GRÈCE

Le nouveau gouvernement accueilli avec soulagement et... méfiance

La formation d'un nouveau gouvernement grec sans consultation populaire et qui compte des membres du parti d'extrême droite en son sein ne laisse pas d'inquiéter certains observateurs, qui redoutent un glissement anti-démocratique.

Publicité

Il prend la tête d’un pays à la dérive… et d’un nouveau gouvernement de transition censé tenir jusqu’aux élections anticipées du 19 février 2012. Lucas Papadémos, le nouvel homme fort d’Athènes, arrivé le 10 novembre à la rescousse d’un pays au bord du précipice, ne devrait pas chômer.

Pressé par Bruxelles et le Fonds monétaire international (FMI) de ramener le plus rapidement possible son pays, dont l'endettement atteint 162 % du PIB, à une stabilité économique, le nouveau Premier ministre devra également s’atteler à un autre défi : faire fonctionner une nouvelle équipe ministérielle aux multiples sensibilités politiques. Après de longues journées de tractations entre les différents partis, un nouveau gouvernement d’union nationale a finalement vu le jour le 11 novembre. Fait inédit, les ténors socialistes du Pasok ne devront pas seulement partager le pouvoir avec les conservateurs de la Nouvelle démocratie (ND) mais aussi avec… les membres de l'Alerte populaire orthodoxe (Laos), l'unique parti d’extrême droite du pays.

it
"Le Laos est un parti assez marginal"

"Ratisser large"

Si cette mixité politique est une simple "stratégie politique" visant à "s’attirer un large soutien au Parlement et à mener à bien le plan de sauvetage élaboré à Bruxelles le 27 octobre dernier", selon Alexia Kefalas, la correspondante de FRANCE 24 à Athènes, cette alliance de partis n’en reste pas moins étonnante.

D’une part, parce que la participation du Laos, un parti au discours xénophobe, est un fait inédit depuis 1974 et la fin de la dictature des colonels. "Lucas Papadémos les remet sur les devants de la scène et leur donne donc énormément d’importance", affirme Alexia Kefalas. D’autre part, parce que ses 16 députés [sur 300] avaient tous voté contre les mesures d’austérité du précédent gouvernement Papandréou ! L’entrée de quatre de leurs cadres - dont Makis Voridis nommé ministre des Transports, et Adonis Georgiadis nommé secrétaire d’État au Développement et à la Marine marchande - est donc une vraie surprise.

Une surprise au goût amer... Si nombre de Grecs se disent, évidemment, soulagés par la formation d’un nouveau gouvernement destiné à mettre fin aux tourments politiques de ces dernières semaines, beaucoup s’inquiètent du retour aux affaires des populistes. "J’ai parlé à de nombreux Grecs qui ont été très étonnés de voir plusieurs membres de l’extrême droite arriver au gouvernement, précise Alexia Kefalas. Ils se disent très surpris de voir un parti populiste légitimer de la sorte."

"Une farce démocratique"

L’inquiétude ne tourne pas exclusivement autour de cette alliance contre nature, mais également autour de la formation d'un exécutif sans légitimité des urnes. Stathis Kouvélakis, professeur de philosophie politique au King’s College, à Londres, dénonce pour sa part une dérive démocratique. "Ce à quoi nous assistons est une farce démocratique […] Une soumission de la Grèce au diktat des puissances européennes, a-t-il déclaré à l'antenne de FRANCE 24. Lucas Papadémos n’a aucune légitimité démocratique, il est arrivé à son poste sans mandat populaire, sans l'accord du peuple."

Les gouvernements de l’Union européenne (UE) et les institutions internationales n'ont pas ces états d'âme. "Je me réjouis de la nomination du Premier ministre Lucas Papadémos que je connais bien et avec lequel nous allons pouvoir faire redémarrer l'économie du pays", a expliqué la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, tandis que la chancelière allemande, Angela Merkel, dans un télégramme de félicitations, a assuré le nouveau chef du gouvernement grec du "soutien" de Berlin.

Reste à savoir si cette nouvelle équipe résistera à l’épreuve du temps et au prochain scrutin. La perspective d’élections anticipées pourrait en effet mettre en lumière les failles de cette coalition de circonstance et conduire certains partis à prendre leurs distances avec ces impopulaires mesures d’austérité. Des craintes que partagent l'UE et le FMI, créanciers du pays. Tous deux redoutent que le chemin de la normalisation de la vie politique grecque soit encore très long.

 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine