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Énergie partagée investissement, un ovni financier à plus d’un titre

L’AMF a accordé son agrément à un fonds d’investissement hors norme : Énergie partagée investissement est le premier fonds français dédié aux projets écologiques et citoyens. Un fonds qui a aussi une structure très particulière...

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Le visa n°11-417 de l’Autorité française des marchés financiers (AMF) fait figure d’ovni. Il a été delivré le 19 septembre à Energie partagée investissement (EPI), un fonds d’investissement spécialisé dans les énergies renouvelables et qui se veut aux antipodes du monde réputé sans foi ni loi de l’argent roi. C’est le premier fonds privé en France à surfer sur la vague de l’économie solidaire et de l’écolologie.

L’agrément obtenu auprès de l’AMF permet à Energie partagée investissement - qui existe depuis fin 2008 - de fonctionner à 100% comme un fonds d’investissement traditionnel et notamment de demander à tout un chacun de mettre de l’argent au pot. Auparavant, cette structure ne disposait que de son capital de départ, soit 1 million d’euros. “Nous espérons lever 3 millions d’euros auprès du public d’ici à septembre 2012”, explique à France 24.com, Jean-Pierre Savin, l'un des gestionnaires d'Energie Partagée Investissement.

C’est la manière dont EPI récolte l’argent et l’investit qui fait sa différence. “Nous n’accepterons pas l’argent des grands groupes et cherchons essentiellement les contributions de citoyens ou de petites structures qui veulent s’investir dans des projets locaux”, affirme Jean-Pierre Savin. Les fonds récoltés servent ensuite uniquement à financer des initiatives locales dans le domaine des énergies renouvelables. Actuellement, EPI soutient trois projets qui portent sur la photovoltaïque et cherche à se diversifier dans l’éolien.

Pas la caverne d’Ali Baba

“Ce qui nous distingue, c’est que les investisseurs doivent se montrer patients”, souligne Jean-Pierre Savin. L’argent placé dans EPI ne fera pas rapidement des petits comme c’est le cas dans la plupart des fonds d’investissement. Energie partagée investissement promet un rendement annuel d’environ 4% à condition de s’engager pour 10 ans au moins, quand d'autres promettent des 7 à 10% par an. Et encore, Jean-Pierre Savin prévient qu’aucun dividende ne sera payé les premières années. En fait, c’est au bout des 10 ans, lorsque l’investisseur réclamera son dû, qu’il touchera une plus value qui correspond à environ 4% par an.

Une perspective qui risque de ne pas faire saliver beaucoup d’investisseurs potentiels. Jean-Pierre Savin reconnaît que son fonds n’a rien d’une caverne d’Ali Baba. “C’est parce que nous portons un projet de société qui consiste à promouvoir l’idée que l’argent n’est qu’une monnaie d’échange”, assure ce membre fondateur.  “On n’attire pas les gens uniquement avec des beaux discours”, ajoute-t-il, conscient qu'il n'est pas facile de concilier idéaux et monde financier.

Outre son activité et sa philosophie qui détonne dans le monde de la finance, EPI a aussi une structure originale, dont la composition peut surprendre. Certes, les associations “amies” qui soutiennent l’initiative sont toutes issues de la mouvance écolo et solidaire, comme le fournisseur d’énergie verte Enercoop, mais ce fonds doit aussi beaucoup à la banque NEF (Nouvelle économie fraternelle).

L’ombre de l’anthroposophie

“C’est un peu le bras bancaire d’Energie partagée investissement, celui qui s'y connait en argent quand les autres partenaires sont spécialisés dans les énergies renouvelables”, reconnaît Jean-Pierre Savin, par ailleurs directeur de NEF Gestion, la filiale spécialisée dans l’ingénierie financière de cette banque qui se qualifie de spécialiste de l’épargne citoyenne. La NEF existe depuis 1988 et est reconnue par la Banque de France. Mais elle attire vraiment l’attention du public lorsque son nom apparaît en 1999 dans le rapport parlementaire sur les sectes et l’argent. Elle est alors désignée comme le principal outil financier de la Société anthroposophique de France, qualifiée par le rapporteur de l’époque, Jacques Guyard, de mouvement sectaire.

Depuis cette époque, l’anthroposophie - une philosophie de développement spirituel teintée de religiosité - a disparu des rapports officiels sur les mouvements sectaires. Le député PS Jacques Guyard avait, par ailleurs, été condamné en 2000 pour l’avoir qualifié de secte avant d’être relaxé par la cour d’appel qui a néanmoins reconnu que les propos pouvait être jugés “diffamatoires”. La même cour d’appel rappelait dans le même jugement qu’en 1997 un rapport parlementaire belge avait conclu que l’anthroposophie pouvait mener à des dérives sectaires.

Aujourd’hui, les avis sont partagés parmi les spécialistes. Jointe par France 24.com, une association de lutte contre les sectes, juge que c’est un mouvement au sujet duquel “il faut être vigilant” au même titre que d'autres mouvements.

“C’est vrai que l’amalgame effectué dans le rapport de 1999 nous a fait beaucoup de mal et était très humiliant”, se rappelle Jean-Pierre Savin qui assure n’avoir aucun lien avec la Société anthroposophique. Il reconnaît que des membres de ce mouvement ont contribué à fonder la NEF qui a entre autre aidé à financer certaines initiatives de la Société anthroposophique, notamment dans le domaine de l’agriculture biologique et de l’éducation (l’anthroposophie a mis en place un réseau d’écoles alternatives baptisées écoles Steiner). Mais “ni la NEF ni l’EPI ne promeuvent ou s’inspirent de la philosophie d’un mouvement quelconque”, assure Jean-Pierre Savin.

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