pour l'œuvre d'un artiste que l'expérience a doté d'un regard extrêmement lucide sur son temps. Malgré son jeune âge, Sam Levinson n'a pas hésité à s'attaquer à un sujet casse-gueule : celui de la famille. Mais pas n'importe laquelle.

Lynn (Ellen Barkin) est une mère quinquagénaire dont les enfants concentrent à eux seuls tous les maux de l'adolescence. Sa fille Alice (Kate Bosworth), anorexique, fait dans l'automutilation, son cadet, Elliot (impeccable Ezra Miller), en proie aux troubles obsessionnels compulsifs, vient d'achever sa quatrième cure de désintoxication et Ben, le petit dernier, se croit autiste. Seul son aîné, Dylan, qu'elle s'apprête à marier, semble avoir échappé à la moindre tare. Seulement voilà, ce n'est pas elle qui l'a élevé mais son propret premier mari et sa nouvelle épouse (étonnante Demi Moore), qui, la garce, ne manque jamais une occasion de le lui rappeler. Sans compter que sa propre mère lui fait porter la responsabilité du mal-être de sa progéniture...

Bienvenue chez les Hellmann, où les règlements de comptes familiaux se transforment, à la moindre incartade, en de savoureuses joutes verbales et d'empoignades musclées. En brossant avec un certain cynisme le portrait d'une famille qui, à force de rancœurs et d'humiliations, s'avère incapable d'enterrer la hache de guerre, Sam Levinson pointe les symptômes d'une société américaine en proie aux déchirements. Moins pesant que "Festen" de Thomas Vinterberg, mais plus poignant que "Un air de famille" de Cédric Kaplisch, "Another Happy Day" appuie là où ça fait mal. Valeur fondatrice de l'"American Way of Life", la cellule familiale vue par le jeune cinéaste est en voie de dégénérescence. L'Amérique est touchée en plein cœur.

Pipi, caca et paires de seins

Un constat amer qu'Hollywood ne semble pas près de partager. Présenté en avant-première française à Deauville, la comédie "Echange standard" de David Dobkin contient tous les ingrédients de la blague de potaches qui, après avoir bien fait rire dans la cour de récré, se conclut fatalement par une leçon de morale façon catéchèse.

Amis de longue date, Dave et Mitch ont emprunté des trajectoires différentes. Le premier est un brillant avocat, dévoué à sa femme et ses trois enfants, le second est un célibataire insouciant, tournant à l'occasion dans des films coquins. Par on ne sait quel phénomène physique, les deux hommes vont se retrouver, au terme d'une nuit alcoolisée, dans la peau de l'autre.

Une histoire rocambolesque comme Hollywood sait en produire à la chaîne. Avec, depuis quelques années, la fâcheuse illusion de verser dans la subversion. Telle un adolescent qui vient de découvrir le pouvoir comique que peut recéler les parties inavouables du corps, l'industrie du cinéma américain ne craint plus de truffer ses comédies dites "régressives" de matières fécales, de flatulences et de seins que les réalisateurs s'évertuaient il y a encore quelques années à recouvrir systématiquement d'un chaste soutien-gorge.

"Echange standard" s'inscrit pleinement dans cette nouvelle tradition de la farce décomplexée. Aussi assisterons-nous, pêle-mêle, à la miction des deux compères au milieu d'un centre commercial, à l'effeuillage d'une strip-teaseuse enceinte de neuf mois, à la pétaradante digestion d'une charmante demoiselle amatrice de cuisine thaïlandaise... Après plus d'une heure et demi d'invraisemblables quiproquos, les choses finiront par rentrer dans l'ordre pour nos deux héros. Non sans qu'ils aient tirer des leçons de leurs impayables péripéties.

Comme pour mieux expier ce déploiement de facéties lourdaudes, le film s'achève ainsi sur l'idée qu'une vie bien rangée - avec femme, enfants, maison et tondeuse à gazon - vaut bien toute une vie de débauche. Ouf, l'Amérique n'est pas tout à fait perdue.


Photo extraite du film "Another Happy Day".

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