LIBYE

Beyrouth et Tripoli s'entendent pour résoudre l'énigme de l'imam Moussa Sadr

Les nouvelles autorités libyennes affirment être prêtes à collaborer avec Beyrouth pour résoudre l’énigme de l’imam chiite libanais Moussa Sadr, porté disparu depuis 1978 à Tripoli.

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La chute du colonel Mouammar Kadhafi a soulagé la grande majorité du peuple libyen. Mais elle a aussi suscité de grands espoirs au Liban où l’on cherche à résoudre l’énigme de l’imam chiite Moussa Sadr, porté disparu depuis 1978 en Libye avec ses deux compagnons, le cheikh Mohamed Yaqoub et le journaliste Abbas Badreddine. Cette semaine en effet, les nouvelles autorités libyennes ont affirmé être prêtes à collaborer avec Beyrouth pour élucider le sort qui a été réservé au leader religieux libanais, très populaire au sein de la communauté chiite libanaise et de ses représentants politiques, dont le Hezbollah. 

Certains partisans de l’imam, né en 1928 en Iran dans une famille de religieux originaires du Sud-Liban et fondateur du Conseil supérieur chiite et du mouvement Amal - aujourd’hui dirigé par Nabih Berri, l’actuel président du Parlement libanais -, restent persuadés qu’il est toujours en vie. "Malgré un destin interrompu il y a 33 ans, l’image de l’imam Moussa Sadr est toujours présente au Liban au sein de la communauté chiite qu’il a grandement contribué à sortir de son isolement social et politique", explique à FRANCE 24 Ziad Majed, politologue et professeur à l'université américaine de Paris (AUP).
 
Personnage au physique impressionnant - il mesure près de 2 mètres -, charismatique et respecté au-delà de sa communauté religieuse, Moussa Sadr est une icône dont les portraits sont toujours affichés dans certains villages chiites et dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. "Le chiisme d’un point de vue politique n’existait pas avant lui au Liban, souligne Ziad Majed. Il a revivifié l’identité chiite en bouleversant les équilibres politiques, et ce, sans aucun radicalisme religieux tant il était ouvert aux autres communautés."
 
Un portrait de l'imam Moussa Sadr affiché dans une rue de la banlieue sud de Beyrouth (AFP).
Un portrait de l'imam Moussa Sadr affiché dans une rue de la banlieue sud de Beyrouth (AFP).
En visite à Tripoli cette semaine, le ministre libanais des Affaires étrangères Adnan Mansour - premier chef de la diplomatie libanaise à se rendre en Libye depuis plus de 30 ans - a annoncé la création d’un comité de suivi binational chargé d'observer les investigations de la commission d’enquête libyenne sur ce dossier qui a envenimé jusqu’ici les relations entre les deux pays. "L’ombre de cette affaire a plané sur les relations bilatérales entre le Liban et la Libye pendant plus de 33 ans. Nous voulons tourner cette page noire pour instaurer des relations fraternelles et constructives, et c’est pourquoi nous accordons une grande importance à faire apparaître la vérité", a-t-il déclaré.
 
Liquidé par Kadhafi
 
Selon Beyrouth en effet, il ne fait pas de doute que c’est Mouammar Kadhafi qui a donné l’ordre d’enlever, voire de liquider, Moussa Sadr et ses compagnons. Et pour cause, c’est à l’invitation du dictateur libyen en personne que le dignitaire religieux libanais s’était rendu à Tripoli le 25 août 1978, avant de ne plus jamais donner signe de vie. 
 
"La théorie la plus commune qui tente d’expliquer le mobile du crime orchestré par Kadhafi est celle de l’exécution, sur ordre ou pas, d’un leader chiite libanais très influent qui commençait à déranger plusieurs dictateurs arabes engagés dans le conflit libanais (1975-1990)", explique Ziad Majed. Une autre version moins glorieuse circule à Beyrouth, évoquant une explication musclée au sujet d’un différend financier entre les deux hommes qui aurait mal tourné.
 
Le colonel Kadhafi, qui était l’objet d'un mandat d'arrêt émis par la justice libanaise dans le cadre de cette affaire jusqu’à son décès en octobre dernier, a de son côté toujours contesté être responsable de la disparition du chef spirituel de la communauté chiite libanaise. Officiellement, le régime libyen a toujours affirmé que l'imam avait quitté Tripoli pour l'Italie. Rome maintient catégoriquement de son côté que Moussa Sadr n'est jamais entré sur son territoire, bien que ses bagages et son passeport ont été ultérieurement "retrouvés" dans la capitale italienne. "Il a disparu, c’est une grande perte. Si seulement on pouvait savoir qui est responsable de la disparition de cet homme important et de cet ami de la Libye !", avait déclaré Mouammar Kadhafi lors d’un discours en 2004.
 
Aucune trace
 
La cause était entendue jusqu’aux premiers jours du soulèvement libyen, en février 2011. À mesure que les défections se sont multipliées au sein du régime, plusieurs rumeurs concernant le sort de l’imam libanais ont fait surface. Le 23 février, Issa Abdelmajid Mansour, figure de l’opposition en exil, confirmait ainsi que Moussa Sadr était vivant et détenu dans une prison à Sebha, dans le sud de la Libye. Une information rapidement démentie dans les colonnes du quotidien panarabe "Al-Hayat" par Abdel Moneim al-Honi, un diplomate libyen démissionnaire qui affirmait de son côté que l’imam avait été exécuté et enterré dans cette même région de Sebha. Plus récemment, des informations parues dans la presse arabe ont laissé entendre que l'imam était décédé de causes naturelles en prison en 1998.
 
"Il n'y a pas d'informations à ce sujet, tout ce qui a été dit relève de la rumeur, il n'y a pas encore de preuves", a affirmé le 11 janvier Fathi Baja, responsable des affaires politiques du Conseil national de transition libyen (CNT). Le 13 janvier, le président du CNT, Moustapha Abdeljalil, a indiqué qu’un mois après le début des investigations, aucune trace de l’imam n’a encore été trouvée.

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