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Un gymnase Le Corbusier, vitrine de l’histoire de Bagdad, échappe à l’oubli

Un gymnase de Bagdad, dessiné par l’architecte Le Corbusier, survit depuis les années 1950 aux tourments de l’histoire irakienne. Aujourd’hui, il est en pleine rénovation et attise la curiosité des spécialistes de l’architecture.

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Un vaste gymnase en béton, imaginé par l’architecte Le Corbusier à la périphérie de Bagdad, va reprendre des couleurs après des travaux de rénovation. À la fin de l'été, après le ramadan, il accueillera de nouvelles compétitions sportives. Signe que la société irakienne a retrouvé le goût pour son histoire, pour la culture et pour le sport. "Les violences confessionnelles ont été très graves dans ce quartier durant la guerre civile, rappelle Caecilia Pieri, chercheuse à l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo). Entre 2006 et 2008, des sportifs ont été assassinés pour l’unique raison qu’ils pratiquaient le sport. Inaugurer de nouveau le bâtiment, organiser des compétitions sportives… Sur le plan de la santé sociale, ce n’est pas rien !".

Caecilia Pieri menait des recherches pour sa thèse sur l’architecture moderne à Bagdad lorsqu’elle apprend l'existence de ce bâtiment dessiné par le fameux architecte franco-suisse Le Corbusier. Le lieu était tombé dans l’oubli. L'histoire du gymnase suit parfaitement celle du pays. L'idée de ce bâtiment germe dans les années 50, au temps où les exportations pétrolières commencent à enrichir la royauté irakienne. Le roi Fayçal II passe commande auprès du cabinet Le Corbusier en 1956 : il souhaite doter Bagdad d’une cité olympique, avec un stade et des installations sportives. En 1958, le roi est renversé par un coup d’État, le projet grandiose est abandonné. Le Corbusier, qui avait dessiné quelque 1 500 croquis et organisé une étude de terrain, est contraint de ranger ses plans.

Au début des années 1980, le projet renaît par la volonté du nouveau président de l’époque, Saddam Hussein. Les plans du gymnase sont repris par un bureau d’étude dirigée par un ancien associé de Le Corbusier, Georges-Marc Présenté. Le bâtiment de près de 100 mètres de long voit le jour deux ans plus tard, avec l’aide d’une entreprise japonaise. "Cela intéressait Saddam Hussein de récupérer une signature de grand architecte", affirme Jacques Sbriglio, secrétaire général de la Fondation Le Corbusier. Le bâtiment est assez fidèle aux plans d’origine : la qualité du béton, le relief dans les coffrages… Je suis allé le visiter l’année dernière, entouré de membres du GIGN, et il est en parfait état." Les symboles fétiches de Le Corbusier sont toujours incrustés dans le béton ainsi que son credo: "Là où naît l'ordre, naît le bien-être".

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Le gymnase a accueilli, de 1982 à 2003, des compétitions nationales et internationales de basket, de handball et de volley-ball. "C’est un endroit qui représente beaucoup pour les athlètes. C’est l’un des principaux gymnases du pays. Les grands noms du sport irakien se sont entraînés ici", assure Wasfi al-Kinani, directeur du gymnase, interrogé par l’AFP. Après l'invasion de l’Irak en 2003, l'armée américaine occupe le bâtiment. "Au final, depuis les années 1980, en raison des trois guerres du Golfe, aucun spécialiste d’architecture n’avait pu admirer le gymnase. On avait presque oublié son existence", résume Caecilia Pieri.

Aujourd’hui, alors que la ville de Bagdad est en pleine reconstruction, le gouvernement cherche à moderniser l’urbanisme de sa capitale. L’architecte irakienne de renommée internationale Zaha Hadid doit ériger le nouveau siège de la banque centrale pour un montant de 500 millions de dollars. Un appel d’offre pour la construction d’un nouveau parlement, pour un budget d’un milliard de dollars, est en cours. Dans ce contexte, l'ampleur des travaux de rénovation du gymnase Le Corbusier semble dérisoire. Mais les plans de réhabilitation du bâtiment font pas forcément le bonheur des spécialistes en architecture moderne : portes en faux Louis XV, sièges de couleur vive sur les gradins, faux-plafonds dans les vestiaires... C’est tout le jeu de la réappropriation d’un bâtiment historique, admet Caecilia Pieri, qui ajoute : "Tant mieux si les priorités culturelles et sportives deviennent essentielles pour l’Irak. La réinauguration du gymnase ne sera pas un geste médiatique, mais un geste social".

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