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Afrique

"Après 42 années d’exil, je peux enfin aspirer à la démocratie"

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 21/10/2011

Trois jours avant l'élection de l'Assemblée constituante en Tunisie, environ 600 000 Tunisiens de France sont appelés aux urnes jusqu'à samedi. "Émus" de pouvoir voter, souvent pour la première fois, ils affluent dans les bureaux de vote.

Rue de Lübeck, XVIe arrondissement de Paris. Une file interminable de Tunisiens qui attendent devant le consulat se prolonge jusque dans la rue de Longchamp. Certains arborent le drapeau national sur leurs épaules, d’autres ont dans la main leurs papiers d’identité. Tous affichent un large sourire. "C’est une journée historique, s’écrie l’un d’eux. On vient voter pour la liberté !"

Trois jours avant la date retenue pour l'élection de l'Assemblée constituante en Tunisie, les quelque 600 000 Tunisiens de France - la plus grosse communauté tunisienne à l'étranger - sont appelés aux urnes à partir de ce jeudi pour élire 10 des 217 représentants de la future Assemblée, neuf mois après la chute du président Zine el-Abidine Ben Ali, resté au pouvoir pendant 24 ans (1987-2011).

À l'intérieur du consulat, le flux des électeurs ne se résorbe pas. Dans le bureau de vote numéro 5, Rania Khefifi, 24 ans, prend son mal en patience en attendant son tour. "Je ne suis pas pressée, je vais voter pour la première fois de ma vie !", s’exclame la jeune femme, née l’année de l’arrivée au pouvoir de Ben Ali. Arrivée devant la responsable du bureau de vote, elle présente sa carte consulaire, trempe son index gauche dans un encrier et glisse dans l’urne la feuille A4 pliée en quatre sur laquelle elle a coché la case du parti de son choix. "Voter aujourd’hui, c’est montrer que j’existe !", dit-elle en sortant du bureau de vote.

Abderrazak Bouazizi, ému de voter après 45 ans d'exil.

Émotion

Quelques minutes plus tard, Abderrazak Bouazizi, 72 ans, ne peut retenir ses larmes en sortant de l’isoloir. "Ça y est, on y est arrivé ! Après 42 années d’exil, je peux enfin aspirer à la démocratie, à la paix…, s’émeut-il. C’est une victoire pour notre peuple !" Le président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), Kamel Benjoubi, ne cache pas non plus son émotion. "C’est une vengeance pour la démocratie, commente-t-il entouré d’une horde de journalistes. Je suis fier que tant de Tunisiens se rendent au consulat pour voter. Je n’en ai jamais douté, ajoute-t-il en sortant de l'isoloir. La participation sera élevée. Je misais sur 60% mais à voir cet afflux de gens, ce sera peut-être plus…"

Les électeurs, dont certains sont arrivés deux heures avant l'ouverture des bureaux de vote pour exercer leur droit civique, continuent d’affluer par centaines. Chacun leur tour, ils présentent leurs papiers d’identité. Mais certains se heurtent au protocole électoral. "Monsieur, je suis désolée, vous ne vous êtes pas préinscrit, vous ne pouvez donc pas voter au consulat. Seuls les Tunisiens de l’étranger préinscrits peuvent le faire", explique à un électeur Lamia Allal, coordinatrice au sein de la branche régionale de l’Isie. Quelque 300 000 Tunisiens de France ont fait cette démarche. Ceux qui ne sont pas dans ce cas-là doivent, en fonction de l’ordre alphabétique de leur nom de famille, aller sur Internet pour connaître le lieu de leur bureau de vote.

Une électrice qui a voté

Quelques ratés

Certains électeurs, quant à eux, s’énervent quand, après avoir fait la queue pendant des heures, ils se trouvent réorientés vers un bureau de vote à l’autre bout de Paris - il y en a cinq dans la capitale. "Il existe quelques ratés car on a été surpris par le nombre d’électeurs, explique Lamia Allal, qui avoue n’avoir pas encore eu le temps d’aller voter. Il va falloir faire quelques ajustements." L’heure de fermeture des bureaux de vote, prévue théoriquement à 19 heures, devait notamment être repoussée.

Redirigé vers l’ambassade de Tunisie à Paris, Ben Chaabame Sadok, 50 ans, prend lui la nouvelle avec philosophie. "Ce n’est pas grave, lance-t-il. Il paraît qu’il y a beaucoup moins de monde qu’ici…" Il se rendra dans le VIIe arrondissement pour voter. "Un devoir", selon lui.

"État laïc"

Intentions de vote à l'élection du 23 octobre

Ennahda : 25%

PDP : 16%

FDTL : 14%

CPR (Congrès pour la République, parti de centre gauche allié à Ennahda): 8%

Afek Tounes : 3%

PDM : 2%

Autres partis (106 autres formations participent à l'élection) : 32%

Sondage réalisé en septembre par l'Observatoire tunisien de la transition démocratique.

Pour consulter le détail du sondage, cliquez ici.

Toutefois, il regrette une chose dans cette élection : le manque de lisibilité entre les 1500 listes et 11 000 candidats. "II y a plus de 110 partis, certains portent de jolis noms, mais cela ne veut pas dire pour autant que leur programme ait un contenu intéressant". Et de poursuivre : "Moi, je veux la liberté, et je plaide pour un État laïc. La religion n’a rien à voir avec la politique". S’il préfère ne pas dire pour qui il va voter, il ne cache pas qu’il ne votera pas Ennahda, le parti islamiste durement réprimé sous le régime de Ben Ali, donné favori du scrutin. "Ma sœur vit à Tunis, elle conduit, elle vit normalement, je ne veux pas qu’on lui enlève sa liberté".

À Paris, son avis est partagé par nombre d’électeurs, à l’image de Mohammed Hanrouni, 28 ans. "Mon choix se porte vers la liberté et la démocratie. Mais pas la religion. Elle n’a rien à faire dans le cadre de la politique", insiste-t-il.

Le dépouillement des bulletins aura lieu samedi, en France, mais les résultats ne seront annoncés qu'après la clôture du vote en Tunisie. La Constituante à laquelle ils donneront naissance aura pour tâche, elle, de désigner un exécutif provisoire et de rédiger une nouvelle Constitution. "Les élections, ce ne sont qu’un premier pas vers la démocratie que l’on se réapproprie pas à pas", conclut Kamel Benjoubi.

Première publication : 20/10/2011

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