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"La construction d'un État ne s'improvise pas"

Le départ des troupes américaines le week-end dernier a précipité la crise politique qui plonge l'Irak dans un climat de défiance et d'instabilité. Un bras de fer oppose le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki au parti sunnite Iraqiya.

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Quand les Irakiens se sont réveillés dimanche dernier, les dernières troupes américaines avaient passé la frontière du Koweït, laissant derrière elles, après huit ans d’occupation, un pays en proie aux violences et aux imbroglios politiques. Il n’aura pas fallu longtemps pour que la crise politique, latente depuis des années, s’aggrave encore un peu plus.

"Le départ des Américains provoque une rupture profonde qui ne peut que modifier la donne politique, analyse Hosham Dawod, anthropologue au CNRS, spécialiste de l’Irak. Même s’il reste toujours 15 000 Américains sur le sol irakien – paramilitaires, civils, diplomates, forces spéciales déguisées... – les acteurs locaux en ont déduit un vide politique, d’où une précipitation qui conduit à cette crise apparente."
 
En effet, le torchon brûle entre sunnites et chiites. Lundi, un comité judiciaire a émis un mandat d’arrêt à l’encontre de Tarek al-Hachémi, le vice-président sunnite, soupçonné d’activités terroristes par la majorité chiite après l’explosion d’une bombe sur le parking du Parlement, le mois dernier. Samedi, trois de ses gardes du corps avaient déjà été arrêtés, accusés d’avoir planifié et commis des attentats, avec le soutien du vice-président.
 
Climat de défiance
 
Cet épisode ne fait que renforcer le bras de fer qui oppose le Premier ministre Nouri al-Maliki au parti Iraqiya, auquel al-Hachémi appartient. Avec 82 députés, Iraqiya est le second groupe parlementaire derrière l'Alliance nationale, coalition des partis religieux chiites dont fait partie Maliki. Lors des élections législatives de 2009, Iraqiya a récolté les voix sunnites. Mais après avoir boycotté les différents scrutins, le bloc veut désormais jouer un rôle dans le gouvernement, dont il se sent exclu par Maliki.  
 
Les parlementaires sunnites se disent victimes d’un climat de suspicion et de répression. En réponse à ce qu’il qualifie "d’abus de pouvoir", Iyad Allaoui, ancien Premier ministre et chef du bloc Iraqiya, a annoncé samedi que son groupe de députés suspendait sa participation aux travaux du Parlement. Les différents partis d’Iraqiya dénoncent la "politisation de la justice, l’exercice solitaire du pouvoir et la violation de la loi". Il accuse également Maliki d’avoir placé des chars devant le siège d’Iraqiya, un secteur très protégé de Bagdad.
 
En réaction, le Premier ministre Nouri al-Maliki a demandé lundi au Parlement de retirer sa confiance au vice-Premier ministre Saleh Moutlak, sunnite accusé d’appartenir au parti Baas, ancien parti de Saddam Hussein aujourd’hui interdit en Irak. Dans un violent réquisitoire à la télévision, Saleh Moutlak avait traité le Premier ministre de "dictateur pire que Saddam Hussein".
 
Risque de morcellement
 
Au lendemain du retrait des troupes américaines, les sunnites craignent de faire l’objet de la répression de la majorité chiite. S’estimant lésés, les sunnites, qui étaient autrefois favorables à un état centralisé, penchent aujourd’hui pour une plus grande autonomie des régions.
 
"Presque neuf ans après la chute de Saddam, les sunnites estiment aujourd’hui que l’Irak doit se reconstruire sur de nouvelles bases confessionnelles et régionales. Ils adoptent désormais une logique rassembleuse inter-sunnites en quête d’une alliance éventuelle avec les kurdes pour rééquilibrer le rapport de force avec les chiites", explique Dawod.
 
Trois provinces à majorité sunnites – Salaheddine, Ninive et Al-Anbar, et probablement bientôt Mossoul – réclament une plus grande autonomie, sur le modèle du Kurdistan irakien, dans le nord du pays. Elles voudraient organiser un référendum et obtenir plus de fédéralisme. Une option que refuse Nouri al-Maliki qui craint un morcellement du pays.
 
"Pourquoi un peuple éclate-t-il quand il doit se réunir ? Pour mettre en œuvre une politique au-dessus des confessionnalismes, il faut une dynamique rassembleuse", poursuit le chercheur qui ne peut que constater les dissensions latentes qui freinent toute politique de cohésion.
 
Instabilité latente
 
Bien que qualifiées de marginales par d’autres groupes parlementaires, les divisions politiques entre Maliki et Iraqiya peuvent mettre en péril la stabilité de l’Etat et "allumer le feu de la division au moment où s’achève l’occupation américaine", s’alarme de son côté le chef du bloc sadriste.
 
En effet, l’instabilité est latente dans ce pays qui n’a plus de ministre de l’intérieur depuis deux ans faute de compromis entre les partis politiques. Alors que les défis économiques et sociaux sont majeurs, les institutions restent faibles et corrompues.
 
"Les Américains ont laissé un pays qui se cherche, désuni, avec un conflit aigüe de pouvoir, un état quasi-inexistant, et le tout dans une région enflammée. La présence américaine a évité des crises majeures. S’adapter à cette nouvelle donne demandera du temps, la construction d’un Etat, d’une nation et de sens commun ne s’improvisent pas", conclut Hosham Dawod. 
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