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La visite des observateurs de la Ligue arabe à Homs n'enraye pas la répression

Une cinquantaine d’experts civils et militaires de la Ligue arabe sont à Homs, bastion de la révolte contre le régime syrien. La répression meurtrière que subissent les protestataires a fait une quinzaine de nouvelles victimes mardi.

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Au lendemain de la mort de plusieurs dizaines de manifestants à Homs, une cinquantaine d’observateurs de la Ligue arabe sont arrivés mardi 27 décembre dans la ville, bastion de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad. Leur objectif : vérifier que les autorités syriennes ont retiré leurs forces militaires des lieux de contestation, conformément à l’accord proposé par l’organisation panarabe. 

Le chef de la mission d’observation de la Ligue arabe, le général soudanais Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi, qui s’est lui aussi rendu à Homs, a fait part d’une "bonne coopération" de la part de Damas. Qualifiant la situation à Homs de "rassurante", il a annoncé le déploiement dès mercredi soir d’observateurs dans les villes de Deraa, Idleb et Hama, trois fiefs de la contestation, ainsi que dans les alentours de Damas. 

Cependant, l’opposition et les organisations de défense des droits de l’Homme demeurent sceptiques quant aux intentions du régime syrien vis-à-vis des observateurs. 


Interrogée sur France Inter, la porte-parole du Conseil national de transition syrien (CNS), Basma Kodmani, a prévenu que les observateurs risquaient "d’être sujets à toutes sortes de manipulations". "On a retiré 40 0000 prisonniers d’une prison, raconte-t-elle. Ils ont été conduits à 5 kilomètres de là dans des casernes militaires et remplacés par des prisonniers fictifs qui ‘témoignent’ de ce qu’ils veulent auprès des observateurs. Il y a des familles, des hommes, des femmes, qui prennent les armes et qui s’organisent pour donner l'impression d'être des bandes armées, comme ne cesse de le raconter le pouvoir."

Maquiller les traces de la répression

Des accusations partiellement confirmées mercredi par l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch. "Les autorités syriennes ont transféré selon toute probabilité des centaines de détenus vers des sites militaires interdits aux observateurs de la Ligue arabe qui sont arrivés dans le pays", a déclaré l’organisation dans un communiqué. Selon Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch, "le gouvernement syrien a montré qu'il ne reculera devant rien pour entraver la surveillance indépendante de la répression qu’il exerce". 

Une analyse que partage Matthieu Mabin, spécialiste de politique internationale à FRANCE 24, pour qui les observateurs sont "promenés" par les autorités syriennes. "On imagine bien que le régime syrien ne va pas leur servir sur un plateau les preuves des exactions qu'il a commises au cours des derniers mois", estime-t-il. 

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) dénonce lui aussi les risques de manipulation du pouvoir pour maquiller les traces de la répression. Selon lui, "les forces de Damas ont changé les poteaux indicateurs des noms de lieux" afin d’induire les observateurs en erreur. 

Juste avant l’arrivée des observateurs à Homs, des opposants ont signalé le retrait d’une dizaine de chars de Baba Amr, l’un des quartiers de la ville les plus durement frappés par la répression, mais d’autres blindés sont restés embusqués sur place. 

"Ma maison se trouve à l’entrée est de Baba Amr. J’ai vu ce matin au moins six chars quitter le quartier vers 8 heures ce matin", a déclaré un habitant à Reuters. Selon Rami Abdel Rahmane, président de l'OSDH, le repli des blindés n'est qu'une "ruse", les bombardements pouvant reprendre "en quelques minutes". 

Une première équipe d’observateurs était arrivée dès lundi à Homs mais était restée bloquée aux portes de la ville, selon le président du Conseil national de transition syrien, Burhan Ghalioun. Ce mardi en revanche, ceux-ci ont pu se rendre dans le quartier de Baba Amr sans pour autant s’y aventurer réellement. "Mais au moins, pour la première fois depuis des semaines, les habitants se sont sentis assez en sécurité pour sortir de chez eux et aller chercher de quoi se nourrir", assure Cham Daoud, coordinatrice du site d’opposition Souria Houria (Liberté Syrie en français) basé à Paris. 

Imposer le silence 

Avertis de l’arrivée des observateurs de la Ligue arabe par les opposants, des dizaines de milliers de personnes – 70 000 selon l’AFP – sont descendues dans les rues de Homs mardi pour dénoncer "les crimes du régime" et tenter de faire entendre leur voix aux envoyés de la Ligue arabe. Ils ont été dispersés à coup de gaz lacrymogène. Les forces de l’ordre ont également tiré sur la foule dans la rue menant à une grande place du centre-ville, tuant au moins une quinzaine de personnes. La veille, selon les militants, 34 civils avaient été tués par les forces de l’ordre. 

"La Syrie a utilisé la signature du protocole des observateurs pour accentuer la violence dans la répression et faire comprendre à la population syrienne qu’elle ne doit pas espérer de changement dans la société", affirmait Burham Ghalioun à l’AFP lundi. 

Pour Masri Feki, spécialiste de la géopolitique du Proche-Orient, les autorités syriennes garderont la main sur tout, décideront de ce qu’ils veulent montrer ou pas tant que l’ONU ne sera pas intervenu. "Le pouvoir syrien reste souverain sur ses terres. On sait très bien que les observateurs ne pourront pas constater ce qu’il se passe réellement. Cette mission de la Ligue arabe est une manœuvre purement et simplement diplomatique : la Ligue arabe veut prouver qu’elle joue un rôle important, qu’elle fait quelque chose. La Syrie, de son côté, veut prouver que toutes les images transmises aux médias étrangers sont fausses." 

Si, le 12 décembre, la Ligue arabe avait voté la suspension de la Syrie comme Etat membre, elle n’a en revanche toujours pas pris de décision concernant la présentation d’une résolution au Conseil de sécurité en vue d'une action de l'ONU.

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