ESPAGNE

Le juge Garzon devant la justice pour son enquête sur le franquisme

Magistrat mondialement connu pour avoir traqué l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet, le juge Baltasar Garzon comparaît devant la justice espagnol pour avoir tenté d'enquêter sur le passé franquiste du pays en dépit de loi d'amnistie de 1977.

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REUTERS - Le juge espagnol Baltasar Garzon s'est de nouveau retrouvé mardi sur le banc des accusés, cette fois pour l'accusation d'avoir outrepassé ses fonctions en enquêtant sur les crimes perpétrés sous la dictature franquiste.

Environ 200 personnes - proches des familles des victimes du franquisme et juges - se sont réunies devant le Tribunal suprême, pour soutenir le magistrat, poursuivi dans trois
affaires distinctes.

Le procès qui s'est ouvert mardi porte sur sa décision, en octobre 2008, alors qu'il était juge d'instruction de l'Audience nationale, de se déclarer compétent pour enquêter sur la
disparition des victimes du franquisme.

Il avait reçu une plainte présentée par des associations de victimes avec une liste contenant les noms de plus de 114.000 "desaparecidos" (disparus).

Dans son arrêt, il a attribué au dictateur Francisco Franco et à 34 proches du "Caudillo" un plan d'extermination systématique des opposants.

Garzon a en outre dénoncé le fait qu'aucune enquête n'ait jamais été ouverte sur le sujet par la justice espagnole. Aussi a-t-il demandé à des juges territoriaux d'enquêter sur les
fosses communes.

Mais après une plainte de deux organisations de droite, "Manos limpias" (mains propres) et "Libertad e Identitad" (liberté et identité), le Tribunal suprême a estimé que le juge
Garzon n'avait pas respecté la loi d'amnistie de 1977 et la rétroactivité des lois pénales. La justice espagnole l'a alors suspendu de son poste à l'Audience nationale.

Amnesty International dénonce un scandale

Certaines ONG de défense de droits de l'homme ont fait part de leur indignation mardi, à l'instar d'Amnesty international.

"Les charges devraient être abandonnées, c'est un vrai scandale", a déclaré à Reuters Hugo Relva, avocat d'Amnesty.

"Comment est-il possible que dans un pays rempli de fosses communes personne ne s'en soucie ? Dans de nombreux autres pays, comme au Salvador, en Argentine, en Uruguay et au Pérou, où des fosses communes remontant à l'époque de violences politiques ont été retrouvées, il y a eu des enquêtes", ajoute-t-il.

Mardi, Garzon est à nouveau apparu vêtu de sa robe de magistrat à côté de son défenseur lors d'une audience consacrée à des questions techniques. Mercredi, le tribunal donnera son avis sur ces questions. Le procès devrait reprendre ensuite mardi 31 janvier et durer au moins deux semaines, avec la comparution d'une vingtaine de témoins cités par la défense.

Baltasar Garzon est parallèlement poursuivi dans deux autres affaires: l'une, en cours de jugement, porte sur des écoutes téléphoniques illégales, l'autre sur sa décision de classer sans suite une plainte contre la banque Santander après avoir été payé indirectement par l'établissement financier pour des conférences prononcées à New York.

Dans ces trois dossiers distincts, il encourt une interdiction de 20 ans d'exercice de sa fonction de juge, une condamnation susceptible de mettre, à 56 ans, un terme à sa carrière. En cas de condamnation, Garzon a annoncé qu'il ferait appel devant la Cour européenne des droits de l'homme.

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