FRANCE

Génocide arménien : la proposition de loi examinée au Sénat d'ici fin janvier

Le texte de loi sanctionnant la négation de tous les génocides, dont celui des Arméniens, sera soumis au Sénat d'ici fin janvier. Déjà adopté par l'Assemblée, le texte est à l'origine d'une grave crise diplomatique entre la Turquie et la France.

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Le blog de Patrick Devedjian piraté par des hackers turcs

Le blog du président du conseil général UMP des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian, a été brièvement piraté par des hackers turcs mardi, a dénoncé l'élu, comparant l'attaque à celle qui avait visé le site de la députée UMP Valérie Boyer le 25 décembre.

L'élu des Hauts-de-Seine et fils d'un réfugié arménien arrivé en France en 1919, est l'un des soutiens du texte de loi réprimant la négation des génocides dont celui des Arméniens, porté par Valérie Boyer, députée UMP des Bouches-du-Rhône.

Selon le nouvelobs.com, le piratage du site de Patrick Devedjian est l'œuvre de membres du groupe turc Akincilar, des pirates informatiques nationalistes qui s'étaient attaqués début novembre au site de l'hebdomadaire Charlie Hebdo.

"Notre objectif en piratant les sites des représentants UMP est purement et simplement de protester et de [dire] que les Français ont le droit de dire : +Il n'y a pas eu de génocide arménien+", revendique le groupe Akincilar dans une lettre dont le Nouvel Observateur publie des extraits sur son site internet.

AFP - A l'origine d'une crise diplomatique majeure entre la France et la Turquie, la proposition de loi sanctionnant la négation de tous les génocides, dont celui des Arméniens, passera devant le Sénat d'ici à fin janvier, après avoir été adoptée par l'Assemblée nationale.

Le gouvernement a décidé d'inscrire à l'ordre du jour du Sénat ce texte, déjà adopté par les députés le 22 décembre, et qui a entraîné le gel par la Turquie de sa coopération politique et militaire avec la France. Une approbation du texte par le Sénat, très probable, lui donnerait force de loi.

Le texte doit être examiné par les sénateurs "dans la dernière huitaine de janvier", a déclaré le ministre chargé des relations avec le Parlement, Patrick Ollier.

Après le vote du texte, Ankara avait rappelé son ambassadeur à Paris, Tahsin Burcuoglu, qui devait rentrer en France pour justement tenter d'éviter qu'il ne passe au Sénat, avait-on appris mardi de sources turques.

Malgré une série de menaces d'Ankara, les députés français avaient adopté un texte punissant d'un an de prison et 45.000 euros d'amende la négation d'un génocide reconnu par la loi, comme l'est depuis 2001 en France le génocide arménien de 1915 sous l'Empire ottoman, qui a fait 1,5 million de morts, selon les Arméniens.

La Turquie reconnaît que jusqu'à 500.000 Arméniens sont morts pendant des combats et leur déportation forcée vers la Syrie ou le Liban, alors provinces ottomanes, mais non pas par une volonté d'extermination.

La France ne punit pour l'instant que la négation du génocide des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale.

A l'Assemblée nationale, le texte avait été adopté à une très large majorité, malgré des voix discordantes à gauche comme à droite. Au sein du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé avait alors qualifié la proposition de "pas opportune".

Interrogé mercredi par l'AFP par le biais de ses services, le chef de la diplomatie française n'a pas tenu à s'exprimer sur l'inscription de la proposition de loi au Sénat.

Pour protester contre le vote à l'Assemblée nationale française, la Turquie a gelé sa coopération militaire et politique avec la France, son alliée au sein de l'Otan, et menacé d'une nouvelle salve de représailles si le texte est voté au Sénat.

Les relations entre Paris et Ankara, déjà sur une pente descendante depuis la reconnaissance en 2001 du génocide arménien, se brouillent un peu plus au moment où la communauté internationale a besoin de la Turquie dans la gestion du difficile dossier syrien.

Plusieurs hauts responsables turcs ont critiqué le chef de l'Etat français, opposant résolu à une entrée de la Turquie dans l'Union européenne et l'ont accusé de calcul électoraliste à un peu plus de trois mois de l'élection présidentielle. La France compte une communauté d'origine arménienne d'environ 600.000 personnes.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s'en est pris avec virulence à la France, l'accusant de "génocide" en Algérie en allusion aux violences au cours du processus d'indépendance de l'Algérie, entre 1945 et 1962.

"Le président français Sarkozy a commencé à rechercher des gains électoraux en utilisant la haine du musulman et du Turc", avait par ailleurs déclaré le chef du gouvernement islamo-conservateur turc.

La crise sur la question arménienne avait été précédée de couacs entre Paris et Ankara.

En avril 2009, la Turquie avait ainsi failli faire capoter un sommet de l'Otan organisé en France en s'opposant à la nomination d'un nouveau secrétaire général de l'Alliance atlantique. En début d'année, c'est une visite du chef d'Etat français en Turquie qui a été très mal vécue côté turc en raison de son extrême brièveté.

La mise en demeure en octobre de Nicolas Sarkozy à la Turquie de reconnaître l'existence du génocide arménien d'ici à la fin de son mandat en mai 2012, à l'occasion d'un voyage à Erevan, avait aussi contribué à creuser le fossé.
 

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