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Depuis La Haye, Jean-Pierre Bemba continue d'influencer la politique congolaise

Emprisonné à La Haye, Jean-Pierre Bemba, arrivé au second tour de la présidentielle de 2006, ne peut pas se présenter à la présidentielle du 28 novembre prochain. Mais, depuis sa cellule, il continue d'influencer la vie politique congolaise.

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Jean-Pierre Bemba pensait sortir à temps des geôles de la Cour pénale internationale (CPI) - où il est poursuivi pour crimes de guerre et crime contre l’humanité (voir encadré) - pour se porter candidat à la présidentielle de la République démocratique du Congo (RDC), le 28 novembre prochain. Mais à l’heure des derniers meetings de campagne, l’ex-rival du chef de l'État congolais, Joseph Kabila, lors de la présidentielle de 2006, attend toujours son jugement depuis sa cellule de La Haye.

Jean-Pierre Bemba devant les juges de la Cour pénale internationale
Jean-Pierre Bemba devant les juges de la Cour pénale internationale

Jean-Pierre Bemba, absent des listes électorales, garde pourtant une influence importante sur la vie politique nationale, en continuant notamment de tenir les rênes du Mouvement de libération du Congo (MLC). Parfois même à l’encontre de toute logique politique : pourtant considéré comme la troisième force politique du pays après le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Joseph Kabila et l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d’Étienne Tshisekedi, le MLC ne présente aucun candidat au scrutin du 28 novembre.

"Bemba ne veut pas que quelqu’un se présente à sa place, décrypte Pierre Jacquemot, ancien ambassadeur de France en RDC et spécialiste du pays à l’Institut français des relations internationales (IRIS). C’est une question d’ego. Il dit en substance : ‘le MLC n’existera pas sans moi.’ Personne ne comprend quelle est la stratégie de Bemba." L’ex-secrétaire général du parti et ex-dauphin désigné de Bemba, François Muamba, a même été suspendu pour avoir lorgné le siège du n°1 du parti et envisagé de se porter candidat à la présidentielle.

"Sans Bemba, le MLC n’existe pas"

Car le MLC, créé en 1998 en réaction à l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir, représente une force politique majeure. Le parti pourrait même être capable de faire basculer la présidentielle. Principal rival de Joseph Kabila en 2006, Bemba, sous la bannière du MLC, avait obtenu 42 % des voix au second tour, recueillant même plus de 70 % des suffrages à Kinshasa, la capitale.

A cinq jours du scrutin, Jean-Pierre Bemba n’a donné aucune consigne de vote à ses partisans. Son ancien lieutenant et directeur de cabinet, Fidèle Babala, n’a pas souhaité répondre à nos questions, et le représentant du MLC au Benelux, Jean-Jacques Mbougani, n’a pas donné suite à nos sollicitations. Or, "l’appui de Bemba à l’un ou l’autre des candidats pourrait être décisif, car les résultats risquent d’être très serrés", poursuit Pierre Jacquemot. "Pour le moment, après un travail diplomatique effectué province par province, on évalue les résultats à environ 35% des voix pour Joseph Kabila, 35% pour Étienne Tshisekedi. Il suffirait de 2 ou 3% pour faire basculer l’élection d’un côté ou de l’autre", prédit le diplomate.

Selon toute vraisemblance, Jean-Pierre Bemba ne devrait pas appeler à voter pour Joseph Kabila, son ennemi juré. En 2006, lors de l’entre-deux tours - la présidentielle ne se déroule plus qu’en un seul tour, à la suite d’une réforme de la Constitution, en janvier dernier -, de violents heurts avaient éclaté dans les rues de Kinshasa entre partisans des deux camps. La garde personnelle de Bemba et les forces officielles de RDC s’étaient en outre affrontées à l’arme lourde une première fois en août 2006, puis une deuxième fois quelques mois plus tard, tuant plusieurs centaines de personnes selon l’ONU. Finalement, en avril 2007, Bemba avait été contraint de quitter la RDC, sous escorte de l’ONU, pour se réfugier au Portugal. Dans une interview accordée à l’AFP en mars 2008, il dénonçait "l’installation d’une dictature" dans le pays par son rival Joseph Kabila.

Bemba fait durer le suspense

Reste à savoir à qui, dans l’opposition, Bemba accordera son appui. Depuis plusieurs mois, les figures de l’opposition congolaise se succèdent à La Haye pour obtenir le soutien du leader du MLC. Selon l'entourage de Bemba interrogé par Jeune Afrique mi-octobre, les discussions avec Tshisekedi achopperaient sur plusieurs points, alors que celles qu'il a engagées avec Vital Kamerhe, dynamique candidat de l'Union pour la nation congolaise (UNC), seraient "plus fluides".

"Bemba est très courtisé, affirme Pierre Jacquemot. Parce que les voix de ses partisans sont précieuses, mais aussi parce que face aux moyens déployés par Kabila pendant sa campagne, les candidats d’opposition ont eu besoin d’argent, et Bemba est riche." Le président du MLC fait durer le suspens, mais, selon plusieurs de ses proches cités par les médias néerlandais, il aurait plaidé pour un rapprochement entre les diverses forces de l’opposition. Ce qu’a tenté en vain Etienne Tshisekedi ces derniers mois.

En Belgique, ex-puissance coloniale, les partisans de Bemba semblent d’ailleurs prêts à lui accorder leur soutien, comme l’a constaté Colette Braeckman, journaliste spécialiste de la RDC au quotidien Le Soir. "Le parti de Bemba est divisé. Notre leader se trouve en prison, retenu par la Cour pénale internationale…Ceux qui souhaitent voter utile et faire partir Kabila conseillent donc de rassembler toutes les voix sur le nom de Tshisekedi…", résume-t-elle, citant une Congolaise de Belgique sur son blog.

Opposant historique à l’ancien dictateur Mobutu, Etienne Tshisekedi, 78 ans, abat probablement sa dernière carte politique à l'occasion de la présidentielle du 28 novembre. La santé vacillante de l’homme n’entame en rien sa verve et son ambition. Le 6 novembre dernier, il s’est auto-proclamé président, lors d’une interview accordée à la télévision d’opposition Radio Lisanga TV, depuis l’Afrique du Sud. Cette déclaration et ses appels à libérer les prisonniers politiques par la violence laissent présager le pire pour l’après-élection. "Aucun des candidats ne devrait obtenir la majorité absolue, car l’élection ne se déroule qu’à un seul tour, affirme Pierre Jacquemot. La légitimité du candidat en tête sera attaquable. Et le score devrait être très serré entre Kabila et Tshisekedi. A mon avis, aucun des deux n’acceptera la défaite. Je crains que cela ne ravive les tensions dans certaines zones…"

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