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Dix ans après sa mise en circulation, l'euro suscite toujours la méfiance

Mise en circulation le 1er janvier 2002 avec l’espoir qu’elle accélère l’unification du Vieux Continent, la monnaie européenne est souvent accusée de tous les maux. La faute à la crise de la dette publique - mais pas seulement.

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Le 1er janvier 2002, les premiers billets frappés du sigle de l’euro sortaient de tous les distributeurs automatiques des douze pays européens constituant alors l’Union monétaire. Dans un même élan d’enthousiasme, la grande majorité des commentateurs économiques célébraient la mise en circulation d’une monnaie unique destinée, entre autres, à consolider la stabilité financière et la cohésion d’une nouvelle Europe. Utilisée depuis 1999 sur les marchés financiers, la devise se matérialisait - enfin ! - en espèces sonnantes et trébuchantes qui, comme l’écrivait le quotidien Libération le 3 janvier 2002, "mett[aient] un peu de chair sur cette entité lointaine et un peu plus de partage entre les Européens".

Las, dix ans après son arrivée dans les porte-monnaie de millions d’Européens, l’euro ne semble plus jouir des mêmes faveurs. De Lisbonne à Helsinki en passant par Amsterdam, nombreux sont les citoyens qui l’accusent d’avoir sérieusement rogné leur pouvoir d’achat ou, pis, d’être à l’origine de la crise financière qui agite actuellement les 17 pays de la zone euro.

"Handicap" pour les économies nationales ?

Selon un récent sondage Ipsos-Logica, 45 % des Français estiment que la monnaie unique constitue un handicap pour l’économie hexagonale, et 36 % souhaiteraient un retour du franc. En Allemagne, 60 % des citoyens jugent que l’entrée en vigueur de la devise "n’était pas une bonne idée" (sondage TNS Emnid). Quelque 70 % des Espagnols pensent pour leur part que l'euro ne leur a été en rien bénéfique, selon un sondage récent.

De leur côté, les pays de l’Union européenne (UE) censés intégrer à terme la zone euro rechignent de plus en plus à l'adopter. En République tchèque, près de 70 % de la population y est opposé (institut Sanep). Et près des trois quarts des Polonais refusent, quant à eux, d’abandonner le zloty, la monnaie nationale.

Un manque de gouvernance

Pourtant, "l’euro se porte très bien", affirme Olivier Ferrand, président et fondateur du think tank Terra Nova, proche du Patri socialiste. "Il a même apporté plus que ce qu’on attendait de lui : il a garanti une forte stabilité monétaire des changes ainsi que des taux d’intérêt bas en matière de financement de la dette. En clair, des pays comme la Grèce pouvaient emprunter au mêmes taux que ceux de l’Allemagne".

Pour de nombreux observateurs, la défiance accrue vis-à-vis de l’euro s’expliquerait davantage par le manque de gouvernance au sein de l’Union monétaire. "Ce qui est contesté n’est pas tant l’euro que l’application d’une politique monétaire commune dans des économies disparates, constate Stéphane Rozès, président de la société Conseils, analyses et perspectives (CAP). On a construit l’euro avec l’idée erronée que Bruxelles pouvait mener une politique monétaire commune, indépendamment d’une politique économique et sociale commune. La demande de protectionnisme se fait plus forte car les peuples ont le sentiment que l’Europe ne se protège pas."

Et la succession des crise économique, en 2008 puis 2011, n’a rien arrangé. "Il y a dix ans, on avait promis un euro protecteur. Or, depuis la chute de Lehman Brothers en 2008, il ne l’est plus du tout, pointe Benjamin Coriat, professeur d’économie à l’université Paris-XIII. La monnaie unique est même devenue l’instrument par lequel les citoyens sont quasi rançonnés, puisqu’on les contraint à payer pour sa stabilité et sa survie." Or, un nombre croissant de consommateurs européens ne semblent plus croire à la survie de l’euro : un sentiment renforcé depuis que la Grèce, agonisant sous le poids de sa dette publique, a menacé d’entrainer ses partenaires européens dans sa chute. En juin 2011, un sondage publié dans Le Figaro indiquait que plus de 37 % des Français pensaient que l’euro n’existerait plus dans dix ans…

Un bricolage "avec des moyens gigantesques"

Selon tous les spécialistes, l’accélération de l’intégration européenne constitue le seul remède au pessimisme ambiant. "Les marchés financiers se sont attaqués à la zone euro parce qu’elle souffre d’une défaillance institutionnelle. Aussi doit-elle se doter des mêmes instruments financiers dont disposent les autres grands pays", préconise Olivier Ferrand. Au centre des critiques : le rôle de la Banque centrale européenne (BCE) qui ne peut, conformément à ce que stipule le traité de Maastricht, prêter directement aux États en faisant marcher la planche à billets.

"Ce qui a présidé à la construction de l’euro risque de perdre l’euro, se désole Benjamin Coriat. Bruxelles bricole des trucs avec des moyens gigantesques, mais cela ne marche pas. Si la BCE ne joue pas son rôle de banque centrale, comme aux États-Unis et au Japon, la zone euro va exploser".

Reste à convaincre Berlin qui, vent debout, s’oppose fermement à étendre les prérogatives de la Banque centrale européenne, par crainte de voir l’inflation devenir hors contrôle. Pour Benjamin Coriat, ce sont les Allemands qui détiennent la solution du problème. "Ils sont face à un choix politique : soit ils conservent l’euro et acceptent d’en payer le prix, soit ils jouent seuls et font sauter l’Union monétaire." Étrange destin d’une monnaie censée renforcer l’unification d’une communauté, mais dont l’avenir demeure entre les mains d’un seul pays…

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