DIPLOMATIE

La Ligue arabe exclut la Syrie de ses activités

En réunion extraordinaire au Caire (Égypte), la Ligue arabe a suspendu la Syrie de ses activités et réclame des sanctions à l'encontre de Damas, en raison de la répression qui a fait, selon l'ONU, plus de 3 500 morts depuis la mi-mars.

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AFP - La Ligue arabe a accédé samedi à la demande des opposants au régime de Bachar al-Assad en suspendant la Syrie et en la menaçant de sanctions, un camouflet sévère pour Damas motivé par son refus d'appliquer comme promis le plan arabe de sortie de crise.

Dix-huit des 22 membres de la Ligue ont voté en faveur de la "suspension de l'adhésion de la Syrie à toutes ses réunions" à compter du 16 novembre et ce "jusqu'à l'application dans sa totalité du plan arabe de sortie de crise accepté par Damas le 2 novembre".

Cette décision a été annoncée par le chef de la diplomatie du Qatar, Hamad ben Jassem al-Thani, à l'issue d'une réunion ministérielle au siège de l'institution au Caire.

Avant la Syrie, la Libye, également touchée par la vague des révoltes du "Printemps arabe", avait été suspendue le 22 février des travaux de la Ligue.

La Ligue a en outre invité tous les courants de l'opposition à "se mettre d'accord sur un projet commun pour la gestion de la transition" en Syrie, a ajouté le responsable qatari devant la presse. Il a précisé que la Ligue arabe souhaitait les rencontrer sous trois jours au Caire à ce sujet.

La Ligue prône également des "sanctions politiques et économiques" contre le pouvoir syrien s'il continue à ignorer le plan de règlement arabe, a précisé  M. Thani, sans donner plus de précisions sur ces mesures. Si Damas persiste à faire fi des avertissements arabes, la Ligue pourrait en outre faire appel aux Nations unies, a prévenu l'institution.

La suspension de la Syrie est "illégale et contraire au traité" de l'organisation panarabe, a aussitôt répliqué l'ambassadeur syrien auprès de la Ligue arabe Youssef Ahmad.

C'est une décision qui "met fin à l'action arabe commune et prouve que l'administration (de la Ligue) suit un programme édicté par les Américains et les Occidentaux", a affirmé M. Ahmad, qui a assuré que Damas "mettait en oeuvre tous les points" du plan arabe de sortie de crise et allait continuer de le faire.

Damas avait dit accepter le 2 novembre un plan arabe prévoyant la fin des violences, la libération des détenus, le retrait de l'armée des villes et la libre circulation des médias, avant l'ouverture d'un dialogue national.

Les mesures votées samedi, auxquelles trois pays -la Syrie, le Liban et le Yémen- se sont opposés, prévoient également "le retrait des ambassadeurs arabes à Damas" tout en précisant que la décision finale relève de la souveraineté de chaque Etat membre.

Dans un communiqué, le Conseil national syrien, qui regroupe la majorité de l'opposition syrienne, s'est félicité de la décision arabe, la qualifiant de "pas dans la bonne direction". Les militants pro-démocratie avaient appelé vendredi les Syriens à défiler pour réclamer "le gel de l'adhésion de la Syrie à la Ligue arabe".

Le président américain Barack Obama a "applaudi" les décisions de la Ligue arabe, tout comme la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, selon qui elles "montrent l'isolement croissant du régime syrien".

"Maintenant que la Ligue arabe a lancé une action décisive, il est temps que le Conseil de sécurité de l'ONU saute enfin le pas et exprime une véritable réponse internationale à la crise humanitaire en Syrie", a de son côté estimé Amnesty international.

Par ailleurs, la télévision publique syrienne a montré des images de dizaines de personnes défilant devant l'ambassade du Qatar à Damas pour protester contre la décision de la Ligue arabe, en criant des slogans favorables au président syrien Bachar al-Assad.

Sur le terrain, la répression de la révolte populaire, qui a fait selon l'ONU plus de 3.500 morts depuis la mi-mars, n'a pas faibli, faisant notamment plus de 120 morts en dix jours dans la seule région de Homs, un des foyers de la contestation dans le centre du pays.

Samedi, six civils et neuf agents de sécurité ont été tués dans le cadre d'opérations de répression et d'affrontements entre soldats et déserteurs à travers le pays, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le régime, qui ne reconnaît pas l'ampleur de la contestation, affirme lutter contre des "gangs terroristes" qu'il accuse de chercher à semer le chaos en Syrie.
            

 

 

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