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Les résultats de l’élection présidentielle en avant-première sur Twitter ?

Alors que la loi française interdit de divulguer les résultats du scrutin présidentiel avant la fermeture des bureaux de vote, les réseaux sociaux pourraient braver cette règle. Un délit passible d'une amende de 75 000 euros.

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Et si, le 6 mai, Twitter révélait aux Français le visage de leur nouveau président en avant-première ? Face à la crainte de fuites des résultats, les pouvoirs publics français s’apprêtent à voler dans les plumes du réseau social, dont le logo représente un oiseau bleu. Inquiets du respect des horaires en matière de divulgation des résultats, les organismes de contrôle ont les réseaux sociaux dans le collimateur.

Légalement fixée à 20 heures – heure de fermeture des derniers bureaux de vote français -, la diffusion de tout résultat ou estimation prématurée, considérée comme une entorse à la sincérité du vote, est passible d’une amende de 75 000 euros. Le scénario, que cette sanction doit permettre d’éviter, est qu’un candidat, s’estimant défavorisé dans les urnes, dépose un recours pour demander l’annulation du scrutin. Un cas de figure qu'envisagent sérieusement les commissions des sondages et du contrôle de l’élection présidentielle qui comptent mettre en garde médias et particuliers.

Toutefois, ces fuites ne sont pas un phénomène nouveau lors de la tenue de scrutins importants. Twitter, bien que jeune et très peu influent lors de l’élection présidentielle de 2007, avait permis une divulgation du résultat quelques secondes avant 20 heures. Mais en cinq années, les réseaux sociaux ont largement gagné en influence, d’où le caractère inédit de ce scrutin national.

Quelle influence ?

Avec ses quelque 5,2 millions d’utilisateurs en France, Twitter représente un canal de communication important. Facebook, lui, compte 40 millions de fans dans ses rangs hexagonaux.

Des communautés dont les réactions, en cas de divulgation anticipée des résultats, restent imprévisibles. Selon Divina Frau-Meigs, sociologue des médias, contactée par FRANCE 24, les "Twitteriens" peuvent être classés selon un profil type. Les utilisateurs de la plateforme de micro-blogging sont généralement des urbains consommateurs d’info à haute dose. Âgés en moyenne de 31 ans, ils représentent les plus importants contributeurs. Leur champ d’action : Internet et Facebook, notamment, (dont la moyenne d’âge est de 26 ans).

"En cas de fuites de résultats, ils pourraient appeler à un soulèvement en faveur de tel ou tel candidat, auprès des électeurs ne s’étant pas encore déplacés dans les bureaux de vote, et véhiculer rapidement leurs messages sur Facebook, touchant ainsi un public plus jeune," analyse la sociologue.

En outre, une mauvaise gestion de la diffusion des résultats pourrait jeter le discrédit sur la sincérité de l’élection, selon des juristes.

Cependant, l’influence que pourraient avoir ces informations serait limitée. Fuitant suite aux estimations faites à la fermeture des premiers bureaux de vote – aux alentours de 18h45 -, seuls les électeurs encore en mesure d'accomplir leur devoir civique seront ceux des grandes villes – les bureaux des petites communes fermant à 18 heures. De plus, un tel cas de figure impliquerait que l’écart entre deux des candidats soit suffisamment mince pour qu’une mobilisation de dernière minute dans les isoloirs fasse pencher la balance.

Une forme d’engagement positive

Peu alarmiste, Divina Frau-Meigs voit au contraire cette omniprésence des réseaux sociaux comme une nouvelle forme d’engagement politique positive.

"Derrière ce risque, il faut soulever l'engagement citoyen, de la part des jeunes notamment. Ce n’est pas au détriment de la souplesse démocratique," tempère-t-elle.

"De plus, Twitter, lorsqu’on l’utilise comme un moyen de prédire les votes, représente un bon outil : avec des échantillons de tweets suffisamment importants, une tendance peut être dessinée. Sans que cela soit des fuites."

Revoir le système en abolissant cet embargo sur les résultats ? Une idée intéressante, selon Mme Frau-Meigs. "Dans tous les cas, je ne pense pas qu’il faille freiner les médias dont le rôle d’information est un acteur fondamental de notre démocratie."

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