SYRIE

La mission des observateurs de la Ligue arabe sous le feu des critiques

Alors qu'en Syrie la répression se poursuit malgré la présence des observateurs de la Ligue arabe, une commission de l'organisation demande leur départ. Focus sur une mission qui fait l'objet de nombreuses critiques.

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"Davantage de personnes sont tuées [en Syrie depuis le 26 décembre, NDLR] y compris des enfants", s’est indigné dimanche 1er janvier Salem al-Diqbassi, le président koweïtien du Parlement arabe, une instance de la Ligue arabe (voir encadré). Faisant état de la poursuite de la répression malgré l'arrivée des observateurs arabes dans le pays la semaine dernière, il a appelé à leur retrait immédiat. Pour lui l’objectif de la mission n’a aucun sens si les massacres, qui constituent autant "de violations au protocole arabe" signé par le régime syrien, se poursuivent. "Cela revient à couvrir la poursuite des actes inhumains commis par le régime syrien sous les yeux de la Ligue arabe", a-t-il ajouté.

Le Parlement arabe

Créé en 2001 sur le modèle du Parlement européen, le Parlement arabe est l’une des instances de la Ligue arabe n'a qu'une visée consultative. Il est composé de 88 parlementaires venant des États-membres, nommés pour un mandat de cinq ans.

Selon les Comités locaux de coordination (LCC), qui organisent sur le terrain la contestation contre le pouvoir, au moins 315 civils, dont 24 enfants, ont été tués depuis l'arrivée des observateurs.

Ces déclarations interviennent alors qu’une nouvelle équipe d'enquêteurs mandatés par la Ligue est attendue à Damas jeudi, une dizaine de jours après un premier groupe de 50. Tous sont chargés de rendre compte de la situation en Syrie, conformément à un protocole accepté par le pouvoir syrien qui prévoit notamment l'arrêt des violences, le retrait de l'armée des villes et la libre circulation dans le pays des observateurs et de la presse.

Pour Khattar Abou Diab, politologue et enseignant à l’université Paris-Sud, cette prise de position du président du Parlement arabe, qui peut s'apparenter en premier lieu à un constat d’échec, est plutôt, en fait, un avertissement. "En demandant le retrait des observateurs, il s’agit d’une mise en garde transmise à la Ligue afin de rectifier le tir de la mission, estime-t-il. D’un point de vue logistique en effet, les observateurs dépendent totalement des autorités syriennes."

Le chef de la mission des observateurs controversé

Principal mouvement d'opposition au régime de Bachar al-Assad, le Conseil national syrien (CNS) accuse le pouvoir d'entraver le travail des observateurs. Ces derniers "sont restés trop longtemps dans leurs hôtels avant d'être autorisés à sortir sur le terrain et leurs visites se font sous la surveillance des agents de sécurité du régime", a ainsi affirmé Jabr al-Choufi, membre du CNS, avant de faire part de ses réserves quant aux "positions adoptées" par le chef de la mission, le général soudanais Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi.

Une inquiétude dont le journal panarabe à capitaux saoudiens Al-Hayat s'est fait l’écho en écrivant lundi 2 janvier : "La Ligue arabe a choisi le général Dabi qui appartient à une armée ayant commis des crimes de guerre au Darfour. Amnesty international l'a rendu responsable de cas d'arrestations arbitraires et de torture contre beaucoup de personnes au Soudan". Al-Dabi a par ailleurs récemment suscité la controverse en démentant des propos attribués à l'un des observateurs qui faisait état sur une vidéo de la présence de tireurs embusqués à Deraa.

Reste que si le choix du Soudanais pour diriger les observateurs était "mauvais", selon Khattar Abou Diab, celui-ci explique que la controverse ne compromet pas leur mission. Il relève en effet que contrairement aux craintes prononcées par l’opposition, les autorités ont autorisé les observateurs à se rendre dans les zones les plus sensibles du pays comme le quartier de Baba Amr, à Homs, ou la ville de Deraa, berceau de la contestation.

Le fait que le régime syrien accède ainsi aux requêtes des observateurs est bien, pour Khattar Abou Diab, le signe que "malgré toutes les imperfections que présente cette mission, il est indéniable que sa présence gêne les autorités syriennes".

En outre, avec ce protocole, la Ligue arabe "s’est non seulement placée sous le regard des pays arabes, mais du monde entier", explique-t-il avant de conclure : "Les observateurs ne pourront pas écrire n’importe quoi dans leur rapports".

Selon les spécialistes, il est trop tôt, moins d’une dizaine de jours après l’arrivée des observateurs en Syrie, pour se livrer à toute évaluation des résultats de leur mission. Ces derniers doivent envoyer au Caire un premier rapport "sous deux jours", selon le secrétaire général de la Ligue, Nabil al-Arabi.

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