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Génocide arménien : la proposition de loi examinée jeudi en France

La tension monte entre Ankara et Paris, qui s’apprête à examiner une proposition de loi pénalisant la négation des génocides. La Turquie dénonce un calcul électoral et brandit des menaces diplomatiques.

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L'Assemblée nationale française doit examiner jeudi 22 décembre une proposition de loi pénalisant la négation d’un génocide reconnu par la loi. Cette loi engloberait donc le massacre des Arméniens en 1915, qui a été reconnu par la France en 2001.

La Turquie a vivement réagi à l’examen d’un tel texte, prévenant Paris de  "conséquences graves (et) irréparables" sur les relations entre les deux pays en cas de vote. Le président turc Abdullah Gül a évoqué une loi "inacceptable". Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a, pour sa part, invité ceux qui veulent étudier un génocide à "retourner sur leur passé et se pencher sur leur propre histoire, sale et sanglante".

Le gouvernement turc dénonce une stratégie de l’UMP pour s’attirer les faveurs de la diaspora arménienne, estimée à environ 400 000 personnes en France, à quelques mois du scrutin présidentiel de 2012.

Les relations diplomatiques entre Paris et Ankara avaient déjà été sujettes à un coup de froid début octobre, lorsque Nicolas Sarkozy avait donné quelques mois aux Turcs pour reconnaître le génocide arménien, menaçant de légiférer sur la question.

"Nuisible à la liberté d’expression"

Le porte-parole de l’ambassade de Turquie à Paris, Engin Solakoglu, relaie cette thèse. "C’est une tactique électorale, ce projet de loi n’a rien à voir avec l’histoire et ce n’est pas aux parlements d’inscrire l’histoire dans une loi de cette manière", explique-t-il à France 24. Et d'ajouter : "C’est nuisible à la liberté d’expression."

Un communiqué des diplômés du lycée et de l’université Galatasaray, en Turquie, publié mercredi dans "Le Figaro", partage ce point de vue.

"Nous estimons avec tous les hommes de bon sens qu’un corps politique doit laisser à des historiens objectifs l’examen d’événements historiques, exposent-ils. Avant de surenchérir :  "[Nous] craignons que, s’il aboutissait, un tel processus ne pourrait qu’avoir des conséquences difficilement remédiables et nuire durablement à l’amitié séculaire entre la Turquie et la France."

Selon les Arméniens, le génocide arménien a fait 1,5 million de morts pendant les dernières années de l’Empire ottoman. Une version que conteste Ankara, selon qui 500 000 personnes sont mortes, victimes des aléas de la Première Guerre mondiale.

Un calcul politique ?

En France, les Arméniens supportent massivement l’initiative du gouvernement. Selon eux, il est grand temps que le pays pénalise les personnes niant un crime reconnu par l’État français.

Claire Mouradian, spécialiste de l’Arménie au CNRS et elle-même descendante d’Arméniens ayant survécu au massacre de 1915, admet que cette question peut revêtir un enjeu politique. "Il n’empêche qu’elle est légitime, ajoute-t-elle. L’État turc d’après-guerre a été largement construit à partir de la richesse et des biens expropriés à des Arméniens aisés, tôt ou tard le gouvernement devra l’admettre."

Pour Claire Mouradian, l’argument de la libre d’expression brandi par Ankara est par ailleurs irrecevable. "Si la Turquie était une grande démocratie, qui permettait une authentique liberté d’expression, alors leur appel à un retrait du projet de loi français aurait une plus grande portée morale", avance-t-elle.

Vartan Kaprielian, directeur de AYP FM, la radio arménienne d’Île-de-France, abonde en son sens. Il explique notamment que, malgré de récentes réformes, "l’article 301 du code pénal turc, rendant illégal le fait d’insulter la Turquie, est un moyen de réprimer cette liberté".

"Tous les membres du gouvernement turc savent que les meurtres commis en 1915 étaient criminels, mais leurs ancêtres sont impliqués et ce n’est pas dans leur intérêt de le reconnaître", poursuit-il.

Selon lui, la question du génocide arménien fait resurgir le côté sombre de l’État moderne turc, fondé en 1923 par Mustafa Kemal Ataturk. "Le débat, ce n’est pas la France ou l’Arménie. La vraie question est celle de l’identité turque."

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